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**L’Algérie, un État-continent en quête d’un récit cohérent**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre trois forces : la volonté de souveraineté économique, l’urgence des réformes structurelles et l’inertie d’un système hérité de décennies de rente pétrolière. Les actualités récentes, loin d’être des fragments épars, dessinent les contours d’un pays en pleine reconfiguration – parfois volontaire, souvent contrainte. Derrière les annonces triomphales et les chiffres officiels se cachent des contradictions systémiques : un protectionnisme qui étouffe autant qu’il protège, une transition énergétique ambitieuse mais ralentie par des dépendances technologiques, une jeunesse talentueuse dont les exploits sportifs contrastent avec l’absence de débouchés locaux.
Ce qui frappe, c’est l’absence de grand récit unificateur. L’Algérie oscille entre le repli identitaire (renforcement du protectionnisme, méfiance envers les investissements étrangers) et une modernisation accélérée (cybersécurité, pôles technologiques, rénovation urbaine). Cette schizophrénie n’est pas propre à l’Algérie, mais elle y prend une dimension particulière, tant le pays incarne, depuis 1962, le rêve inachevé d’une nation souveraine, maîtresse de son destin. Les fils rouges qui relient ces dix domaines ? Une quête de puissance par l’industrie, une défiance envers les modèles extérieurs, et une jeunesse qui, faute de pouvoir transformer le système de l’intérieur, le contourne – par l’exil, le numérique ou le sport.
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**La souveraineté industrielle : un protectionnisme à double tranchant**
L’Algérie a fait du made in Algeria un mantra, mais les résultats sont ambivalents. Le renforcement des barrières douanières et la régulation des importations (notamment dans l’agroalimentaire et les matériaux de construction) visent à stimuler la production locale. Pourtant, comme le souligne Salim Aggar, directeur d’Al Djazaïri Production, le cinéma algérien « cherche encore son marché » – une métaphore parfaite de l’industrie nationale. Les studios existent, les talents aussi, mais l’écosystème (distribution, financement, public) reste atrophié.
Cette logique protectionniste se retrouve dans l’énergie. Sonatrach, fleuron de l’économie algérienne, s’équipe en Chine pour l’exploration d’hydrocarbures, signe d’une dépendance technologique persistante. Le paradoxe est saisissant : l’Algérie veut réduire ses importations, mais doit importer des machines et des savoir-faire pour exploiter ses propres ressources. La transition énergétique, elle, patine. Le Maroc avance sur le nucléaire, tandis que l’Algérie, malgré ses réserves de gaz et son potentiel solaire, tergiverse. La Banque d’Algérie affiche un bilan « colossal », mais ses réserves en devises fondent (–85 % de l’excédent commercial en 2024), révélant une économie encore trop dépendante des hydrocarbures.
Contradiction majeure : Le protectionnisme algérien protège les industries naissantes, mais les prive aussi de la concurrence nécessaire à leur maturation. Sans ouverture maîtrisée, le risque est celui d’une souveraineté de façade – des usines sous perfusion étatique, incapables de rivaliser sur les marchés internationaux.
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**Santé et logement : le miroir des inégalités territoriales**
Le bilan des « 25 ans de règne » en matière de santé est présenté comme « remarquable ». Les infrastructures se sont multipliées, l’accès aux soins s’est amélioré, et quatre projets de recherche ciblent désormais les cancers en zones rurales. Pourtant, en creux, ces annonces révèlent une réalité moins reluisante : l’Algérie doit encore rattraper son retard. Le Ghana, pays moins riche, cherche 1,7 milliard de dollars pour achever ses hôpitaux – preuve que la santé reste un chantier permanent en Afrique, y compris pour les pays pétroliers.
Le logement, lui, cristallise les tensions sociales. Le gouvernement lance un projet de loi en urgence pour rénover les « passoires thermiques » et les quartiers informels, comme El Hamri, symbole de cette Algérie à deux vitesses. Une « banque de l’habitat » est évoquée, mais son utilité reste floue : l’Algérie souffre moins d’un manque de financement que d’un problème de gouvernance. Les programmes de logements sociaux s’enlisent dans la corruption et les retards, tandis que les promoteurs privés ciblent une élite urbaine.
Fil rouge : Santé et logement illustrent la même fracture – entre une Algérie qui se modernise (hôpitaux high-tech, tramways, cybersécurité) et une Algérie périphérique, rurale ou périurbaine, où les services de base restent un luxe. Le numérique, présenté comme une solution (applications pour expatriés, opposition en ligne), ne fait que creuser le fossé : il profite à ceux qui ont déjà accès aux infrastructures.
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**Sport et technologie : les deux visages de la jeunesse algérienne**
Les athlètes algériens brillent à l’étranger, mais leur succès pose une question cruelle : pourquoi ces talents ne peuvent-ils s’épanouir chez eux ? Sauveur Cristofini, nageur franco-algérien, bat des records en France. Luca Zidane, gardien des Fennecs, est une recrue inattendue – mais combien de jeunes Algériens ont les moyens de s’entraîner dans des clubs européens ? Le Cercle Nautique des Cévennes, club français, mise sur 2025 pour une « année d’exception » – une ironie amère pour un pays bordé par 1 200 km de côtes, mais où la natation reste un sport élitiste.
À l’inverse, la technologie offre une échappatoire. Le Fonds National d’Investissement (FNI) crée un pôle technologique avec quatre sociétés, Algérie Ferries modernise ses services, et les opérateurs télécoms innovent (malgré des tarifs prohibitifs). Mais là encore, le décalage est frappant : l’Algérie forme des ingénieurs en cybersécurité (le pays figure dans le top 7 africain), mais ces compétences sont souvent captées par des entreprises étrangères ou des start-up locales sous-financées.
Dynamique profonde : Le sport et la tech sont les deux exutoires d’une jeunesse algérienne en quête de reconnaissance. L’un permet l’exil par le talent, l’autre l’émancipation par le code. Mais ni l’un ni l’autre ne résout le problème structurel : l’absence d’un tissu économique capable d’absorber cette énergie.
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**Infrastructures et mobilité : le mythe de la modernité inachevée**
Les tramways d’Alger et d’Oran sont présentés comme des succès, mais l’annonce du « tram en bout de course » sonne comme un aveu d’échec. Casablanca, elle, construit 80 km de lignes supplémentaires – preuve que le Maroc, malgré des ressources moindres, mise sur la mobilité comme levier de développement. En Algérie, les projets de rénovation urbaine (comme à El Hamri) et les lois sur les passoires thermiques peinent à masquer une réalité : le pays souffre d’un sous-investissement chronique dans les infrastructures de base.
La cybersécurité, en revanche, est un point fort. L’Algérie figure parmi les pays africains les mieux préparés, et le forum ACIS met en avant la protection des ports et aéroports. Mais cette excellence numérique contraste avec l’état des routes, des chemins de fer et des réseaux électriques. Starlink, en Centrafrique, symbolise cette fracture : là où l’État algérien hésite à libéraliser les télécoms, d’autres pays africains sautent le pas, au risque de dépendre de géants étrangers.
Contradiction systémique : L’Algérie investit dans le high-tech (cybersécurité, pôles technologiques) mais néglige les infrastructures physiques, pourtant indispensables à une économie diversifiée. Résultat : une modernité désincarnée, où les écrans brillent mais où les routes se fissurent.
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**Prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie se trouve devant un choix historique. Soit elle persiste dans une souveraineté défensive, où le protectionnisme et la méfiance envers l’étranger étouffent l’innovation, mais préservent une forme de stabilité. Soit elle opte pour une souveraineté offensive, où l’ouverture maîtrisée (partenariats technologiques, investissements ciblés) permet de diversifier l’économie sans renoncer au contrôle des secteurs stratégiques.
Trois scénarios se dessinent :
1. Le scénario « pétro-nationalisme 2.0 » : L’Algérie mise tout sur le gaz et les hydrocarbures, en espérant que les prix remontent. Les réserves s’épuisent, mais le pays évite les réformes douloureuses. La jeunesse continue de partir, la rente finance des projets pharaoniques (comme les tramways), mais l’économie reste fragile. C’est le scénario du statu quo, avec une stabilité précaire.
2. Le scénario « start-up nation algérienne » : Le gouvernement lâche du lest sur les télécoms, encourage les pôles technologiques et attire les investisseurs étrangers dans les énergies renouvelables. Les athlètes et les ingénieurs restent au pays, mais le risque est celui d’une dépendance accrue aux capitaux extérieurs. C’est le scénario marocain – une modernisation accélérée, mais au prix d’une perte de souveraineté partielle.
3. Le scénario « révolution silencieuse » : La société algérienne contourne l’État. Les jeunes créent des entreprises informelles, les diasporas investissent dans les start-up locales, et les mouvements d’opposition (comme celui misant sur le numérique) poussent à des réformes par le bas. C’est le scénario tunisien – une transition chaotique, mais porteuse d’espoir.
Le plus probable ? Un mélange des trois. L’Algérie a les moyens de ses ambitions, mais elle doit accepter une vérité cruelle : la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Et pour cela, il lui faut cesser de voir l’ouverture comme une menace, et la jeunesse comme un problème – mais comme une solution.