Revue de presse : Sites historiques Algérie, Santé Algérie, Diplomatie algérienne…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres récits : entre fierté patrimoniale et fractures sociales**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux temporalités : celle, glorieuse et immémoriale, d’une histoire qu’elle s’efforce de patrimonialiser à marche forcée, et celle, chaotique et urgente, d’une société en quête de justice sociale et de souveraineté technologique. Les dix fils d’actualité qui traversent le pays en cette fin d’année 2024 dessinent moins une mosaïque qu’un champ de forces antagonistes, où chaque domaine – diplomatie, santé, urbanisme, diaspora – devient le miroir grossissant des contradictions d’un État-nation en pleine reconfiguration.

À bien y regarder, ces actualités ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’une même crise de légitimité : comment concilier la grandeur d’un passé magnifié avec les impasses d’un présent sous perfusion ? Comment affirmer une souveraineté diplomatique et numérique tout en laissant le chômage et la précarité gangrener les cités populaires ? L’Algérie, en 2024, est un pays qui parle fort à l’extérieur – UNESCO, 5G, ruptures d’accords aériens – mais qui, à l’intérieur, peine à articuler une vision cohérente de son avenir. Comme si le pouvoir, obsédé par la maîtrise du récit national, oubliait que les récits, pour être crédibles, doivent s’ancrer dans le réel.

**La Patrimonialisation à tout prix : quand l’Histoire devient un bouclier politique**

L’Algérie a fait de la défense de son patrimoine une véritable croisade. L’inscription du caftan par l’UNESCO, présentée comme une victoire diplomatique et culturelle, en est l’illustration la plus éclatante. Officiellement, il s’agit de « protéger l’intangible » ; officieusement, c’est une manière de réaffirmer une identité algérienne distincte, face à des voisins maghrébins perçus comme concurrents – le Maroc en tête, dont la promotion touristique (« meilleure destination que le Maroc ») est ouvertement moquée dans les médias algériens.

Cette obsession patrimoniale n’est pas neutre. Elle sert de paravent à une réalité sociale explosive : alors que le pays célèbre ses mosquées, ses sites historiques et ses traditions, les jeunes des cités populaires dénoncent « l’injustice » et le chômage. La Grande Mosquée d’Alger, présentée comme un symbole de l’identité nationale, est aussi le lieu où le pape Léon XIV (sic) a été accueilli en grande pompe – un geste œcuménique qui contraste avec la stigmatisation des malades mentaux, laissés à l’errance. Comme si l’Algérie, pour exister sur la scène internationale, devait d’abord se raconter une histoire édulcorée, où les fractures sociales n’ont pas leur place.

Contradiction majeure : Le pays qui se pose en gardien de la mémoire universelle est aussi celui qui relègue ses marginaux – malades psychiatriques, mères en dépression post-partum – au rang de non-sujets. La santé mentale, grande absente des priorités publiques, révèle une société schizophrène : fière de son passé, mais incapable de prendre soin de ses vivants.

**Diplomatie algérienne : la guerre froide des sables et l’illusion de la souveraineté**

La rupture de l’accord aérien avec les Émirats arabes unis (EAU) est un coup de théâtre qui en dit long sur les nouvelles lignes de fracture du monde arabe. Officiellement, l’Algérie justifie cette décision par des « pratiques déloyales » ; en réalité, c’est une déclaration de guerre froide dans un Golfe où Abou Dhabi et Riyad étendent leur influence économique et culturelle. L’Algérie, qui se présente comme un rempart contre l’hégémonie des monarchies du Golfe, joue ici une partition risquée : celle d’un pays qui refuse de se laisser dicter sa politique par des puissances étrangères, mais qui, dans le même temps, dépend de ses recettes pétrolières et gazières pour financer ses ambitions.

Fils rouge avec la santé et l’urbanisme : Cette posture souverainiste se heurte à une réalité économique fragile. Les « recettes non fiscales 2025 » annoncées par la Banque d’Algérie (BA) reposent sur une logique de court terme – « financer le présent en hypothéquant l’avenir ». Comment, dans ces conditions, investir dans des infrastructures hospitalières dignes de ce nom ? Comment rénover les cités populaires quand l’État compte sur des revenus volatils pour boucler ses budgets ?

La diplomatie algérienne, en somme, est un miroir grossissant des limites du modèle économique du pays : un nationalisme de façade, qui cache mal une dépendance structurelle aux hydrocarbures et une incapacité à diversifier son économie.

**La 5G et le numérique : le grand bond en avant… ou le nouveau mirage ?**

L’Algérie mise sur la 5G et la cybersécurité pour se positionner comme une puissance technologique régionale. L’annonce d’un partenariat avec la Corée du Sud pour renforcer la « défense digitale » du pays est symptomatique : dans un monde où les guerres se gagnent aussi sur le terrain du cyberespace, Alger veut montrer qu’elle n’est pas en reste.

Pourtant, cette ambition numérique se heurte à deux écueils majeurs :
1. L’échec relatif de Starlink en Afrique : Si l’Algérie veut développer sa propre infrastructure 5G, elle devra composer avec la domination écrasante des géants américains et chinois. Le pays peut-il vraiment prétendre à une souveraineté numérique alors que ses opérateurs télécoms peinent à offrir une couverture fiable ?
2. Le décalage entre l’élite connectée et la jeunesse précarisée : À quoi bon parler de 5G quand des milliers de jeunes chômeurs manifestent pour dénoncer « l’injustice » ? La fracture numérique reflète la fracture sociale : d’un côté, une minorité qui surf sur les innovations technologiques ; de l’autre, une majorité reléguée aux marges, sans emploi ni perspective.

Paradoxe algérien : Le pays qui se rêve en hub technologique du Maghreb est aussi celui où les jeunes, faute d’opportunités, brûlent des pneus dans les rues. La 5G ne nourrit pas les estomacs, et les algorithmes ne logent pas les familles entassées dans des bidonvilles.

**Santé publique : le grand tabou algérien**

La santé mentale en Algérie est un sujet qui fâche. Entre les malades psychiatriques laissés à l’errance et les mères en dépression post-partum abandonnées à leur sort, le système de santé algérien révèle ses failles béantes. Les articles sur l’Institut Paris Brune (où les mères atteintes de troubles psychiques sont enfin prises en charge) contrastent avec le silence assourdissant des autorités sur la question.

Pourquoi un tel déni ?
1. Héritage colonial et stigmatisation : La psychiatrie en Algérie a longtemps été associée aux asiles de l’époque française, où les « fous » étaient enfermés et oubliés. Aujourd’hui encore, la maladie mentale est perçue comme une honte, un sujet dont on ne parle pas.
2. Priorités budgétaires : Dans un pays où les recettes pétrolières fondent et où les caisses de l’État sont vides, la santé mentale passe après les grands projets pharaoniques (mosquées, autoroutes, stades). Pourtant, le coût social de l’inaction est bien plus élevé : désocialisation, familles brisées, productivité en berne.
3. Manque de formation : Les psychiatres algériens sont peu nombreux, et les généralistes ne sont pas formés pour détecter les troubles mentaux. Résultat : des milliers de patients errent entre les hôpitaux et la rue.

Lien avec la diaspora : Les agressions contre le stand algérien à l’UNESCO (où des membres de la diaspora ont été pris à partie) montrent que la question de la santé mentale dépasse les frontières. Les Algériens de l’étranger, souvent perçus comme des « privilégiés », sont aussi les témoins des carences du système. Leur colère est un signe : la diaspora, loin d’être un simple réservoir de devises, est devenue un acteur politique à part entière, qui exige des comptes.

**Urbanisme et mémoire : quand le béton efface l’histoire**

Les projets urbains en Algérie oscillent entre deux extrêmes : la muséification du passé et la destruction des quartiers populaires. À Boussemghoun, un programme est lancé pour « sauvegarder le passé » ; dans le même temps, les cités populaires, symboles de la crise du logement, sont laissées à l’abandon.

Double discours :
D’un côté, l’Algérie célèbre son histoire plurielle (Yennayer 2976, le caftan, les sites archéologiques) et se pose en gardienne de la mémoire maghrébine.
De l’autre, elle laisse pourrir des quartiers entiers, où les jeunes grandissent dans des conditions indignes. Le logement social, promis depuis des décennies, reste un serpent de mer.

Exemple frappant : La Grande Mosquée d’Alger, joyau architectural, est présentée comme un symbole de la renaissance algérienne. Pourtant, à quelques kilomètres de là, des familles vivent dans des bidonvilles sans eau courante. Comment croire en un récit national quand le béton des mosquées côtoie la misère des taudis ?

**Diaspora algérienne : entre exil et réappropriation**

La diaspora algérienne est un acteur clé, mais souvent méprisé par les autorités. Les hommages rendus à des figures comme Abdelmadjid Meskoud (maître du chaâbi) ou Pierre Benguigui (héritier d’une famille juive algérienne) contrastent avec les agressions subies par des membres de la diaspora à l’UNESCO.

Trois dynamiques à l’œuvre :
1. Une diaspora en quête de reconnaissance : Les Algériens de l’étranger ne veulent plus être réduits à des portefeuilles ambulants. Ils exigent d’être écoutés, consultés, respectés.
2. Un pont culturel fragile : Le chaâbi, le caftan, la cuisine algérienne – ces éléments patrimoniaux sont autant de liens entre l’Algérie et sa diaspora. Mais ces liens sont menacés par la montée des tensions identitaires (islamisme, laïcité, mémoire coloniale).
3. Un levier économique sous-exploité : La diaspora envoie des milliards de dollars chaque année, mais ces fonds ne sont pas toujours bien utilisés. Au lieu d’investir dans des projets structurants, l’État algérien compte sur ces transferts pour combler ses déficits.

Question cruciale : La diaspora peut-elle devenir un acteur du changement, ou restera-t-elle un simple réservoir de devises ? Les agressions à l’UNESCO

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