Revue de presse : Sécurité alimentaire Algérie, Politique étrangère Algérie, Transition énergétique Algérie…

**L’Algérie, laboratoire des tensions modernes**

Ce qui frappe, c’est la coexistence de dynamiques a priori incompatibles : une diplomatie ambitieuse, presque hégémonique en Afrique, côtoie une politique intérieure marquée par la paranoïa sécuritaire. L’Algérie joue sur plusieurs tableaux – celui du soft power énergétique, celui de la souveraineté alimentaire, celui de la stabilité monétaire – tout en maintenant un contrôle social qui rappelle les heures les plus sombres du régime. Comment comprendre cette schizophrénie ? Peut-être en y voyant moins une incohérence qu’une stratégie : celle d’un État qui cherche à se positionner comme un acteur incontournable dans un monde multipolaire, tout en verrouillant chez lui les espaces de contestation.

**L’ÉNERGIE, NOUVELLE ARME DIPLOMATIQUE : L’ALGÉRIE, PIVOT DE L’EUROPE POST-RUSSE**

Pourquoi l’Algérie ? Parce qu’elle offre ce que la Russie ne peut plus garantir : une stabilité relative, une proximité géographique, et surtout, une diversification des sources d’énergie (gaz naturel, hydrogène vert, solaire). Le pays mise sur sa rente gazière pour financer sa transition énergétique, tout en se posant en alternative crédible à Moscou. Mais cette stratégie a un prix : elle lie l’Algérie à l’Europe, la rendant dépendante des fluctuations des marchés et des exigences européennes en matière de décarbonation.

Paradoxalement, cette ouverture énergétique contraste avec la fermeture politique. Alors que l’Algérie dialogue avec l’UE sur l’hydrogène, elle réprime en Kabylie, censure les opposants, et maintient un climat de terreur judiciaire. Comme si le régime voulait à la fois exporter sa stabilité et importer son autoritarisme – une schizophrénie qui rappelle celle de la Chine, qui promeut le libre-échange tout en verrouillant son internet.

**SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE : LA ROBOTISATION CONTRE LA FAIM, MAIS POUR QUI ?**

La robotisation, présentée comme une solution miracle, pose question. Qui en bénéficiera ? Les petits agriculteurs, déjà marginalisés, ou les grands groupes industriels liés au régime ? L’Algérie dépense des milliards pour importer des machines, mais combien pour former ses paysans ? La sécurité alimentaire ne se décrète pas, elle se construit – et aujourd’hui, elle se construit sans les principaux concernés.

Cette contradiction entre discours souverainiste et pratiques néolibérales rappelle celle de l’immobilier : le gouvernement encourage les Algériens à finir eux-mêmes leurs logements pour payer moins cher (« auto-construction »), tout en laissant les promoteurs privés spéculer sur des projets comme Bab Darna, symbole d’une corruption endémique. La souveraineté, oui, mais à condition qu’elle ne menace pas les intérêts des élites.

**LA BANQUE ET L’ÉTAT : QUI CONTRÔLE L’ARGENT CONTRÔLE L’ALGÉRIE**

Mais ces contrôles ne visent pas seulement la stabilité macroéconomique. Ils servent aussi à surveiller la population. En exigeant des justificatifs pour chaque dollar sorti du pays, l’État s’arroge un droit de regard sur les transactions privées – une forme de capitalisme de surveillance. Cette logique rejoint celle des restrictions imposées aux étudiants en médecine, dont le nombre d’admis est désormais plafonné : l’État algérien ne veut pas former trop de médecins, car trop de médecins = trop de diplômés = trop de chômeurs = trop de contestataires.

La banque devient ainsi un outil de contrôle social, au même titre que la justice ou les médias. L’Algérie n’est pas le Venezuela, où l’hyperinflation a détruit l’économie, mais elle n’est pas non plus la Suisse : ici, la stabilité monétaire sert d’abord à préserver le pouvoir.

**LES FEMMES, LES HÔPITAUX, LA KABYLIE : LES TROIS FRONTS DE LA RÉPRESSION DOUCE**

Cette hypocrisie se retrouve dans le secteur hospitalier. La grève des étudiants en médecine révèle une crise profonde : le système de santé algérien est en train de s’effondrer, faute d’investissements et de personnel. Le gouvernement répond en réduisant le nombre de médecins formés – une mesure cynique, qui rappelle les purges universitaires des années 1990. Moins de médecins = moins de contestation, mais aussi plus de morts évitables.

Enfin, la Kabylie. Le régime y instaure un « climat de terreur », selon les mots des observateurs. Pourquoi ? Parce que la Kabylie est le dernier bastion de résistance à l’hégémonie du FLN. En réprimant cette région, le pouvoir envoie un message : personne ne peut défier l’État central. Pas même les femmes, pas même les médecins, pas même les Kabyles.

**L’IMMOBILIER ET L’URBANISME : L’ALGÉRIE, PAYS DE BÉTON ET DE DÉSORDRE**

L’affaire Bab Darna est symptomatique : un promoteur privé, des irrégularités, des clients floués. Le gouvernement encourage l’auto-construction pour pallier le manque de logements, mais ne régule pas le marché. Pourquoi ? Parce que l’immobilier est un secteur où les élites peuvent blanchir de l’argent, spéculer, et s’enrichir sans risque.

L’urbanisme algérien est à l’image du pays : chaotique, inégalitaire, mais contrôlé par une poignée d’acteurs. Les espaces périurbains, où se mêlent agriculture et bidonvilles, illustrent cette schizophrénie : on veut nourrir la population, mais on bétonne les terres arables. On veut loger les Algériens, mais on construit des résidences de luxe pour les expatriés.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**

Le régime actuel semble pencher pour la première option, avec des éléments de la deuxième. Il veut exporter sa stabilité (via le gaz et les accords énergétiques) tout en important son autoritarisme (via la répression en Kabylie et le contrôle des devises). Mais cette stratégie a une faille : elle repose sur la rente énergétique. Or, le monde se décarbone. Que se passera-t-il quand le gaz ne vaudra plus grand-chose ?

L’Algérie a les moyens de devenir un acteur majeur du XXIe siècle. Mais pour cela, elle devra choisir : soit elle accepte de se démocratiser, soit elle risque de s’effondrer sous le poids de ses contradictions. Entre puissance et répression, le pays est aujourd’hui à la croisée des chemins. Et le temps presse.

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