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**L’Algérie en mouvement : un pays entre deux temporalités**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence de l’État comme acteur central, qu’il s’agisse de lancer une autoroute transsaharienne, de couper internet pendant le bac, ou d’investir dans la 5G. Mais cette mainmise étatique, loin d’être monolithique, révèle des contradictions internes : comment concilier une stratégie de souveraineté industrielle avec des retards récurrents dans les infrastructures ? Comment promouvoir l’entrepreneuriat féminin alors que les universités peinent à former des talents adaptés au marché ? Et surtout, comment l’Algérie peut-elle incarner un leadership africain tout en restant prisonnière de ses propres blocages ?
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**Infrastructures : le rêve continental et la réalité des chantiers**
Le ferroviaire, lui, semble plus efficace : l’inauguration d’un axe de 950 km à travers le Sahara et l’investissement de 1,4 milliard de dollars dans de nouveaux trains montrent une volonté de modernisation. Mais ces avancées posent une question cruciale : à qui profitent ces infrastructures ? Si elles servent d’abord à exporter des matières premières (gaz, pétrole) ou à faciliter les déplacements des élites, leur impact sur les populations locales reste limité. Le transport en Algérie reste un miroir des inégalités : d’un côté, des trains flambant neufs ; de l’autre, des routes meurtrières (2 morts et 215 blessés en 24 heures).
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**Le football, arme diplomatique et miroir des fractures sociales**
Le CHAN (Championnat d’Afrique des Nations), réservé aux joueurs locaux, révèle une crise profonde. Le Cameroun, menacé de sanctions en cas de retrait, illustre la politisation à outrance du sport. En Algérie, les clubs peinent à rivaliser avec leurs homologues européens ou africains, faute d’investissements privés et d’une formation de qualité. Les stades, souvent vides, reflètent un désamour croissant entre les supporters et une fédération perçue comme corrompue.
Pourtant, le football reste un exutoire. Dans un pays où 30% des jeunes sont au chômage, les exploits des Fennecs (l’équipe nationale) offrent une rare fierté collective. Mais cette passion est aussi un leurre : elle masque l’absence de perspectives économiques pour une jeunesse qui rêve d’Europe ou de startups, pas de ballon rond.
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**Culture et soft power : entre instrumentalisation et résistance**
Les Journées internationales du cinéma à Sétif, avec 10 pays en compétition, montrent une volonté de rayonnement. Pourtant, le discours de Hakim Dekkar, qui plaide pour une culture « présente dans notre quotidien », sonne comme un aveu d’échec. En Algérie, la culture reste souvent cantonnée aux festivals subventionnés, loin des préoccupations des citoyens. Les salles de cinéma ferment, les librairies disparaissent, et l’art contemporain est réservé à une élite francophone.
Cette dichotomie révèle une crise de légitimité : l’État algérien, qui a longtemps utilisé la culture comme outil de propagande (pendant la guerre d’indépendance ou sous Boumediene), peine aujourd’hui à trouver un nouveau narratif. La jeunesse, elle, se tourne vers les réseaux sociaux et les startups pour s’exprimer – un espace où l’État a moins de prise.
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**Entrepreneuriat et éducation : le grand décalage**
Le problème est structurel : les universités algériennes forment mal aux métiers de demain. La triche au bac, qui a poussé l’État à couper internet dans tout le pays, est un symptôme de cette crise éducative. Les étudiants trichent parce qu’ils savent que leurs diplômes ne leur garantiront pas un emploi. Et quand ils cherchent à étudier à l’étranger, ils tombent dans des arnaques – comme ce réseau démantelé récemment.
Les startups, elles, semblent être la nouvelle frontière. La 4e conférence africaine des start-up à Alger montre une volonté de positionner le pays comme un hub d’innovation. Des figures comme Cherifa Bentaleb ou Fatima-Zohra Tchikou incarnent cette réussite. Mais ces success stories restent marginales. La majorité des jeunes entrepreneurs butent sur des obstacles bureaucratiques, un accès limité au financement et une méfiance des investisseurs étrangers.
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**La 5G et la souveraineté numérique : un pari risqué**
D’abord, qui contrôle ces technologies ? L’État algérien, qui a déjà coupé internet pendant le bac, pourrait utiliser la 5G pour renforcer sa surveillance. Ensuite, où sont les compétences ? Les universités peinent à former des ingénieurs en IA, et les startups manquent de talents locaux. Enfin, quelle est la stratégie industrielle ? La 5G ne servira à rien si elle ne s’accompagne pas d’une modernisation des usines et d’un accès démocratisé au numérique.
Le risque est grand de voir l’Algérie importer des technologies sans maîtriser leur usage, comme elle l’a fait avec les hydrocarbures. La souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit, avec des investissements massifs dans l’éducation et une ouverture contrôlée aux capitaux étrangers.
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**Sécurité : entre négligence et gestion de crise**
Le procès du crash d’Air Algérie au Mali, où trois victimes étaient normandes, rappelle aussi les déficiences du secteur aérien. L’Algérie, qui a longtemps négligé sa flotte, tente aujourd’hui de se moderniser – mais les retards s’accumulent.
Cette insouciance sécuritaire est d’autant plus paradoxale que l’Algérie se présente comme un rempart contre le terrorisme en Afrique. Pourtant, sur son propre sol, les risques du quotidien (routes, chantiers, transports) tuent bien plus que les groupes armés.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
1. Le scénario souverainiste : L’Algérie réussit son virage industriel et numérique, en s’appuyant sur ses ressources (gaz, phosphates) et en attirant des investissements étrangers. Elle devient un hub africain, avec une économie diversifiée et une jeunesse formée aux métiers de demain. Mais ce scénario suppose une réforme profonde de l’État, une lutte contre la corruption et une ouverture politique – ce qui est loin d’être acquis.
2. Le scénario de la stagnation : L’Algérie reste prisonnière de son modèle rentier, avec des infrastructures sous-utilisées, une jeunesse en colère et une élite qui s’enrichit sans redistribuer. Les mégaprojets deviennent des éléphants blancs, et le pays perd son influence régionale au profit du Maroc ou de l’Égypte.
3. Le scénario de l’implosion : Si le prix du pétrole s’effondre et que les tensions sociales explosent, l’Algérie pourrait connaître une crise majeure. Les émeutes de 2019 (Hirak) ont montré que la jeunesse est prête à descendre dans la rue. Sans réformes, le pays risque une fuite des cerveaux et une instabilité chronique.