Cette semaine, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a confirmé la mise en œuvre d’une stratégie nationale visant à renforcer la production locale de semences et de plants. Selon un communiqué publié par l’Agence presse service (APS), cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts du gouvernement pour améliorer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance aux importations.
Le projet, piloté par l’Institut technique des grandes cultures (ITGC) et l’Institut national de la protection des végétaux (INPV), cible plusieurs filières stratégiques, dont les céréales, les légumineuses et les cultures maraîchères. L’objectif est de couvrir 70 % des besoins nationaux en semences certifiées d’ici 2030, contre environ 30 % actuellement. « La production locale de semences est un levier essentiel pour stabiliser les récoltes et garantir la souveraineté alimentaire », a déclaré le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Henni, lors d’une rencontre avec les acteurs du secteur à Alger.
Les premiers résultats concrets sont déjà visibles. Dans la wilaya de Sétif, l’ITGC a lancé en 2025 un programme de multiplication de semences de blé dur, une variété résistante à la sécheresse et adaptée aux conditions climatiques locales. Les essais menés sur 500 hectares ont donné des rendements supérieurs de 15 % à ceux des semences importées, selon les données de l’institut. « Nous avons identifié des variétés performantes qui peuvent être produites localement à moindre coût », explique le directeur de l’ITGC, Mohamed Belabdi. Des projets similaires sont en cours dans les wilayas de Tiaret, Médéa et Constantine, avec un accent particulier sur les légumineuses comme les lentilles et les pois chiches.
La stratégie inclut également un volet formation et accompagnement des agriculteurs. Le ministère a signé des conventions avec des coopératives agricoles pour diffuser les bonnes pratiques et faciliter l’accès aux semences certifiées. À Ouargla, une ferme pilote a été créée pour former les producteurs aux techniques de sélection et de conservation des semences. « Les agriculteurs doivent comprendre que les semences locales ne sont pas une solution de dernier recours, mais un choix économique et écologique », souligne un responsable de la Chambre nationale de l’agriculture.
Les défis restent cependant nombreux. Le secteur souffre d’un manque d’infrastructures de stockage et de transformation, ainsi que de la concurrence des semences importées, souvent subventionnées. « Les producteurs locaux ont du mal à rivaliser avec les prix des semences étrangères, qui bénéficient de subventions dans leurs pays d’origine », reconnaît un expert du secteur. Pour y remédier, le gouvernement a annoncé des mesures incitatives, comme des exonérations fiscales pour les entreprises spécialisées dans la production de semences et des subventions à l’achat pour les agriculteurs.
La question des semences OGM, bien que marginale en Algérie, suscite aussi des débats. Contrairement à certains pays voisins comme le Nigeria, qui a récemment lancé des campagnes de sensibilisation sur les semences génétiquement modifiées, l’Algérie maintient une position prudente. « Nous privilégions les variétés traditionnelles et les techniques d’amélioration génétique classique », affirme un responsable de l’INPV. Cette approche vise à préserver la biodiversité locale et à éviter les risques liés aux OGM, encore mal évalués dans le contexte algérien.
Sur le plan international, la stratégie algérienne s’inspire de modèles réussis, comme celui du Maroc, qui a réduit sa dépendance aux importations de semences de 60 % en dix ans. « L’Algérie a les moyens de faire aussi bien, voire mieux, grâce à ses vastes terres agricoles et à son potentiel de recherche », estime un consultant en sécurité alimentaire basé à Alger. Les partenariats avec des institutions étrangères, comme le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA), devraient également accélérer les progrès.
Les retombées économiques de cette stratégie pourraient être significatives. Selon une étude du ministère de l’Agriculture, chaque dinar investi dans la production locale de semences génère trois dinars de valeur ajoutée pour l’économie nationale. « C’est un cercle vertueux : moins d’importations, plus d’emplois locaux et une meilleure résilience face aux crises climatiques », analyse un économiste spécialisé dans le secteur agricole.
Pour les consommateurs, cette transition se traduira par une plus grande disponibilité de produits locaux et une réduction des prix à long terme. « Les semences locales permettent de produire des aliments mieux adaptés aux goûts des Algériens et moins chers que les produits importés », explique un responsable de la Fédération nationale des commerçants. Les dattes, par exemple, dont la qualité est déjà reconnue au Maroc et dans les pays du Golfe, pourraient voir leur production augmenter grâce à des plants sélectionnés pour leur résistance aux maladies.
Enfin, cette stratégie s’intègre dans une vision plus large de développement rural. Le Plan national de développement agricole (PNDA) prévoit d’investir plus de 200 milliards de dinars d’ici 2027 dans les infrastructures agricoles, dont une partie sera consacrée à la modernisation des centres de production de semences. « L’enjeu n’est pas seulement technique, mais aussi social : il s’agit de redonner aux zones rurales un rôle central dans l’économie nationale », conclut Abdelhafid Henni.
Si les premiers résultats sont encourageants, la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités à mobiliser les acteurs locaux et à maintenir un cadre réglementaire stable. Pour l’Algérie, le défi est de taille, mais les opportunités le sont tout autant.