Ahmed Haftari, directeur général de la Société d’investissement de l’université Alger 3 (SIF-UA3), a détaillé dans un entretien accordé à El Watan récemment les ambitions de la Sicar, un fonds dédié à la transformation des recherches académiques en entreprises viables. Ce mécanisme, encore rare en Algérie, pourrait redéfinir le paysage de l’entrepreneuriat local en comblant le fossé entre laboratoires et marché.
La Sicar, créée en 2022 sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, fonctionne comme un fonds d’amorçage ciblant les projets issus des universités. Selon Haftari, son objectif est double : financer les innovations prometteuses et les accompagner jusqu’à leur commercialisation. « Nous ne nous contentons pas d’injecter des fonds. Nous offrons un mentorat, un réseau industriel et une assistance juridique pour structurer les start-up », explique-t-il. La SIF-UA3, qui gère ce fonds, a déjà identifié une dizaine de projets dans des secteurs comme les énergies renouvelables, les biotechnologies et les technologies de l’information.
Le modèle repose sur un partenariat public-privé. L’État algérien, via des dotations budgétaires, apporte le capital initial, tandis que des investisseurs privés sont invités à cofinancer les projets les plus matures. Haftari précise que la Sicar vise un rendement sur investissement, mais avec une approche « patient » : « Nous acceptons un horizon de 5 à 7 ans pour que les start-up atteignent leur plein potentiel. » Cette philosophie contraste avec les attentes de rentabilité rapide des fonds traditionnels, souvent inadaptées aux innovations de rupture.
Les critères de sélection des projets sont stricts. La Sicar privilégie les innovations brevetables, avec un marché identifiable et une équipe capable de porter le projet. « Un bon brevet ne suffit pas. Il faut une vision commerciale et une capacité à industrialiser », souligne Haftari. Parmi les projets soutenus, on trouve par exemple un système de dessalement solaire développé par des chercheurs de l’université Alger 3, ou encore une plateforme de télémédecine intégrant l’intelligence artificielle. Ces initiatives pourraient répondre à des besoins locaux, comme la gestion de l’eau ou l’accès aux soins dans les zones rurales.
Pour les entrepreneurs algériens, ce fonds représente une opportunité inédite. D’abord, il offre un accès à des financements sans garantie personnelle, un obstacle majeur pour les jeunes porteurs de projets. Ensuite, il permet de tester des idées à haut risque, souvent délaissées par les banques. Enfin, la Sicar joue un rôle de catalyseur en connectant les chercheurs aux industriels. « Nous avons déjà facilité des partenariats avec des entreprises comme Sonelgaz ou Saidal pour des projets pilotes », indique Haftari.
Cependant, des défis persistent. Le premier est la méconnaissance de ce mécanisme. Beaucoup de chercheurs ignorent encore l’existence de la Sicar ou hésitent à franchir le pas vers l’entrepreneuriat. « Il faut une campagne de sensibilisation massive dans les universités », admet Haftari. Le second défi est la lenteur administrative. Les procédures de dépôt de brevet ou de création d’entreprise restent complexes, malgré les réformes récentes. Enfin, la Sicar doit prouver sa capacité à générer des retours sur investissement pour attirer davantage de capitaux privés.
La diaspora algérienne pourrait jouer un rôle clé dans ce dispositif. Haftari encourage les Algériens de l’étranger à s’impliquer, que ce soit en investissant dans le fonds ou en mentorant les porteurs de projets. « Beaucoup de nos compatriotes à l’étranger ont une expertise en levée de fonds ou en gestion d’entreprise. Leur apport serait précieux », estime-t-il. Des initiatives similaires, comme le fonds Algeria Venture, ont déjà montré que la diaspora était prête à soutenir l’innovation locale, à condition que les projets soient bien structurés.
À l’échelle régionale, l’Algérie tente de rattraper son retard en matière de capital-risque. Des pays comme le Maroc ou la Tunisie ont développé des écosystèmes plus matures, avec des fonds dédiés aux start-up technologiques. La Sicar s’inspire en partie de ces modèles, mais avec une spécificité algérienne : son ancrage dans les universités. « Notre force, c’est de partir de la recherche fondamentale pour aller vers l’industrie. Peu de pays africains ont cette approche intégrée », affirme Haftari.
Pour les entrepreneurs, le message est clair : la Sicar n’est pas un guichet de subventions, mais un partenaire exigeant. Les projets retenus devront démontrer leur viabilité économique, pas seulement leur excellence scientifique. Ceux qui réussiront pourraient bénéficier d’un effet de levier important, avec des financements supplémentaires et un accès facilité aux marchés publics.
À retenir pour les entrepreneurs
La Sicar offre un financement et un accompagnement aux innovations issues des universités, avec un focus sur les secteurs technologiques. Les porteurs de projets doivent présenter une équipe solide, un marché identifié et une stratégie de commercialisation. La diaspora peut contribuer en investissant ou en apportant son expertise. Les candidatures sont évaluées en continu, avec un accent sur les projets brevetables et industrialisables.
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