L’Algérie accélère ses projets d’agriculture saharienne pour réduire sa dépendance aux importations alimentaires. Selon TSA, le gouvernement algérien mise sur les vastes étendues du Sud pour développer des cultures résistantes à la sécheresse et renforcer la production nationale. Ce choix stratégique s’inscrit dans une politique plus large de souveraineté alimentaire, alors que le pays importe encore près de 50 % de ses besoins en céréales.
Les wilayas du Sud, comme Adrar, Tamanrasset et Ouargla, deviennent des pôles agricoles prioritaires. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a lancé en 2023 plusieurs projets pilotes, notamment des serres hydroponiques et des cultures de dattes et de légumes sous abri. Ces techniques permettent d’économiser jusqu’à 90 % d’eau par rapport à l’agriculture traditionnelle, un atout crucial dans une région où les ressources hydriques sont limitées.
Le directeur général de l’Agence nationale de développement de l’agriculture saharienne (ANDAS), Mohamed Benabdelkader, a déclaré à TSA que ces initiatives visent à « créer une dynamique économique locale tout en sécurisant l’approvisionnement du pays ». Les projets incluent aussi la formation de jeunes agriculteurs et l’installation de stations de dessalement pour irriguer les terres.
Les résultats commencent à se faire sentir. À Adrar, des coopératives locales produisent désormais des tomates et des poivrons toute l’année, réduisant les importations de ces légumes. Le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Hennad, a souligné lors d’une visite récente que ces efforts s’accompagnent d’un soutien financier aux agriculteurs, avec des subventions pour l’achat de semences et d’équipements.
Cependant, des défis persistent. Les infrastructures de transport et de stockage restent insuffisantes pour acheminer les produits vers le Nord. Les autorités travaillent à améliorer les routes et à construire des centres de conditionnement pour éviter les pertes post-récolte, qui peuvent atteindre 30 % pour certains produits.
Une réponse à la sécheresse et aux tensions internationales
La relance de l’agriculture saharienne intervient dans un contexte marqué par la sécheresse et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. En 2023, l’Algérie a enregistré une baisse de 40 % de sa production céréalière en raison du manque de pluie, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. Cette situation a poussé le pays à importer davantage, notamment du blé en provenance de Russie et de France, malgré des prix volatils.
Le président Abdelmadjid Tebboune a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de « réduire la facture des importations alimentaires », qui pèse lourdement sur les réserves de change du pays. En 2022, l’Algérie a dépensé plus de 10 milliards de dollars pour importer des produits agricoles, selon la Banque d’Algérie. L’agriculture saharienne est présentée comme une solution durable pour diminuer cette dépendance.
Les experts soulignent aussi l’importance de diversifier les cultures. Actuellement, le pays mise sur des variétés résistantes à la sécheresse, comme le sorgho et le mil, qui nécessitent moins d’eau que le blé. Des essais sont en cours dans plusieurs wilayas pour évaluer leur rendement et leur adaptation au climat saharien.
Des partenariats pour moderniser le secteur
Pour accélérer le développement de l’agriculture saharienne, l’Algérie collabore avec des partenaires internationaux. En 2023, un accord a été signé avec la Chine pour la construction de serres intelligentes dans le Sud. Ces installations, équipées de capteurs pour optimiser l’irrigation, devraient permettre d’augmenter les rendements tout en réduisant la consommation d’eau.
Le pays mise aussi sur la recherche scientifique. L’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA) travaille sur des semences adaptées aux conditions extrêmes du Sahara. Des variétés de blé et d’orge tolérantes à la salinité et à la sécheresse sont en cours d’expérimentation.
Les universités algériennes jouent également un rôle clé. L’Université Kasdi Merbah d’Ouargla a lancé un programme de formation en agriculture saharienne, attirant des étudiants de tout le pays. « Nous formons une nouvelle génération d’agronomes capables de relever les défis spécifiques du Sud », explique le doyen de la faculté des sciences de la nature et de la vie, Pr. Abdelkrim Cheloufi.
Les éleveurs du Sud en première ligne
La sécheresse a aussi frappé durement les éleveurs, notamment dans les wilayas de Tiaret, Saïda et Naâma. Selon TSA, des milliers de têtes de bétail ont péri en 2023 en raison du manque de pâturages et d’eau. Pour soutenir ce secteur, le gouvernement a mis en place des aides financières et des distributions de fourrage subventionné.
À El Bayadh, des éleveurs ont bénéficié de puits forés par l’État pour abreuver leurs troupeaux. « Sans cette aide, nous aurions tout perdu », témoigne Ahmed, un éleveur de la région. Le ministère de l’Agriculture a aussi lancé un programme de vaccination gratuite pour protéger les animaux contre les maladies, un fléau aggravé par la sécheresse.
Vers une souveraineté alimentaire à long terme ?
L’Algérie vise une réduction de 30 % de ses importations alimentaires d’ici 2030, selon les objectifs du Plan national de développement agricole (PNDA). L’agriculture saharienne est un pilier de cette stratégie, mais elle ne suffira pas à elle seule. Le pays doit aussi améliorer ses infrastructures, moderniser ses techniques de production et former davantage de professionnels.
Les résultats obtenus jusqu’ici montrent que le potentiel existe. À Timimoun, des agriculteurs ont réussi à cultiver des pastèques dans le désert grâce à des techniques d’irrigation goutte-à-goutte. Ces succès locaux pourraient servir de modèle pour d’autres régions.
Pourtant, des obstacles subsistent. Le manque de main-d’œuvre qualifiée et les difficultés d’accès au financement freinent encore certains projets. Les autorités envisagent de créer des fonds spécifiques pour soutenir les jeunes entrepreneurs agricoles, avec des prêts à taux préférentiels.
L’Algérie a les moyens de devenir autosuffisante en certains produits, mais cela nécessitera des investissements massifs et une coordination entre les différents acteurs du secteur. Si les efforts actuels se poursuivent, le pays pourrait réduire significativement sa dépendance aux marchés internationaux, tout en créant des emplois et en dynamisant les régions du Sud.