Trois firmes turques remportent un milliard d’euros à l’AADL

L’Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement (AADL) a attribué en moins d’un mois des contrats d’une valeur cumulée d’un milliard d’euros à trois entreprises turques, selon Maghreb Émergent. Cette série de marchés, signée fin janvier 2021, marque une accélération des partenariats entre l’Algérie et la Turquie dans le secteur du BTP, tout en soulevant des questions sur la stratégie industrielle nationale et la dépendance aux acteurs étrangers.

Des contrats record en un temps record

Ces chiffres, révélés par Maghreb Émergent, représentent près de 10 % du budget annuel alloué au logement en Algérie, estimé à 11 milliards d’euros en 2021. La rapidité de ces attributions, sans appel d’offres public détaillé, interroge sur les procédures de sélection. L’AADL justifie ce choix par l’urgence de répondre à la crise du logement, qui touche plus de 2 millions de demandeurs selon les chiffres officiels, et par l’expérience avérée des entreprises turques dans la livraison rapide de projets similaires.

Une dépendance accrue aux acteurs étrangers

Les retombées pour l’économie algérienne restent limitées. Les contrats attribués aux entreprises turques prévoient rarement des transferts de technologie ou des partenariats avec des acteurs locaux. Par exemple, Rönesans Holding a importé 80 % des matériaux utilisés pour ses projets en Algérie, selon une étude du Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (CENEAP). Cette pratique réduit l’impact sur l’emploi et la valeur ajoutée locale, alors que le secteur du BTP représente près de 15 % du PIB et emploie plus d’un million de personnes.

Enjeux industriels et géopolitiques

Cependant, cette dépendance aux acteurs étrangers suscite des critiques au sein des professionnels algériens. La Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI) a dénoncé, dans un communiqué publié en décembre 2020, une « marginalisation des entreprises locales », soulignant que les PME algériennes peinent à accéder aux marchés publics en raison de critères de sélection jugés trop restrictifs. Le président de la FNPI, Mohamed Larbi, a appelé à une « révision des procédures d’attribution pour favoriser les acteurs nationaux », arguant que les entreprises locales pourraient réaliser les mêmes projets à moindre coût.

Logement social : un chantier toujours en souffrance

Les entreprises turques promettent des délais de livraison plus courts, mais leur capacité à respecter ces engagements reste à prouver. Limak, par exemple, a accumulé des retards de plus de deux ans sur son projet de métro d’Alger, initialement prévu pour 2018. Ces défaillances soulèvent des doutes sur la fiabilité des promesses de rapidité, d’autant que les contrats signés avec l’AADL ne prévoient pas de pénalités significatives en cas de non-respect des échéances.

Vers une relance du secteur local ?

Par ailleurs, l’AADL a lancé en 2021 un appel à manifestation d’intérêt pour la construction de 100 000 logements en partenariat avec des acteurs privés algériens. Ce programme, baptisé « AADL 3 », vise à réduire la dépendance aux entreprises étrangères tout en accélérant la cadence des livraisons. Mais son succès dépendra de la capacité des entreprises locales à mobiliser les financements nécessaires et à surmonter les obstacles administratifs.

En attendant, les contrats attribués aux entreprises turques illustrent les contradictions de la politique du logement en Algérie : une urgence sociale qui pousse à des solutions rapides, mais au prix d’une dépendance accrue aux acteurs étrangers et d’un affaiblissement du tissu industriel local. La question n’est plus seulement de construire des logements, mais de savoir comment le faire de manière durable et souveraine.

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