Revue de presse : Relations Algérie Tunisie, Hydrocarbures Algérie, Made in Algeria…

**L’Algérie en mouvement : un kaléidoscope de défis et d’opportunités**

L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à ces mosaïques byzantines dont chaque tesselle, bien que distincte, contribue à une image d’ensemble dont la cohérence n’apparaît qu’à distance. Les dix domaines d’actualité qui agitent le pays en ce début d’année 2025 dessinent une nation tiraillée entre trois forces : une volonté de puissance économique, une quête de modernité technologique, et une crise sociale latente que les hydrocarbures et les start-ups ne suffisent pas à masquer.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’asymétrie des temporalités. D’un côté, l’Algérie se projette dans l’avenir avec des appels d’offres pétroliers (Bid Round 2026), des partenariats énergétiques avec les États-Unis, ou encore l’essor de licornes comme Yassir. De l’autre, elle reste prisonnière d’un présent marqué par des drames routiers à répétition, des procès posthumes (celui du crash d’Air Algérie), et une dépendance céréalière qui rappelle les fragilités structurelles de son modèle de développement.

Cette tension entre l’Algérie qui innove et l’Algérie qui trébuche n’est pas nouvelle. Mais elle prend une acuité particulière dans un contexte régional et mondial où les cartes sont rebattues : guerre en Ukraine, recomposition des alliances énergétiques, montée des puissances émergentes en Afrique. L’Algérie, consciente de son poids géopolitique, tente de jouer sur tous les tableaux. Reste à savoir si cette stratégie de l’équilibriste tiendra la route.

**Hydrocarbures et transition énergétique : le grand écart algérien**

L’Algérie mise plus que jamais sur ses ressources en hydrocarbures pour financer sa transition. Le Bid Round 2026, qui ouvre sept nouveaux blocs à l’exploration, est un signal fort envoyé aux investisseurs étrangers. Le pays se positionne comme un acteur clé dans un marché mondial du gaz en pleine reconfiguration, où l’Europe cherche désespérément des alternatives à la Russie. La récente annonce d’un partenariat énergétique avec Washington confirme cette ambition : l’Algérie entend devenir un hub gazier pour l’Occident, tout en développant ses énergies renouvelables.

Pourtant, cette stratégie n’est pas sans risques. D’abord, parce que le monde se détourne progressivement des énergies fossiles. L’Algérie, qui dépend à 90 % de ses exportations d’hydrocarbures, joue un jeu dangereux en pariant sur une rente pétrolière encore durable. Ensuite, parce que la transition énergétique algérienne reste timide. Le Salon international de Rimini, où le pays a brillé par sa présence, contraste avec le retard accumulé dans le solaire et l’éolien. Les projets existent, mais leur mise en œuvre est lente, freinée par des lourdeurs administratives et un manque d’investissements privés.

Enfin, il y a une contradiction fondamentale : comment concilier une politique de décarbonation avec une course effrénée à l’extraction gazière ? L’Algérie semble vouloir être à la fois le fournisseur de gaz de l’Europe et le champion des énergies vertes. Mais comme le disait Frédéric Lordon, « le capitalisme ne fait pas de compromis, il fait des compromis provisoires ». L’Algérie devra trancher : soit elle accepte de ralentir sa production d’hydrocarbures pour accélérer sa transition, soit elle mise tout sur le gaz en espérant que la demande mondiale ne s’effondre pas avant 2035.

**Made in Algeria : la révolution silencieuse des start-ups**

Si les hydrocarbures restent le pilier de l’économie algérienne, un autre secteur émerge avec fracas : l’économie numérique. Yassir, la licorne algérienne, classée 3ème meilleure start-up du Maghreb au Forum économique mondial, incarne cette nouvelle Algérie qui compte dans le game tech africain. DuksMaps, avec son ambition de cartographier le pays « autrement », ou l’offre Twinbox d’Algérie Télécom et Djezzy, montrent que l’innovation n’est plus l’apanage des pays du Nord.

Pourtant, cette success story cache des réalités moins reluisantes. D’abord, l’écosystème start-up algérien reste fragile. Les financements manquent, les incubateurs sont rares, et l’accès au capital-risque est limité. Ensuite, ces entreprises innovantes ne créent pas assez d’emplois pour absorber le chômage des jeunes, qui dépasse les 30 % dans certaines régions. Enfin, il y a un décalage entre l’Algérie des start-ups et celle des PME traditionnelles, souvent laissées pour compte.

Le gouvernement semble avoir pris la mesure du problème. Les annonces sur l’attraction des investissements européens dans les énergies renouvelables et le gaz visent aussi à créer des emplois qualifiés. Mais la formation reste le maillon faible. L’ouverture de l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes à Issoudun (France) est un aveu : l’Algérie n’a pas encore les infrastructures éducatives pour former ses jeunes aux métiers de demain. Quant à la SBE Academy, qui propose des formations en alternance dans la santé, elle répond à une urgence – la pénurie de personnel médical – mais ne suffira pas à combler le fossé.

**Sécurité et insécurité : l’Algérie face à ses démons**

L’Algérie est un pays où la modernité côtoie le chaos. D’un côté, des projets pharaoniques comme le métro d’Alger ou les autoroutes transsahariennes. De l’autre, des drames qui rappellent que le pays reste prisonnier de ses vieux démons : la route tue (2 morts et 215 blessés en 24 heures), les chantiers sont dangereux (l’effondrement d’un mur à Cannes, bien que survenu en France, rappelle les risques du BTP algérien), et la justice traîne (le procès du crash d’Air Algérie au Mali, dix ans après les faits).

Ces accidents ne sont pas anodins. Ils révèlent une société en tension entre deux modèles :
Un modèle « développeur », où l’État investit massivement dans les infrastructures (l’Algérie a dépensé un montant colossal en 2023, selon les données du Maghreb).
Un modèle « désorganisé », où la corruption, le manque de maintenance et l’absence de culture de la sécurité transforment ces infrastructures en pièges.

La récente réforme du code de la route, qui dépénalise certaines infractions et allège les sanctions, est symptomatique. D’un côté, elle répond à une réalité sociale : les Algériens en ont assez des amendes abusives. De l’autre, elle envoie un mauvais signal : la sécurité routière n’est pas une priorité. Or, avec plus de 4 000 morts par an sur les routes, l’Algérie a un problème structurel qui dépasse le simple cadre juridique.

**Céréales et souveraineté alimentaire : le talon d’Achille algérien**

L’Algérie importe près de 70 % de ses besoins en céréales. Une dépendance qui la rend vulnérable aux crises mondiales, comme l’a montré la flambée des prix après la guerre en Ukraine. Pourtant, les annonces récentes laissent entrevoir une lueur d’espoir : la récolte 2025 s’annonce plus abondante, et le ministre de l’Agriculture, Yacine Oualid, lance le « crédit fournisseur » pour sécuriser la moisson.

Mais ces mesures suffiront-elles ? La mécanisation agricole, au centre d’une récente rencontre régionale, est un enjeu crucial. L’Algérie a les terres, l’eau (dans certaines régions), et les moyens financiers pour devenir autosuffisante. Pourtant, le secteur reste archaïque, marqué par le morcellement des exploitations, le manque de formation des agriculteurs, et une bureaucratie étouffante.

Pire encore, l’Algérie exporte ses problèmes alimentaires vers ses voisins. La Tunisie, déjà en crise, voit son déficit commercial se creuser à cause des importations massives en provenance d’Algérie, de Chine et de Turquie. Une situation qui rappelle que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas : elle se construit, par des investissements massifs dans l’agro-industrie, la recherche, et la formation.

**Culture et identité : Camus, l’absurde et la post-colonie**

L’Algérie est un pays où la culture est à la fois un héritage et un champ de bataille. Le film de François Ozon sur L’Étranger de Camus, ou la réinterprétation de Meursault, contre-enquête par Kamel Daoud, montrent que le débat sur l’identité algérienne reste vif. Camus, ce « Français d’Algérie » qui n’a jamais vraiment choisi son camp, est devenu une figure incontournable – et controversée – du paysage intellectuel algérien.

Pourquoi cette fascination persistante pour L’Étranger ? Parce que le roman pose la question de l’appartenance : Meursault, cet homme indifférent, étranger à lui-même et aux autres, incarne une Algérie qui n’a jamais vraiment trouvé sa place. Ni tout à fait française, ni tout à fait arabe, ni tout à fait africaine, l’Algérie se cherche encore.

Les « Vues d’Afrique » à Montréal, où la diaspora algérienne brille, montrent que la culture est aussi un soft power. Mais ce soft power reste sous-exploité. L’Algérie a une scène artistique et intellectuelle dynamique (littérature, musique, cinéma), mais elle peine à en faire un levier économique. Pourquoi ne pas développer un tourisme culturel autour de figures comme Camus, Kateb Yacine ou Assia Djebar ? Pourquoi ne pas investir dans des festivals internationaux qui feraient d’Alger une capitale culturelle africaine ?

**Diaspora algérienne : entre intégration et retour**

Les Algériens de l’étranger sont un actif stratégique pour le pays. Avec plus de 2 millions de personnes vivant en France, en Espagne ou au Canada, la diaspora représente une manne financière (les transferts d’argent dépassent les 2 milliards de dollars par an) et un pont culturel avec l’Occident.

Pourtant, la relation entre l’Algérie et sa diaspora reste ambiguë. D’un côté, le gouvernement encourage le retour des compétences via des programmes comme l’ »aide au retour volontaire 2026″. De l’autre, il maintient une distance administrative et psychologique : les Algériens de l’étranger sont souvent perçus comme des « étrangers » par les autorités, et leurs enfants, nés en France ou ailleurs, peinent à

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