Semaine économique en Algérie : normes, contrôles et opportunités

Rappel des tendances
La semaine du 13 au 19 janvier 2025 a été marquée par des ajustements réglementaires affectant directement les entreprises, une intensification des contrôles et la poursuite de projets structurants dans les services et l’industrie. Les textes concernant la déclaration des devises, les arrêts maladie et les statuts juridiques des associations ont été précisés. Parallèlement, des événements culturels et industriels ont mis en avant des secteurs économiques émergents ou en restructuration.

Contrôles et sanctions : un durcissement ciblé

Le ministre le plus jeune du gouvernement algérien a évoqué lors d’un entretien la lutte contre les arrêts de travail de complaisance. Selon les données du ministère du Travail, les abus représentent environ 15 % des arrêts maladie déclarés chaque année, soit un coût estimé à 4,2 milliards de dinars pour les caisses de sécurité sociale en 2024. Le gouvernement a annoncé une révision des procédures de contrôle, avec un renforcement des équipes médicales de la CNAS et l’introduction d’un système de traçabilité numérique des arrêts. Les entreprises concernées pourraient faire l’objet de sanctions administratives ou pénales.

Le Registre du commerce a rappelé, via une déclaration de Zahir Bettache (directeur des éditions Pro Cible), que les entreprises non conformes aux obligations légales s’exposent à des sanctions. En 2024, 1 247 entreprises ont été radiées pour défaut de mise à jour de leurs statuts ou absence de dépôt des comptes annuels. Parmi les manquements les plus fréquents figurent le non-respect du délai de 30 jours pour déclarer un changement de gérant ou une modification de l’objet social.

Statuts et financements : des règles renforcées

Les associations en Algérie sont désormais soumises à un nouveau cadre pour le financement étranger. Un décret publié cette semaine fixe à 17 milliards de dinars le montant total des subventions et dons reçus par les associations en 2024, avec obligation de déclaration préalable pour tout versement dépassant 5 millions de dinars. Cette mesure vise à renforcer la transparence et à lutter contre les flux financiers non déclarés. Les associations œuvrant dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’environnement sont les plus concernées.

Par ailleurs, la question des droits accordés à la nature a été abordée lors d’un séminaire juridique international. Aucune modification législative n’a été adoptée, mais la discussion a porté sur l’application potentielle du principe de personnalité juridique aux écosystèmes fragiles, comme les zones humides ou les forêts classées. Cette approche, déjà expérimentée dans d’autres pays, pourrait impacter les projets miniers ou touristiques à l’avenir.

Commerce extérieur : réorganisation et nouvelles règles

Deux organismes spécialisés dans l’import-export ont été créés cette semaine, marquant la dissolution d’ALGEX, l’agence historique du commerce extérieur algérien. L’Agence nationale des importations, officiellement lancée par le président Tebboune, aura pour mission de centraliser les procédures d’importation de biens stratégiques. Son budget initial est de 3,2 milliards de dinars, avec un effectif de 250 agents. Elle remplacera progressivement ALGEX, dont les effectifs (180 personnes) seront redéployés.

Côté exportations, une source proche du ministère du Commerce a indiqué que les exportations hors hydrocarbures ont atteint 2,1 milliards de dollars sur les 11 premiers mois de 2024, en baisse de 3 % par rapport à 2023. Les produits agricoles (dattes, légumes transformés) et les produits chimiques représentent 60 % de ce montant. L’agence ALGEX, malgré sa dissolution progressive, continue de gérer les dossiers en cours, notamment pour les exportateurs de produits pharmaceutiques vers l’Afrique subsaharienne.

Investissement depuis l’étranger : seuils et déclarations

La Banque d’Algérie a abaissé à 7 500 euros par an le seuil de déclaration obligatoire des devises pour les résidents algériens à l’étranger et les investisseurs étrangers. Ce seuil, auparavant fixé à 10 000 euros, s’applique aux retraits en espèces, aux transferts de fonds et aux opérations de change. Les infractions seront sanctionnées par des amendes pouvant atteindre 50 % du montant non déclaré. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le blanchiment et les flux financiers illicites, avec un accent sur les transferts provenant de la diaspora.

Protection civile et industrie : normes et classements

L’Algérie a été classée 10e mondiale dans une étude de l’université Harvard sur les systèmes de secours, derrière les États-Unis, la Chine et la France. L’étude souligne l’efficacité de la Protection civile algérienne dans la gestion des catastrophes industrielles, avec un taux de réponse moyen de 12 minutes pour les interventions de niveau 1 (accidents chimiques, incendies). En 2024, 188 interventions de niveau 1 ont été recensées, principalement dans les wilayas d’Oran, Alger et Annaba.

Parallèlement, la catastrophe industrielle de Seveso (Italie) a été rappelée comme un risque potentiel dans le secteur algérien. Aucune usine classée Seveso n’a été identifiée en Algérie, mais le ministère de l’Industrie a lancé un audit des sites chimiques et pétrochimiques, avec un focus sur les wilayas de Skikda, Arzew et Sétif. Les premières conclusions sont attendues pour mars 2025.

Tourisme et thermalisme : projets pharaoniques et réalité locale

Le Sofitel Thalassa Alger Sea & Spa, projet de 120 millions d’euros, entre en phase finale avec une ouverture prévue pour le troisième trimestre 2025. Le complexe, situé à Sidi Fredj, comprendra 200 chambres, un centre de thalassothérapie de 5 000 m² et une capacité d’accueil de 1 500 clients par jour. Ce projet s’ajoute à l’arrivée de la chaîne Starwood Hotels avec l’ouverture du Méridien Oran en 2026, pour un investissement de 80 millions de dollars.

Le thermalisme algérien, avec ses 22 stations thermales officielles, représente un marché de 800 millions de dinars par an. Les sources chaudes de Hammam Meskoutine (Guelma) et Hammam Righa (Aïn Defla) attirent 120 000 visiteurs par an, mais le secteur souffre d’un manque d’investissements dans les infrastructures d’accueil. Le ministère du Tourisme a annoncé un plan de modernisation pour 2025-2026, avec un budget de 1,5 milliard de dinars.

Culture et économie : impacts indirects

Le Nouvel An berbère (Yennayer) a été célébré dans plusieurs wilayas, avec des retombées économiques estimées à 1,5 milliard de dinars pour les commerces locaux, notamment dans la vente de produits artisanaux et alimentaires. À l’inverse, le tapis du M’zab, exposé en Inde, a généré une commande de 500 pièces supplémentaires, pour un contrat d’exportation de 2,3 millions de dollars.

Le cinéma documentaire international, mis en avant lors du festival MyFirstDoc à Tunis, pourrait inspirer des projets de production en Algérie. Aucune statistique n’est disponible sur le secteur, mais le ministère de la Culture a annoncé un fonds de 500 millions de dinars pour soutenir les coproductions internationales en 2025.

Micro-entreprises : innovations et inspections

Le lancement du service « Switch mobile » par un opérateur non nommé permet aux micro-entrepreneurs de gérer leurs transactions électroniques sans compte bancaire, avec un plafond de 100 000 dinars par mois. Ce service s’adresse aux petits commerçants et artisans, souvent exclus du système bancaire traditionnel.

Le ministre de la Micro-entreprise, M. Zemali, a effectué une visite de travail dans la wilaya de Tizi Ouzou pour inspecter les unités de production locales. Aucune donnée chiffrée n’a été communiquée, mais les médias locaux ont évoqué des difficultés d’accès aux financements pour les jeunes entrepreneurs kabyles, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire et de l’artisanat.

Hydrocarbures : plateforme panafricaine

Une plateforme dédiée à la promotion du contenu local dans le secteur des hydrocarbures sera lancée cette semaine à Alger. Cette initiative, soutenue par l’Union africaine, vise à renforcer les capacités des entreprises locales à fournir des biens et services aux compagnies pétrolières. Aucun chiffre n’a été communiqué sur le nombre d’entreprises algériennes déjà certifiées, mais le ministère de l’Énergie a indiqué que 120 PME avaient répondu à un appel à manifestation d’intérêt en 2024.

Bilan factuel de la semaine

À retenir pour les entrepreneurs
Les entrepreneurs doivent surveiller les évolutions des déclarations des devises et des contrôles sociaux. Les importateurs doivent se préparer à travailler avec la nouvelle Agence nationale des importations. Les projets touristiques et thermaux bénéficient d’investissements publics, mais l’accès aux financements reste un enjeu pour les PME locales.

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