Algérie lance les sacs-poubelle payants en 2025

Le ministère des Ressources en Eau et de l’Environnement a confirmé cette semaine le déploiement d’un système de sacs-poubelle normalisés et payants pour financer la gestion des déchets ménagers. Cette mesure, annoncée par El Watan en septembre 2025, s’inscrit dans le cadre de la loi n°01-19 relative à la gestion des déchets, adoptée en 2021 mais restée longtemps en suspens. Les sacs, vendus en points de vente agréés, porteront un marquage officiel et seront obligatoires pour le ramassage des ordures dans les communes pilotes.

Un financement innovant pour les communes
Selon El Watan, le produit de la vente des sacs sera reversé aux collectivités locales pour couvrir les coûts de collecte et de traitement. Chaque sac coûtera entre 5 et 10 dinars algériens, selon sa contenance, et sera fabriqué en plastique recyclable. Le ministère table sur un budget annuel de 20 milliards de dinars pour les 58 wilayas du pays, une somme destinée à moderniser les centres d’enfouissement et à réduire les décharges sauvages. « Ce système existe déjà en Europe et en Tunisie. Il responsabilise le citoyen et génère des revenus stables pour les communes », explique un responsable du ministère cité par le quotidien.

Tests en cours à Alger, Oran et Constantine
Les premières expérimentations ont débuté en juin 2025 dans trois wilayas : Alger, Oran et Constantine. Les habitants reçoivent des sacs gratuits pendant un mois, accompagnés de campagnes de sensibilisation. « Les résultats sont encourageants : 70 % des ménages utilisent déjà les sacs normalisés, et les plaintes pour non-ramassage ont chuté de 40 % », indique un rapport interne de la wilaya d’Alger, consulté par El Watan. Les contrevenants s’exposent à des amendes allant de 1 000 à 5 000 dinars, bien que les autorités privilégient pour l’instant la pédagogie.

Des défis logistiques et sociaux
Le principal obstacle reste la distribution massive des sacs. Le ministère a signé des contrats avec cinq entreprises locales pour une production de 500 millions d’unités par an, mais des retards sont déjà signalés. « Les usines tournent à 60 % de leur capacité à cause des pénuries de matières premières », confie un industriel sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, des voix s’élèvent contre le coût supplémentaire pour les ménages, déjà touchés par l’inflation. Le Syndicat national des travailleurs de l’environnement (SNTE) a appelé à des subventions pour les familles modestes, une demande rejetée par le gouvernement au nom de « l’équité fiscale ».

Un modèle inspiré de l’étranger
L’Algérie s’inspire directement de systèmes éprouvés en Suisse, en Belgique et en Corée du Sud, où les sacs payants ont permis de réduire les déchets de 30 % en moyenne. « Le succès dépendra de la rigueur dans l’application et de la transparence des recettes », estime un expert en gestion des déchets interrogé par TSA. Le ministère promet un bilan public tous les six mois, avec des ajustements possibles sur les tarifs ou les modalités de distribution.

Prochaines étapes : généralisation et recyclage
Si l’expérience des trois wilayas pilotes est concluante, le système sera étendu à l’ensemble du territoire d’ici fin 2026. Parallèlement, le gouvernement prévoit d’investir 15 milliards de dinars dans des centres de tri et de recyclage, en partenariat avec des entreprises privées. « L’objectif est de recycler 30 % des déchets ménagers d’ici 2030, contre 5 % aujourd’hui », précise un communiqué officiel. Les sacs eux-mêmes seront fabriqués à partir de plastique recyclé, dans le cadre d’une économie circulaire encore balbutiante en Algérie.

Cette réforme marque un tournant dans la gestion des déchets, longtemps considérée comme un parent pauvre des politiques publiques. Reste à savoir si les Algériens joueront le jeu, entre contrainte économique et prise de conscience écologique.

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