Le Maroc a accéléré ces dernières années sa stratégie de création de fonds souverains pour diversifier son économie et attirer les investissements étrangers. Alors que Rabat mise sur des instruments comme Ithmar Capital ou Maroc Numeric Fund, l’Algérie, malgré ses ressources financières, peine à structurer des outils comparables. Une comparaison qui interroge les entrepreneurs algériens sur les opportunités manquées et les leçons à tirer.
Un retard algérien face à une stratégie marocaine agressive
Récemment, le Maroc a concrétisé plusieurs initiatives pour renforcer ses fonds souverains. Ithmar Capital, créé en 2011, gère désormais plus de 20 milliards de dollars d’actifs, avec des participations dans des secteurs clés comme les énergies renouvelables, la logistique et les technologies. En 2023, le pays a lancé le Maroc Numeric Fund, doté de 100 millions de dollars, pour soutenir les startups technologiques. Ces fonds s’appuient sur des partenariats internationaux, notamment avec des institutions comme la Banque mondiale ou des fonds souverains du Golfe.
En Algérie, malgré un potentiel financier élevé grâce aux recettes pétrolières et gazières, les initiatives équivalentes restent embryonnaires. La Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), souvent présentée comme un équivalent partiel des fonds souverains, n’a pas atteint le même niveau de diversification ni d’impact. Selon des sources proches du dossier, les discussions sur un fonds souverain algérien traînent depuis 2020, sans avancée concrète. « Le Maroc a su capitaliser sur ses atouts stratégiques pour attirer des capitaux étrangers. L’Algérie, elle, reste bloquée dans des débats bureaucratiques », confie un économiste basés à Alger.
Des secteurs ciblés qui contrastent avec l’Algérie
Les fonds marocains ont privilégié des secteurs porteurs comme les énergies renouvelables, où le Maroc vise 52 % de son mix énergétique d’ici 2030, ou encore la logistique, avec des investissements dans des ports comme Tanger Med. Le Maroc Numeric Fund illustre aussi une volonté de moderniser l’économie numérique, un domaine où l’Algérie accuse un retard significatif.
Côté algérien, les tentatives de diversification restent limitées. Le Fonds National d’Investissement (FNI), créé en 2020, peine à se matérialiser comme un levier de croissance. Ses ressources, estimées à plusieurs milliards de dinars, sont souvent mobilisées pour des sauvetages d’entreprises publiques plutôt que pour financer des projets innovants. « Le FNI est un fonds de restructuration déguisé. Il n’y a pas de vision claire pour en faire un outil de développement économique », explique un entrepreneur spécialisé dans les startups.
Des leçons pour les entrepreneurs algériens
L’exemple marocain montre que les fonds souverains peuvent jouer un rôle clé dans l’écosystème entrepreneurial. Au Maroc, des startups comme Chari, une plateforme de distribution pour les épiceries, ont bénéficié de financements via des fonds comme 212Founders. En Algérie, les entrepreneurs doivent souvent se tourner vers des alternatives moins structurées, comme les fonds d’investissement privés ou les aides publiques dispersées.
Un autre point de divergence concerne l’attractivité des partenariats internationaux. Le Maroc a su attirer des fonds souverains étrangers, comme celui des Émirats arabes unis (Mubadala), pour cofinancer des projets. En Algérie, les restrictions légales et les lenteurs administratives freinent ce type de collaborations. « Les investisseurs étrangers préfèrent le Maroc, car ils y trouvent un cadre plus prévisible et des incitations fiscales », souligne un consultant en investissements basé à Oran.
Un appel à l’action pour les acteurs locaux
Face à ce retard, certains acteurs algériens commencent à réagir. En 2024, des discussions ont été relancées au sein du ministère de l’Économie pour accélérer la création d’un fonds souverain. Cependant, les obstacles persistent : manque de transparence, conflits d’intérêts entre institutions, et absence de stratégie industrielle cohérente.
Pour les entrepreneurs algériens, cette situation représente à la fois un défi et une opportunité. Les lacunes dans les outils de financement publics poussent certains à innover dans le crowdfunding ou les fonds d’investissement locaux. Des initiatives comme Algeria Venture ou StartUp Your Life tentent de combler le vide, mais leur impact reste limité face à l’ampleur des besoins.
À retenir pour les entrepreneurs
L’Algérie dispose de ressources financières pour créer un fonds souverain, mais les retards institutionnels limitent son efficacité. Les entrepreneurs doivent explorer des alternatives comme les fonds d’investissement privés ou les partenariats internationaux. Le Maroc montre que des instruments bien structurés peuvent accélérer la diversification économique.
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