L’Algérie relance le Processus d’Oran en 2025

L’Algérie a ouvert récemment une nouvelle session du Processus d’Oran, un mécanisme de coopération sécuritaire et militaire initié en 2013 sous l’égide du ministère de la Défense nationale. Selon l’Agence presse service (APS), cette édition revêt une « importance particulière » dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes et une course aux armements en Afrique du Nord. Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a supervisé les préparatifs, confirmant l’engagement d’Alger à renforcer les partenariats stratégiques avec ses alliés.

Le Processus d’Oran rassemble des représentants des forces armées de plusieurs pays africains et arabes, ainsi que des observateurs internationaux. Son objectif principal est de coordonner les efforts en matière de lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et la prolifération des armes. Lors de la dernière session, en 2023, les participants avaient notamment abordé la menace des groupes armés dans le Sahel et les risques liés à l’instabilité en Libye. Cette année, les discussions devraient se concentrer sur l’adaptation des stratégies face aux nouvelles formes de menaces hybrides, comme les cyberattaques et les ingérences étrangères.

Une réponse aux dynamiques régionales

La relance du Processus d’Oran intervient dans un contexte où l’Algérie et le Maroc accentuent leurs dépenses militaires. D’après Courrier international, les deux pays ont intensifié leurs achats d’équipements ces derniers mois, alimentant une course aux armements qui inquiète les analystes. L’Algérie, qui figure parmi les 25 pays dépensant le plus au monde pour sa défense selon lovemoney.com, a récemment acquis des systèmes de défense aérienne russes S-400 et modernisé sa flotte aérienne avec des chasseurs Su-30. Ces investissements s’inscrivent dans une logique de dissuasion, mais aussi de préparation à des scénarios de conflit asymétrique.

Le général Chengriha a souligné lors d’un discours en novembre 2024 que l’ANP devait « anticiper les défis futurs » sans pour autant céder à une logique de confrontation. Le Processus d’Oran s’inscrit dans cette approche : plutôt que de s’engager dans une escalade bilatérale, Alger mise sur la diplomatie militaire pour stabiliser la région. La participation de pays comme la Tunisie, la Mauritanie et le Niger témoigne de cette volonté de créer un front commun face aux menaces transnationales.

Modernisation et souveraineté stratégique

L’Algérie a également profité de cette session pour présenter ses avancées en matière d’industrie de défense. Le groupe public Seriana Industries, spécialisé dans la fabrication d’équipements militaires, a dévoilé de nouveaux prototypes de drones et de véhicules blindés légers. Ces développements s’inscrivent dans la stratégie du président Abdelmadjid Tebboune, qui a fait de la souveraineté technologique une priorité. En 2024, l’Algérie a inauguré une usine de production de munitions à Sétif et renforcé ses capacités de maintenance des aéronefs à Boufarik.

Le colonel à la retraite Mohamed Benhlima, expert en stratégie militaire, explique que ces initiatives visent à réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers. « L’Algérie a longtemps compté sur la Russie et la Chine pour ses équipements, mais elle cherche désormais à internaliser une partie de la production. Cela permet de sécuriser les approvisionnements et de créer des emplois qualifiés », analyse-t-il. Le Processus d’Oran offre une plateforme pour promouvoir ces innovations auprès des partenaires africains, ouvrant la voie à des collaborations industrielles.

Enjeux et limites du mécanisme

Malgré son ambition, le Processus d’Oran doit surmonter plusieurs défis. D’abord, la méfiance entre certains participants, notamment entre l’Algérie et le Maroc, limite la portée des discussions. Le Maroc, qui n’a jamais officiellement rejoint le mécanisme, préfère miser sur des alliances avec l’OTAN et les États-Unis, comme en témoigne sa participation à des exercices navals dans le détroit de Gibraltar en 2024. Ensuite, les divergences politiques entre pays africains compliquent la mise en œuvre de stratégies communes. La crise au Mali et les coups d’État au Niger et au Burkina Faso ont fragilisé les institutions régionales, rendant plus difficile la coordination militaire.

Enfin, le financement des projets issus du Processus d’Oran reste un point d’interrogation. L’Algérie a annoncé en 2023 un fonds de 1 milliard de dollars pour soutenir les initiatives de sécurité en Afrique, mais les détails de son utilisation n’ont pas été rendus publics. « Les promesses doivent se traduire par des actes concrets. Sinon, le mécanisme risque de rester un forum de discussion sans impact réel », avertit un diplomate algérien sous couvert d’anonymat.

Vers une nouvelle doctrine algérienne ?

La relance du Processus d’Oran s’inscrit dans une refonte plus large de la doctrine militaire algérienne. Depuis 2020, l’ANP a multiplié les exercices conjoints avec des pays comme la Russie, la Turquie et l’Italie, tout en maintenant une posture de neutralité dans les conflits régionaux. Le général Chengriha a récemment déclaré que l’Algérie ne rejoindrait « aucune alliance militaire », une référence voilée à l’OTAN et aux partenariats marocains avec l’Occident.

Cette approche pragmatique vise à préserver la stabilité intérieure tout en consolidant l’influence d’Alger sur la scène africaine. Le Processus d’Oran pourrait ainsi devenir un outil clé pour promouvoir une vision algérienne de la sécurité collective, fondée sur la non-ingérence et le respect de la souveraineté des États. Reste à savoir si cette stratégie parviendra à convaincre des partenaires parfois divisés, et à contenir les tensions avec le voisin marocain.

Laisser un commentaire