Alger a réaffirmé sa position sur le Sahara occidental face à la France, dans un contexte de tensions diplomatiques récurrentes entre les deux pays. Le président Abdelmadjid Tebboune a souligné, lors d’une récente déclaration, que l’Algérie continuerait à soutenir le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, conformément aux résolutions des Nations unies. Cette prise de position intervient après que Paris a réitéré son soutien à une solution politique sous l’égide de l’ONU, tout en maintenant une position jugée ambiguë par Alger.
Selon L’Express, la France a refusé de reconnaître la souveraineté du Front Polisario sur le territoire contesté, une ligne rouge pour l’Algérie. Le ministère des Affaires étrangères algérien a convoqué l’ambassadeur de France à Alger pour exprimer son mécontentement, qualifiant la position française de « non alignée sur les principes du droit international ». Cette crise s’inscrit dans une série de désaccords entre les deux pays, notamment sur les visas, les mémoires coloniales et les questions sécuritaires au Sahel.
Le Sahara occidental reste un dossier central pour la diplomatie algérienne. Alger abrite depuis des décennies des camps de réfugiés sahraouis à Tindouf et finance des programmes humanitaires via des agences comme le Croissant-Rouge algérien. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a récemment déclaré que l’Algérie « ne transigera pas sur les droits légitimes du peuple sahraoui », lors d’une rencontre avec des responsables onusiens. Cette fermeté s’accompagne d’une stratégie de diversification des alliances, avec un rapprochement accru avec l’Espagne et l’Allemagne, qui ont adopté des positions plus nuancées que la France.
Sur le plan international, l’Algérie a obtenu des soutiens clés, notamment de l’Afrique du Sud et du Nigeria, qui reconnaissent la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le sommet de l’Union africaine (UA) en 2024 a également vu Alger plaider pour l’intégration pleine et entière de la RASD au sein de l’organisation panafricaine. Cette dynamique contraste avec les divisions au sein de l’Union européenne, où certains États membres, comme l’Allemagne, privilégient une approche pragmatique, tandis que d’autres, comme la France, restent alignés sur le Maroc.
Les conséquences économiques de cette crise ne sont pas négligeables. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France, estimés à plus de 8 milliards de dollars en 2024, pourraient être affectés par les tensions diplomatiques. Des entreprises françaises comme TotalEnergies et Engie, actives dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, ont déjà signalé des retards dans certains projets en Algérie. À l’inverse, Alger a accéléré ses partenariats avec des pays comme la Chine et la Turquie, qui ne conditionnent pas leur coopération à des positions politiques sur le Sahara occidental.
Sur le terrain, la situation humanitaire dans les camps de Tindouf reste préoccupante. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a récemment alerté sur les besoins croissants en nourriture et en soins médicaux pour les 173 000 réfugiés sahraouis. L’Algérie, qui finance une partie de l’aide humanitaire, a appelé la communauté internationale à augmenter ses contributions. Selon horizons.dz, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe, Abdelkader Messahel, a rencontré des responsables du HCR pour discuter des moyens de renforcer l’assistance.
La position algérienne s’inscrit dans une vision plus large de stabilité régionale. Alger considère que la résolution du conflit au Sahara occidental est indispensable pour sécuriser le Sahel, où les groupes armés profitent des vides politiques. Le président Tebboune a récemment proposé la création d’un « axe de stabilité » regroupant l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, une initiative perçue comme une réponse aux influences extérieures dans la région.
Les prochains mois seront décisifs. L’Algérie compte sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) pour maintenir la pression sur le Maroc. Ahmed Attaf a indiqué que l’Algérie présenterait une résolution devant l’Assemblée générale de l’ONU pour réaffirmer le droit à l’autodétermination. En parallèle, Alger intensifie ses efforts diplomatiques en Afrique, où plusieurs pays ont récemment reconnu la RASD, comme le Bénin et le Liberia.
Cette crise avec la France pourrait aussi accélérer la réorientation de la diplomatie algérienne vers d’autres partenaires. Le président Tebboune a effectué une tournée en Asie en 2024, signant des accords avec la Chine et la Corée du Sud dans les domaines de l’énergie et des technologies. Ces partenariats visent à réduire la dépendance de l’Algérie vis-à-vis de l’Europe, tout en renforçant son rôle de puissance régionale.
Pour l’Algérie, le Sahara occidental n’est pas seulement une question de principe, mais aussi de sécurité nationale. Les autorités algériennes craignent qu’une victoire marocaine ne renforce les ambitions hégémoniques de Rabat dans la région, notamment au Mali et en Libye. Cette préoccupation a été exprimée lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale, où les généraux Saïd Chengriha et Amar Athamnia ont souligné les risques d’une déstabilisation accrue au Sahel.
En dépit des tensions, Alger a laissé la porte ouverte à un dialogue avec Paris. Le ministre des Affaires étrangères a déclaré que l’Algérie était « prête à discuter de tous les sujets, à condition que la France respecte les principes du droit international ». Cette ouverture reste cependant conditionnée à un changement de position sur le Sahara occidental, un dossier sur lequel l’Algérie ne semble pas prête à céder.