Alger ferme l’association des disparus de la décennie noire

Le 18 mars 2026, les autorités algériennes ont ordonné la fermeture des locaux de l’association SOS Disparus, une organisation non gouvernementale qui documentait les cas de disparitions forcées pendant la guerre civile des années 1990, connue sous le nom de « décennie noire ». Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, relayé par l’agence officielle APS, la décision a été prise pour « non-respect des procédures légales d’enregistrement et activités non conformes aux statuts déclarés ». Pourtant, SOS Disparus opérait depuis plus de vingt ans, avec le soutien de familles de victimes et d’organisations internationales comme Amnesty International.

Une fermeture qui relance les tensions mémorielles

Noureddine Benissad, avocat et membre fondateur de SOS Disparus, a déclaré à El Watan que la fermeture était « une tentative d’étouffer la vérité ». « Les autorités veulent effacer les traces des crimes commis pendant les années 1990, alors que des milliers de familles attendent toujours des réponses », a-t-il ajouté. L’association, qui recensait plus de 8 000 cas de disparitions, était l’une des dernières structures indépendantes à travailler sur ce dossier.

Réactions internationales et pressions locales

Sur le plan national, la réaction a été plus mesurée. Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), un parti d’opposition, a dénoncé une « régression autoritaire », tandis que le Front de Libération Nationale (FLN), au pouvoir, a défendu la mesure au nom de la « stabilité nationale ». Dans un éditorial du Quotidien d’Oran, le journaliste Mustapha Hammouche a souligné que « la mémoire de la décennie noire reste un sujet miné, où les lignes rouges sont sans cesse redessinées ».

Les familles de disparus en première ligne

En 2023, le Comité des Nations Unies contre les disparitions forcées avait déjà exprimé sa préoccupation face aux « obstacles administratifs » rencontrés par les associations algériennes travaillant sur ce sujet. Le rapport du Comité soulignait que « l’absence de coopération des autorités entrave les efforts pour établir la vérité ».

Quel avenir pour la justice transitionnelle en Algérie ?

D’après une source proche du dossier, citée par TSA, « les autorités veulent contrôler le récit sur la décennie noire, en marginalisant les voix indépendantes ». Cette stratégie s’inscrirait dans une logique plus large de recentralisation du pouvoir, après les mouvements de protestation du Hirak (2019-2021), qui avaient remis en cause le système politique algérien.

Un dossier qui dépasse les frontières

Pour l’Algérie, le défi est double : répondre aux attentes des familles de victimes tout en évitant une remise en cause du récit officiel sur la guerre civile. La fermeture de SOS Disparus montre que ce fragile équilibre est de plus en plus difficile à maintenir. Comme l’a résumé un diplomate européen sous couvert d’anonymat : « Alger veut tourner la page, mais les fantômes du passé refusent de partir ».

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