Revue de presse : Traditions algériennes, Sécurité alimentaire Algérie, Politique étrangère Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de conjuguer l’éternel et l’urgent**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux temporalités : celle, lente et stratifiée, des civilisations qui l’ont façonnée (romaine, ottomane, coloniale, post-indépendance), et celle, frénétique, des crises globales qui la pressent (climat, sécurité alimentaire, géopolitique énergétique). Les actualités de ces dix derniers jours dessinent une cartographie où se superposent les vestiges d’un passé glorifié et les fractures d’un présent incertain. Comme si le pays, tiraillé entre la nostalgie d’une grandeur révolue et l’angoisse d’un avenir hypothéqué, cherchait désespérément un récit unificateur.

Cette revue de presse ne se contentera pas d’aligner des faits. Elle tentera de révéler les fils rouges qui relient ces domaines en apparence disjoints : comment l’archéologie sert de caution à une diplomatie en quête de légitimité, comment la crise de l’eau exacerbe les dépendances alimentaires, ou encore comment la santé mentale, taboue, reflète les dysfonctionnements d’un État-providence en lambeaux. Car l’Algérie, aujourd’hui, est moins un pays qu’un champ de forces contradictoires, où chaque avancée semble se payer d’un recul ailleurs.

**1. Le patrimoine : entre vitrine diplomatique et oubli des artisans**

L’Algérie multiplie les initiatives pour mettre en avant son patrimoine, qu’il soit immatériel (artisanat) ou archéologique. Le « Bazar Diplomatique » au palais des congrès, où 15 artisans représenteront… la Tunisie (sic), est symptomatique d’une politique culturelle à la fois ambitieuse et désorganisée. Le pays ratifie la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, mais combien de potiers de la Casbah ou de tisserands de Ghardaïa survivent grâce à des revenus dignes ? L’artisanat algérien, célébré dans les salons, est en réalité un secteur sinistré, où les savoir-faire se perdent faute de transmission et de débouchés.

Paradoxalement, c’est dans l’archéologie que l’État trouve une légitimité historique. La découverte de 10 200 pièces romaines à Tébessa, ou les trésors monétaires saisis à Aïn Defla et Mila, sont autant de preuves que l’Algérie fut un cœur battant de l’Empire romain. Ces découvertes, médiatisées avec faste, servent une double stratégie : d’une part, ancrer le récit national dans une continuité civilisationnelle (l’Algérie comme héritière de Rome, bien avant la France coloniale) ; d’autre part, alimenter un tourisme culturel encore embryonnaire. Mais à quoi bon exhumer des trésors si les musées locaux manquent de moyens, si les sites archéologiques sont pillés, et si les jeunes Algériens ignorent jusqu’à l’existence de ces richesses ?

Fil rouge : Le patrimoine est un outil de soft power, mais son instrumentalisation politique masque une réalité crue : sans investissement dans l’éducation et les infrastructures, ces trésors resteront des curiosités pour touristes étrangers, et non des leviers de développement.

**2. Sécurité alimentaire : le Ramadan, miroir des dépendances**

L’annonce de l’importation de 30 000 tonnes de viande rouge pour le Ramadan 2026 est un aveu d’échec. Malgré les discours sur la souveraineté alimentaire, l’Algérie reste prisonnière d’un modèle agricole dépendant des importations. Le Nutri-Score, fragilisé par l’absence de soutien politique, illustre l’incapacité de l’État à réguler un marché agroalimentaire dominé par les lobbies. Comment expliquer que le pays, doté de vastes terres arables et d’un climat méditerranéen, doive importer des denrées de base ?

La réponse tient en trois mots : irrigation, céréales, et corruption.

Irrigation : Le projet de transfert des eaux du barrage de Beni Haroun vers Biskra, en cours d’étude, est une goutte d’eau dans l’océan des besoins. L’Algérie perd chaque année des milliers d’hectares de terres agricoles à cause de la désertification et du stress hydrique. La station de dessalement de Berrihane (El Tarf), promise pour la fin de l’année, ne suffira pas à inverser la tendance.
Céréales : Le FDA (Fonds de développement de l’agriculture) encourage l’investissement privé, mais les petits agriculteurs, asphyxiés par les dettes et les prix administrés, abandonnent leurs terres. Résultat : l’Algérie importe 70 % de ses besoins en blé, une dépendance stratégique dangereuse.
Corruption : Les scandales récurrents dans les importations de lait, de sucre ou de viande révèlent un système où les rentes sont captées par une élite proche du pouvoir. Le Ramadan, moment de consommation paroxystique, est aussi celui où les prix flambent, et où les trafics prospèrent.

Contradiction systémique : L’Algérie dépense des milliards en importations alimentaires, alors qu’elle pourrait nourrir sa population avec une politique agricole cohérente. Mais le choix est politique : maintenir les prix bas à court terme, au mépris de la souveraineté à long terme.

**3. Géopolitique : l’Algérie, otage de ses alliances et de ses rancœurs**

La diplomatie algérienne est aujourd’hui tiraillée entre trois impératifs contradictoires :
1. Affirmer sa souveraineté face à l’Occident (UE, États-Unis) et à ses voisins (Maroc, Émirats).
2. Monétiser ses ressources (gaz, pétrole) dans un contexte de transition énergétique.
3. Éviter l’isolement dans un Maghreb fracturé.

Les tensions autour du Sahara occidental en sont l’illustration. L’Algérie soutient le Polisario, tandis que le Maroc, allié des Émirats et d’Israël, gagne du terrain diplomatique. La menace de couper le gaz à l’Espagne, si Madrid soutient Rabat, est un coup de poker dangereux : l’Algérie a besoin des devises européennes, mais ne peut se permettre de perdre la face. D’autant que l’UE, sous pression climatique, durcit ses règles sur le méthane – un gaz que l’Algérie, avec ses infrastructures vieillissantes, émet en quantité.

La crise d’Ormuz redistribue les cartes : l’Algérie se rapproche de l’Iran et de la Chine, mais ces alliances sont fragiles. Pékin, qui confirme le Maroc comme hub logistique, joue un double jeu. Quant à Washington et Doha, leur soutien contre l’UE sur le méthane est opportuniste : ils défendent leurs propres intérêts gaziers, pas ceux d’Alger.

Dynamique profonde : L’Algérie est condamnée à une diplomatie de l’équilibriste. Elle oscille entre le rejet de l’ingérence occidentale et la nécessité de vendre son gaz, entre la solidarité avec le Sud global et la peur de l’isolement. Résultat : une politique étrangère réactive, mais sans vision stratégique à long terme.

**4. PME et fiscalité : le fardeau des petits, les privilèges des grands**

Les actualités fiscales algériennes sont un concentré d’absurdités. D’un côté, les PME étouffent sous les acomptes d’impôt sur les sociétés et les tracasseries administratives. De l’autre, les grands groupes, souvent proches du pouvoir, bénéficient de passe-droits. L’exemple ivoirien, où la CPU-PME-CI propose des mesures pour soulager les entreprises, contraste avec l’immobilisme algérien.

Pourquoi cette différence ? Parce que l’Algérie a fait le choix d’un capitalisme de connivence, où l’État est à la fois prédateur et protecteur. Les PME, qui représentent 90 % du tissu économique, sont sacrifiées sur l’autel de la stabilité politique. Leur survie dépend moins de leur compétitivité que de leur capacité à naviguer dans les méandres de la bureaucratie.

Paradoxe : L’Algérie a besoin des PME pour diversifier son économie et créer des emplois, mais elle les asphyxie par des taxes et des réglementations kafkaïennes. Résultat : le secteur informel explose, et les jeunes entrepreneurs fuient vers la Tunisie ou l’Europe.

**5. Santé mentale : le tabou qui révèle l’effondrement social**

Les articles sur la santé mentale en Algérie sont accablants. Entre les malades mentaux errants, les mères en détresse post-partum ignorées, et les hôpitaux psychiatriques sous-équipés, le tableau est celui d’un système de santé en déliquescence. La stigmatisation des troubles psychiques reflète une société en crise, où l’individu est sommé de se taire et de tenir.

Pourquoi ce silence ? Parce que la santé mentale est le symptôme d’un mal plus profond : l’effondrement des solidarités traditionnelles (famille, voisinage) sous les coups de la modernité et de la précarité. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 30 %, où les logements sont insalubres, et où l’avenir est incertain, la dépression et l’anxiété deviennent des épidémies silencieuses.

Lien avec l’économie : Une population en souffrance psychique est une population moins productive. L’Algérie paie aujourd’hui le prix de décennies de négligence envers le capital humain.

**6. Changement climatique : l’Algérie entre deux feux**

L’Algérie est en première ligne du réchauffement climatique. Sécheresses, désertification, stress hydrique : les signes sont là. Pourtant, le pays oscille entre deux postures :
La résistance : Face aux règles énergétiques de l’UE, Alger s’allie à Washington et Doha pour défendre ses exportations de gaz. Mais cette alliance est fragile : les États-Unis et le Qatar ont leurs propres intérêts, et l’UE peut durcir sa position.
L’adaptation : Les projets de dessalement (Berrihane) et de transfert d’eau (Beni Haroun) sont des réponses techniques, mais insuffisantes. Sans une refonte globale du modèle agricole et urbain, l’Algérie court à la catastrophe.

Contradiction majeure : L’Algérie dépend des revenus pétroliers et gaziers, mais ces mêmes ressources accélèrent le changement climatique qui menace son existence. Comment concilier transition énergétique et survie économique ?

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie est aujourd’hui un pays de paradoxes :
Un patrimoine historique riche, mais une jeunesse ignorante de son histoire.
Des ressources naturelles abondantes, mais une économie dépendante des importations.
– **Une diplomatie ambitieuse, mais

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