La baisse récente des cours du pétrole sous la barre des 60 dollars le baril inquiète les responsables économiques algériens. Selon TSA-Algérie, cette chute pourrait avoir des répercussions immédiates sur le budget de l’État et la stabilité financière du pays, déjà fragilisée par une dépendance persistante aux hydrocarbures.
Le ministère des Finances a récemment revu ses prévisions budgétaires pour 2025, tablant initialement sur un prix moyen du baril à 70 dollars. Avec un cours actuel inférieur de près de 15 %, les recettes pétrolières, qui représentent plus de 90 % des exportations algériennes, pourraient diminuer de plusieurs milliards de dollars. La Banque d’Algérie a déjà alerté sur les risques d’un déficit budgétaire accru si la tendance se poursuit.
La SONATRACH, principal acteur du secteur, a annoncé un gel partiel de certains projets d’exploration et de développement. Le PDG Rachid Hachichi a indiqué que l’entreprise revoit ses investissements à la baisse, notamment dans les gisements non conventionnels, jugés moins rentables à ce niveau de prix. « Nous priorisons les projets à court terme et à faible coût », a-t-il déclaré lors d’une réunion interne citée par El Watan.
Les conséquences ne se limitent pas au secteur énergétique. Le gouvernement a récemment reporté plusieurs grands chantiers d’infrastructure, dont la modernisation du réseau ferroviaire et la construction de nouvelles centrales électriques. Le ministre des Travaux publics, Lakhdar Rekhroukh, a confirmé que certains appels d’offres seraient ajournés en attendant une amélioration des revenus pétroliers.
Les ménages algériens pourraient également ressentir les effets de cette crise. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a évoqué la possibilité d’une hausse des prix des carburants à la pompe si la situation perdure. « Nous étudions des mécanismes pour limiter l’impact sur le pouvoir d’achat, mais des ajustements seront nécessaires », a-t-il précisé lors d’une intervention télévisée.
Face à cette situation, les économistes appellent à accélérer la diversification économique. Le professeur Abderrahmane Mebtoul, spécialiste des questions énergétiques, souligne que « l’Algérie doit réduire sa dépendance aux hydrocarbures en développant des secteurs comme l’agriculture, les énergies renouvelables et les industries locales ». Il rappelle que les réserves de change, bien que encore solides, ne sont pas inépuisables.
Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment insisté sur la nécessité de relancer le secteur industriel. Lors d’une réunion du Conseil des ministres, il a ordonné la finalisation rapide du plan de relance industrielle, incluant des incitations fiscales pour les entreprises locales. « Nous devons créer de la valeur ajoutée sur place et réduire nos importations », a-t-il déclaré.
Les experts internationaux partagent cette analyse. Dans une note récente, la BNP Paribas estime que les pays du Golfe, confrontés à la même problématique, pourraient mieux résister grâce à leurs fonds souverains et à leur diversification avancée. « L’Algérie a les moyens de rebondir, mais cela nécessite des réformes structurelles rapides », indique le rapport.
Sur le plan géopolitique, la crise pourrait aussi affecter les relations de l’Algérie avec ses partenaires traditionnels. La Russie, principal fournisseur d’armes, traverse elle-même une période économique difficile en raison de la guerre en Ukraine. Selon Mediapart, Moscou pourrait réduire ses exportations d’équipements militaires, ce qui compliquerait les négociations en cours pour le renouvellement des contrats de défense algériens.
Les prochains mois seront décisifs. Le gouvernement algérien doit trouver un équilibre entre la gestion des finances publiques et la préservation du pouvoir d’achat. Les annonces attendues sur le budget 2026, prévues pour le dernier trimestre de cette année, donneront une indication claire des priorités économiques du pays. En attendant, les observateurs restent prudents, soulignant que la volatilité des marchés pétroliers pourrait encore réserver des surprises.