Tebboune lance la souveraineté numérique algérienne

Le président Abdelmadjid Tebboune a placé la cybersécurité au cœur de la stratégie de sécurité nationale pour la période 2025-2029. Cette orientation, révélée par La Patrie News en mars 2026, marque un tournant dans la gestion des infrastructures critiques du pays. Le document officiel, consulté par plusieurs médias algériens, fixe comme priorité absolue la protection des réseaux gouvernementaux, des banques et des opérateurs énergétiques contre les cyberattaques.

La stratégie s’articule autour de trois axes principaux. Le premier concerne le renforcement des capacités techniques de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Selon L’Expression, cette agence a déjà commencé à déployer des systèmes de détection des intrusions dans les ministères clés, notamment ceux de la Défense et des Finances. Le deuxième axe vise la formation de 5 000 experts en cybersécurité d’ici 2029, avec la création de filières spécialisées dans les universités d’Alger, Oran et Constantine. Enfin, le troisième axe prévoit la mise en place d’un cadre juridique contraignant pour les entreprises publiques et privées, imposant des audits réguliers et des protocoles de réponse aux incidents.

Cette initiative intervient dans un contexte régional tendu. En 2025, plusieurs pays du Maghreb ont subi des attaques informatiques ciblant leurs infrastructures portuaires et leurs réseaux électriques. L’Algérie, qui a échappé à ces assauts, entend désormais se positionner comme un acteur régional de référence en matière de sécurité numérique. Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a souligné lors d’une allocution en mai 2026 que « la souveraineté numérique est aussi cruciale que la souveraineté énergétique ». Cette déclaration, rapportée par L’Algérie Aujourd’hui, confirme l’implication directe des forces armées dans la protection du cyberespace.

Les premières mesures concrètes ont été annoncées lors des Cyber Security Days 2026, organisés à Alger en juin. Le ministre des Postes et des Télécommunications, Karim Bibi Triki, a dévoilé un partenariat avec des entreprises locales comme Condor Electronics et des acteurs internationaux pour développer des solutions de chiffrement endogènes. « Nous ne dépendrons plus des technologies étrangères pour sécuriser nos données sensibles », a-t-il affirmé devant un parterre d’experts. Le Courrier d’Algérie a précisé que ce projet inclut la création d’un centre de données souverain, abrité dans un bunker souterrain près de Blida, conçu pour résister aux attaques physiques et virtuelles.

Les défis restent cependant nombreux. L’Algérie part avec un retard significatif par rapport à des pays comme le Maroc ou la Tunisie, qui ont déjà structuré leurs agences de cybersécurité depuis plusieurs années. Les experts interrogés par Areion24.news pointent également le manque de coordination entre les différents services de renseignement, malgré les récentes réformes au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Un ancien cadre de l’ANSSI, sous couvert d’anonymat, a confié que « les rivalités entre ministères freinent la mise en œuvre des protocoles de sécurité ».

Sur le plan économique, cette stratégie pourrait ouvrir de nouvelles opportunités. Plusieurs start-up algériennes spécialisées en cybersécurité, comme Cyberia et SecureDZ, ont vu leurs effectifs doubler depuis 2025. Le gouvernement mise sur ces entreprises pour réduire la dépendance aux solutions étrangères, notamment américaines et chinoises, dont les coûts d’acquisition et de maintenance pèsent lourdement sur le budget de l’État. La Sonatrach, qui gère des infrastructures critiques, a déjà commencé à internaliser une partie de ses besoins en cybersécurité, comme l’a révélé une source interne à L’Algérie Aujourd’hui.

La dimension géopolitique n’est pas absente de cette stratégie. L’Algérie cherche à se positionner comme un partenaire fiable pour l’Europe, dans un contexte où les tensions entre l’OTAN et la Russie rendent les approvisionnements énergétiques plus vulnérables aux cybermenaces. En février 2026, lors d’une visite à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a évoqué la possibilité de créer un « corridor numérique sécurisé » entre l’Algérie et l’Union européenne, une proposition accueillie avec intérêt par plusieurs pays membres.

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité de cette stratégie. Les premiers tests grandeur nature sont prévus lors des élections législatives de 2027, où les systèmes de vote électronique, déjà expérimentés localement, seront déployés à plus grande échelle. Le succès ou l’échec de ces opérations déterminera si l’Algérie a réussi son pari de devenir un acteur incontournable de la cybersécurité en Afrique du Nord.

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