Béjaïa voit son immobilier dopé par la diaspora

Cette semaine, le marché immobilier de Béjaïa connaît une dynamique inédite, portée par les investissements massifs de la diaspora algérienne. Selon Maghreb Émergent, les transactions ont bondi de 40 % en un an, avec une préférence marquée pour les biens haut de gamme et les terrains constructibles. Ce phénomène redessine le paysage urbain de la wilaya, tout en soulevant des questions sur l’accès au logement pour les locaux.

Des prix qui s’envolent sous l’effet de la demande

Cette pression a un effet pervers : les jeunes ménages béjaouis peinent à accéder à la propriété. Le salaire moyen dans la wilaya, estimé à 45 000 DA par mois, rend l’achat d’un logement standard (à partir de 8 millions de DA) quasi impossible sans crédit bancaire. Or, les banques algériennes, malgré les réformes récentes, restent frileuses à accorder des prêts immobiliers, surtout pour des montants élevés.

La diaspora, moteur des projets neufs

Cette tendance s’accompagne d’une transformation des quartiers. À Ighil Ali, des lotissements entiers sortent de terre, avec des maisons inspirées des villas européennes. « Les acheteurs veulent du moderne, avec des matériaux importés et des finitions haut de gamme », observe un architecte. Cependant, ces constructions, souvent réalisées sans permis, posent des problèmes d’urbanisme. La direction de l’urbanisme de Béjaïa a récemment émis des mises en demeure contre plusieurs chantiers illégaux, selon des documents consultés par le quotidien Liberté.

Un marché qui échappe aux régulations

Autre défi : la spéculation. Des terrains agricoles, achetés à bas prix, sont revendus avec des plus-values de 200 % après leur reclassement en zones constructibles. La wilaya de Béjaïa a gelé en 2025 plusieurs projets de ce type, mais les recours en justice des promoteurs bloquent les décisions. « Certains dossiers traînent depuis trois ans », déplore un cadre de la direction des domaines.

Quelles solutions pour les Béjaouis ?

Les associations de défense des locataires, comme l’Union Nationale des Locataires Algériens (UNLA), réclament des mesures plus radicales. « Il faut un plafonnement des loyers et une taxe sur les logements vacants détenus par la diaspora », propose un responsable de l’UNLA. Une piste rejetée par les promoteurs, qui y voient une menace pour l’investissement.

Béjaïa, laboratoire des tensions immobilières algériennes

À l’échelle nationale, le gouvernement tente de reproduire ce modèle en incitant la diaspora à investir dans d’autres wilayas, comme Tlemcen ou Annaba. Mais sans régulation forte, le risque est de voir se multiplier des bulles immobilières, comme celle qui a éclaté à Alger en 2023. Pour Béjaïa, l’enjeu est désormais de transformer cette manne financière en développement durable, sans sacrifier les habitants.

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