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**L’Algérie, ou l’art de danser sur les failles**
L’Algérie contemporaine est un pays en tension permanente entre deux forces : l’impératif de souveraineté, hérité d’une histoire révolutionnaire et d’un nationalisme ombrageux, et les logiques de dépendance structurelle qui enserrent son économie, sa politique et sa société. Les actualités des dix derniers jours dessinent une carte où ces contradictions s’entrechoquent, révélant moins une crise qu’un état de crise permanent – une sorte de normalité dysfonctionnelle où chaque avancée semble grevée d’un recul symétrique.
Car l’Algérie ne manque pas de ressources : elle a du gaz, des terres arables, une jeunesse éduquée, une diaspora entrepreneuriale, et même une volonté affichée de diversification économique. Pourtant, chaque domaine d’actualité révèle une même difficulté : transformer ces atouts en leviers de puissance durable. Comme si le pays était condamné à vouloir sans pouvoir, ou pire, à pouvoir sans oser.
Cette revue de presse propose une lecture transversale de ces dynamiques, en traquant les fils rouges qui relient la traçabilité alimentaire aux prisons de la diplomatie, les panneaux solaires aux cages dorées des élites, et les hôpitaux flambant neufs aux silences qui étouffent les femmes. Car en Algérie, tout est lié – et c’est précisément ce qui rend le système à la fois fascinant et désespérant.
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**Souveraineté alimentaire : le mirage de l’autosuffisance**
La sécurité alimentaire est le talon d’Achille de l’Algérie, un pays qui importe encore 70 % de ses besoins en blé et où les étals des supermarchés regorgent de produits étrangers. Les annonces récentes de Carrefour sur la traçabilité des aliments ou les débats sur les normes agricoles vietnamiennes ne sont que les symptômes d’un mal plus profond : l’Algérie n’a pas encore choisi entre le productivisme à tout prix et la résilience locale.
Pourtant, les signaux sont contradictoires. D’un côté, l’État multiplie les plans de relance agricole (comme le programme « 1 million d’hectares » lancé en 2023), de l’autre, il reste prisonnier d’un modèle extractiviste où les devises du gaz financent les importations plutôt que la modernisation des filières locales. Le cas des pommes européennes, dont les prix flambent (+4,3 % en un an), illustre cette schizophrénie : pourquoi importer des fruits alors que les Hauts-Plateaux algériens pourraient en produire ? Parce que les chaînes de froid, les circuits de distribution et les subventions aux intrants restent défaillants.
Le fil rouge avec les autres domaines ? La souveraineté alimentaire est un miroir de la souveraineté tout court. Quand l’Algérie négocie des partenariats avec le Vietnam pour le riz ou avec la Côte d’Ivoire pour le cacao, elle reproduit le schéma colonial inversé : elle dépend des normes et des prix fixés ailleurs. Or, cette dépendance se retrouve dans d’autres secteurs – énergétique (avec la transition solaire), technologique (avec les ambitions de l’ASC 2025), ou même bancaire (avec les prêts « verts » qui financent des voitures italiennes plutôt que des usines locales).
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**Banques et automobiles : le capitalisme algérien, ou l’art de financer ses chaînes**
Le secteur bancaire algérien est un cas d’école de capitalisme sans capital. Les annonces récentes – crédits auto « verts », financement de la Fiat Grande Panda par El Baraka, ouverture d’une agence de Bank BEA à Marseille – révèlent une économie qui tourne en rond : elle injecte des liquidités dans des secteurs à faible valeur ajoutée, tout en maintenant une dépendance aux importations et aux technologies étrangères.
Prenons l’exemple des prêts automobiles. Pourquoi financer l’achat de Fiat (une marque italienne) plutôt que de soutenir la production locale de véhicules électriques ? Parce que l’Algérie n’a pas encore réussi à créer un écosystème industriel intégré. Les usines Renault et Peugeot du pays assemblent des voitures, mais les pièces viennent d’Europe ou d’Asie. Résultat : les banques algériennes financent une désindustrialisation déguisée, où l’argent public et privé sert à importer des biens plutôt qu’à les produire.
Contradiction majeure : les banques algériennes sont à la fois des outils de développement et des vecteurs de dépendance. Leur expansion à l’étranger (comme Bank BEA à Marseille) pourrait être une bonne nouvelle – si elle s’accompagnait d’une stratégie de conquête de marchés, comme le font les banques marocaines ou turques. Mais pour l’instant, ces agences servent surtout à faciliter les transferts de la diaspora et à blanchir des capitaux, sans réelle ambition industrielle.
Lien avec l’entrepreneuriat : les start-up algériennes, présentées comme les fers de lance de la « souveraineté technologique » (via des événements comme GITEX Africa ou ASC 2025), se heurtent au même mur. Sans accès au crédit bancaire local (les taux d’intérêt sont prohibitifs) et sans écosystème de capital-risque, elles restent dépendantes des financements étrangers – ou des subsides de l’État, qui joue les pompiers plutôt que les architectes.
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**Femmes et contre-pouvoirs : les silences qui crient**
L’actualité féminine algérienne est un concentré de paradoxes. D’un côté, un livre rend hommage aux « femmes illustres » du pays, de l’autre, les filles de Boualem Sansal (écrivain dissident condamné pour « atteinte à l’unité nationale ») demandent sa grâce depuis l’étranger. D’un côté, une maison d’édition féministe militante émerge, de l’autre, le système judiciaire et médiatique continue de marginaliser les voix critiques.
Ce qui frappe, c’est l’absence de débat public sur les questions de genre. L’Algérie a une histoire féministe riche (des combattantes de la guerre d’indépendance aux militantes des années 1990), mais aujourd’hui, le sujet est soit folklorisé (les « héroïnes » du passé), soit instrumentalisé (les femmes comme vitrine de modernité). Les vraies questions – violences conjugales, inégalités salariales, accès à l’avortement – restent taboues.
Pourquoi ce silence ? Parce que le pouvoir algérien a peur des mobilisations autonomes. Les mouvements féministes indépendants sont systématiquement étouffés, soit par la répression (comme le Hirak, où les femmes ont été en première ligne avant d’être effacées du récit officiel), soit par la cooptation (les associations « féminines » proches du régime reçoivent des subventions, mais perdent toute capacité de contestation).
Lien avec le journalisme : les médias algériens, sous contrôle étatique ou oligarchique, évitent soigneusement les sujets qui fâchent. Les articles sur les « femmes illustres » sont légion, mais où sont les enquêtes sur les travailleuses précaires, les mères célibataires, ou les militantes harcelées ? Le journalisme algérien, comme le féminisme officiel, est devenu un exercice de style – beau, consensuel, et profondément inoffensif.
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**Énergie solaire : la révolution verte qui n’a pas lieu**
L’Algérie a tout pour devenir une puissance solaire : 3 000 heures d’ensoleillement par an, des terres désertiques disponibles, et une demande énergétique en hausse. Pourtant, le secteur reste embryonnaire. Les exemples étrangers – agrivoltaïsme en Loire-Atlantique, séchoirs solaires numérisés au Maroc – contrastent avec la lenteur algérienne.
Pourquoi ce retard ? Parce que la transition énergétique se heurte à deux obstacles majeurs :
1. Le lobby gazier : Sonatrach, géant pétrolier, voit le solaire comme une menace pour ses revenus. Or, en Algérie, ce qui est bon pour Sonatrach est bon pour l’État (et vice versa).
2. L’absence de vision industrielle : les projets solaires existants (comme la centrale de Hassi R’Mel) sont des vitrines technologiques, mais ils ne s’inscrivent pas dans une stratégie de création d’emplois locaux ou de souveraineté énergétique.
Lien avec les hôpitaux : la construction d’un hôpital d’oncologie par wilaya, saluée par les associations, pose la même question : à quoi bon des infrastructures flambant neuves si elles dépendent de médicaments importés et de technologies étrangères ? L’Algérie a les moyens de produire ses propres équipements médicaux (via des partenariats avec la Chine ou l’Inde), mais elle préfère importer – parce que c’est plus simple, et parce que les commissions sont plus juteuses.
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**Diplomatie et partis politiques : le grand jeu des illusions**
L’actualité politique algérienne est un théâtre d’ombres. D’un côté, le pays « fait les yeux doux » aux États-Unis (pour équilibrer son partenariat avec la Russie et la Chine), de l’autre, l’affaire Boualem Sansal empoisonne les relations avec le Maroc et la France. Pendant ce temps, Hassani Cherif, figure du FLN, appelle à un « Parlement fort » – comme si le problème de l’Algérie était institutionnel et non structurel.
La réalité est plus crue : l’Algérie est un pays géopolitiquement courtisé mais économiquement marginalisé. Elle joue un rôle clé dans les équilibres régionaux (Libye, Sahel, Méditerranée), mais elle reste dépendante des cours du gaz et des caprices de ses partenaires. Son soft power (via la culture, le sport, ou les diasporas) est réel, mais il ne se traduit pas en influence économique.
Lien avec les athlètes : les performances des sportifs algériens (comme les « Dogues » du football) sont souvent présentées comme des succès nationaux. Pourtant, ces victoires masquent une réalité moins glorieuse : l’Algérie n’a pas de politique sportive ambitieuse. Les clubs sont sous-financés, les jeunes talents partent à l’étranger, et les infrastructures (stades, centres de formation) sont vétustes. Comme dans d’autres domaines, le pays mise sur le talent individuel plutôt que sur des structures collectives.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie de 2024 est un pays en suspens. Elle a les moyens de devenir une puissance régionale, mais elle reste prisonnière de ses contradictions :
– Une économie de rente qui finance des importations plutôt que des industries locales.
– Un État fort mais inefficace, qui contrôle tout mais ne transforme rien.
– Une société civile dynamique mais réprimée, où les initiatives locales (féministes, entrepreneuriales, écologiques) sont soit étouffées, soit récupérées.
– **Une diplomatie active mais