Cette semaine, l’Algérie a accueilli la présidente indienne Droupadi Murmu pour une visite officielle de trois jours, marquant un tournant dans les relations bilatérales entre les deux pays. Selon l’agence APS, cette tournée, la première d’un chef d’État indien en Algérie depuis 1982, s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenariats économiques et géopolitiques du gouvernement Tebboune.
Un agenda axé sur l’énergie et la défense
Dans le domaine des énergies vertes, les deux pays ont annoncé la création d’un fonds commun de 500 millions de dollars pour financer des projets solaires et éoliens en Algérie. Le ministre indien du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri, a souligné lors d’une conférence de presse que « l’Inde peut apporter son expertise dans les technologies photovoltaïques, tandis que l’Algérie offre un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde ». Un projet pilote de centrale solaire de 100 MW dans la wilaya d’Adrar a été évoqué, avec une mise en service prévue d’ici 2027.
La défense, nouveau pilier de la coopération
La visite de Droupadi Murmu a également permis d’aborder la question des transferts de technologie. Le ministre algérien de la Défense nationale, Abdelmadjid Tebboune (homonyme du président), a insisté sur la nécessité de « localiser la production » de certains équipements, notamment les drones et les systèmes de communication. Un accord-cadre a été signé pour la formation d’ingénieurs algériens dans les usines indiennes de Bharat Electronics Limited (BEL).
Des retombées économiques attendues
Pour stimuler ces échanges, les deux pays ont convenu de créer une « zone économique spéciale » à Oran, dédiée aux entreprises indiennes dans les secteurs de la pharmacie, des technologies de l’information et de l’agroalimentaire. « Cette zone bénéficiera d’exonérations fiscales et de facilités douanières pour attirer les investisseurs », a précisé le ministre du Commerce Kamel Rezig, cité par El Khabar.
Un signal géopolitique fort
La visite de Droupadi Murmu a également été l’occasion de rappeler l’engagement des deux pays au sein des BRICS, dont l’Algérie a officiellement rejoint les rangs en janvier 2024. « Notre adhésion aux BRICS n’est pas une fin en soi, mais un moyen de renforcer notre souveraineté économique et politique », a ajouté le président algérien.
Des défis à relever
Par ailleurs, la question de la convertibilité du dinar algérien reste un sujet sensible. Les contrats libellés en dollars ou en euros sont privilégiés par les entreprises indiennes, ce qui complique les transactions. « Nous travaillons à la mise en place de mécanismes de paiement en monnaies locales pour faciliter les échanges », a assuré le gouverneur de la Banque d’Algérie, Rosthom Fadli, lors d’une rencontre avec des banquiers indiens.
Cette visite historique ouvre une nouvelle page dans les relations algéro-indiennes, avec des perspectives concrètes dans des secteurs stratégiques. Si les défis administratifs et financiers sont surmontés, ce partenariat pourrait devenir un modèle de coopération Sud-Sud, au moment où l’Algérie cherche à diversifier ses alliances et à réduire sa dépendance aux marchés traditionnels.