Le ministre du Commerce et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, fait face à une vague de critiques sans précédent de la part des opérateurs économiques algériens. Ces derniers dénoncent un « chaos » dans la gestion des opérations d’importation, pointant du doigt des retards administratifs, des blocages logistiques et une opacité dans l’application des nouvelles réglementations. Les accusations, relayées par plusieurs médias nationaux dont Le Matin d’Algérie, révèlent des tensions croissantes entre le gouvernement et le secteur privé, au moment où l’Algérie cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Des délais qui étouffent les entreprises
Le ministère du Commerce a réagi en attribuant ces retards à des « contrôles renforcés » visant à lutter contre la fraude et les importations illicites. Dans un communiqué publié en juillet 2025, les services de Kamel Rezig ont rappelé que ces mesures s’inscrivaient dans le cadre de la loi de finances complémentaire 2024, qui impose des vérifications systématiques pour les produits sensibles. Pourtant, les opérateurs économiques contestent cette justification. « Les contrôles existent, mais ils ne devraient pas paralyser toute la chaîne logistique. Il y a un manque criant de coordination entre les douanes, les banques et les services du ministère », souligne un membre de l’AOCE.
Des règles changeantes et une communication défaillante
Cette opacité a été confirmée par une enquête de Liberté, qui révèle que plusieurs décrets ministériels n’ont pas été publiés au Journal officiel dans les délais légaux. « Les textes sont parfois appliqués avant même d’être officiellement promulgués, ce qui crée une insécurité juridique totale pour les opérateurs », explique un juriste spécialisé en droit des affaires. Le ministère du Commerce n’a pas répondu aux demandes d’éclaircissements sur ce point.
L'impact sur l'économie réelle
Le secteur automobile est également touché. Plusieurs concessionnaires ont suspendu leurs commandes auprès de constructeurs étrangers, faute de garanties sur les délais de livraison. « Nous avons des clients qui attendent leurs véhicules depuis plus de six mois. Certains ont annulé leurs commandes, d’autres se tournent vers le marché informel, ce qui est dangereux pour la sécurité routière », indique un responsable d’une enseigne de distribution à Oran.
Les réponses du gouvernement
Cependant, ces annonces n’ont pas convaincu les importateurs. « Nous avons déjà entendu ce discours par le passé. Ce dont nous avons besoin, c’est d’actes concrets, pas de promesses », réagit un membre de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Certains opérateurs demandent la nomination d’un médiateur indépendant pour résoudre les litiges entre les entreprises et l’administration. « Il faut une instance neutre, capable de trancher rapidement les différends, sans passer par les lourdeurs bureaucratiques », propose un entrepreneur.
Un enjeu stratégique pour l'Algérie
Pourtant, les critiques des importateurs soulignent les limites de cette stratégie. « On ne peut pas vouloir réduire les importations sans offrir d’alternatives locales. Aujourd’hui, l’industrie algérienne n’est pas en mesure de répondre à la demande pour de nombreux produits. Les restrictions brutales ne font qu’aggraver les pénuries », analyse un économiste interrogé par TSA. Le gouvernement est ainsi pris entre deux feux : d’un côté, la nécessité de maîtriser la facture des importations, de l’autre, l’urgence de ne pas étouffer une économie déjà fragilisée par la baisse des revenus pétroliers.
Vers une sortie de crise ?
Du côté des importateurs, l’espoir repose sur une amélioration de la communication avec le ministère du Commerce. « Nous ne demandons pas des passe-droits, mais des règles claires et stables. Si le gouvernement veut lutter contre la fraude, qu’il le fasse, mais sans pénaliser les entreprises honnêtes », résume un responsable de l’AOCE. Pour l’instant, les tensions persistent, et le risque d’une aggravation des pénuries plane sur l’économie algérienne. La balle est désormais dans le camp de Kamel Rezig, dont la capacité à réformer le système sera scrutée de près dans les mois à venir.