Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a placé l’Algérie au cœur d’un discours prononcé lors du Forum des affaires de Dakar, le 29 octobre 2025. Selon Agenzia Nova, il a présenté le renforcement des liens économiques entre Rome et Alger comme un levier pour la stabilité régionale et la croissance, dans un contexte marqué par les tensions hydriques et les défis énergétiques. Ce positionnement intervient alors que l’Algérie, confrontée à une sécheresse persistante, cherche à diversifier ses partenariats pour sécuriser ses ressources en eau et moderniser ses infrastructures.
Une coopération ciblée sur les urgences algériennes
Le ministre italien a mentionné des projets concrets, sans en préciser le calendrier. Parmi eux, le transfert de savoir-faire dans la réutilisation des eaux usées traitées, un domaine où l’Italie dispose d’une expertise reconnue. L’Algérie, qui recycle actuellement moins de 15 % de ses eaux usées, vise un objectif de 50 % d’ici 2030. Les discussions incluraient également des investissements dans les usines de dessalement, un secteur en expansion depuis l’annonce par le gouvernement algérien de la construction de 11 nouvelles unités d’ici 2027.
L’eau, enjeu géopolitique et économique
Les échanges entre Alger et Rome s’inscrivent dans une dynamique plus large. L’Italie, premier partenaire commercial de l’Algérie en Europe, cherche à réduire sa dépendance au gaz russe en diversifiant ses approvisionnements. En 2024, les exportations algériennes vers l’Italie ont atteint 12 milliards de dollars, dont 90 % liés aux hydrocarbures. Tajani a laissé entendre que cette relation pourrait s’étendre à d’autres secteurs, comme les énergies renouvelables et l’agro-industrie, deux domaines où l’eau joue un rôle central.
Des défis logistiques et politiques
Par ailleurs, la coopération algéro-italienne reste tributaire des équilibres géopolitiques régionaux. L’Algérie, qui entretient des relations tendues avec le Maroc, pourrait voir ses partenariats européens influencés par les dynamiques maghrébines. Tajani a évité d’aborder ces tensions lors du Forum, mais la question de la stabilité régionale a été sous-jacente dans son discours. Il a insisté sur le rôle de l’Italie comme « pont » entre l’Afrique et l’Europe, une position qui pourrait faciliter les négociations sur des projets transfrontaliers, comme le pipeline Galsi, suspendu depuis 2012.
Quels bénéfices pour l’Algérie ?
La question des transferts de technologie sera cruciale. L’Algérie, qui importe près de 80 % de ses équipements de traitement d’eau, cherche à développer une industrie locale. Les discussions avec l’Italie pourraient inclure des clauses de formation et de co-production, comme c’est déjà le cas dans le secteur énergétique. En 2023, Sonatrach et Eni ont signé un accord pour la fabrication de turbines à gaz en Algérie, un modèle que les autorités algériennes souhaitent reproduire dans le domaine de l’eau.
Un signal pour les autres partenaires
Pour l’Algérie, cette dynamique internationale offre une marge de manœuvre pour négocier des conditions plus favorables. Le pays, qui dispose des troisièmes réserves de gaz en Afrique, peut utiliser son poids énergétique pour obtenir des engagements concrets sur l’eau. Les annonces de Tajani, si elles se concrétisent, pourraient aussi servir de levier pour attirer d’autres investisseurs, notamment dans les pays du Golfe, où l’expertise en dessalement est avancée.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la portée des engagements pris à Dakar. Une délégation italienne doit se rendre en Algérie en novembre pour discuter des détails techniques des projets évoqués. Entre-temps, les autorités algériennes devront clarifier leur feuille de route pour éviter les retards qui ont marqué les précédents accords. La sécheresse, elle, ne laisse pas de répit : les prévisions météorologiques pour l’hiver 2025-2026 annoncent des précipitations inférieures à la moyenne, renforçant l’urgence d’agir.