L’entrepreneur ivoirien Daniel Oulai a récemment placé l’innovation au cœur d’une stratégie visant à moderniser le secteur agricole en Côte d’Ivoire. Selon We are Tech, son approche combine technologies numériques et pratiques durables pour répondre aux défis de productivité et de résilience climatique qui touchent également l’Algérie.
Daniel Oulai, fondateur de la startup AgriTech FarmIQ, mise sur des solutions comme l’agriculture de précision, l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle pour optimiser les rendements. Son modèle repose sur des capteurs connectés mesurant l’humidité des sols, la température et les besoins en nutriments des cultures. Ces données, analysées en temps réel, permettent aux agriculteurs d’ajuster leurs pratiques sans gaspillage de ressources. En Côte d’Ivoire, où le cacao et le café représentent près de 40 % des exportations, cette méthode a déjà permis d’augmenter les récoltes de 20 % dans certaines exploitations pilotes.
En Algérie, où l’agriculture emploie près de 20 % de la population active mais ne contribue qu’à 12 % du PIB, des initiatives similaires pourraient transformer le secteur. Les régions du nord, confrontées à la sécheresse et à la dégradation des sols, gagneraient à adopter des outils comme ceux développés par FarmIQ. Le ministère de l’Agriculture algérien a d’ailleurs lancé en 2023 un plan de digitalisation des exploitations, mais son déploiement reste limité par le manque d’infrastructures et de formation des agriculteurs.
L’un des atouts majeurs du modèle d’Oulai réside dans son accessibilité. Contrairement aux technologies agricoles coûteuses importées d’Europe ou d’Amérique du Nord, ses solutions sont conçues pour les petits producteurs. Les capteurs, fabriqués localement, coûtent jusqu’à 70 % moins cher que leurs équivalents occidentaux. En Algérie, où 80 % des exploitations font moins de 10 hectares, cette approche low-cost pourrait accélérer l’adoption des nouvelles technologies. Des coopératives comme celles de la wilaya de Blida, spécialisées dans les agrumes, ont déjà exprimé leur intérêt pour des partenariats avec des startups africaines.
La Côte d’Ivoire et l’Algérie partagent des défis communs, notamment la dépendance aux importations alimentaires. En 2024, l’Algérie a dépensé plus de 10 milliards de dollars pour importer des produits agricoles, dont 50 % de céréales. Daniel Oulai souligne que l’innovation ne se limite pas à la production : elle inclut aussi la logistique et la commercialisation. Sa plateforme AgriMarket met en relation directe les producteurs et les acheteurs, réduisant les intermédiaires et augmentant les marges des agriculteurs. Une telle solution pourrait intéresser les coopératives algériennes, souvent pénalisées par des circuits de distribution inefficaces.
Les obstacles ne manquent pas. En Côte d’Ivoire, Oulai a dû surmonter la méfiance des agriculteurs traditionnels et le manque de connectivité dans les zones rurales. En Algérie, le taux de pénétration d’Internet en milieu agricole reste faible, avec seulement 30 % des exploitations couvertes par un réseau 4G stable. Le gouvernement algérien a annoncé en 2024 un investissement de 1,5 milliard de dinars pour étendre la couverture haut débit, mais les résultats tardent à se concrétiser.
L’expérience d’Oulai montre que le succès passe aussi par la formation. Sa startup organise des ateliers pour apprendre aux agriculteurs à utiliser les outils numériques. En Algérie, des programmes similaires existent, comme ceux portés par l’Institut national de la recherche agronomique (INRAA), mais leur impact reste limité par un manque de coordination avec le secteur privé. Une collaboration avec des entrepreneurs comme Oulai pourrait combler ce fossé.
Enfin, la question du financement reste cruciale. FarmIQ a levé 2 millions de dollars en 2024 auprès d’investisseurs africains et européens, un montant modeste comparé aux besoins du secteur. En Algérie, les startups agricoles peinent à accéder aux fonds publics, malgré les incitations fiscales annoncées en 2023. Les banques locales, réticentes à prêter sans garanties solides, freinent l’innovation. Pourtant, des exemples comme celui de AgriEdge, une startup algérienne spécialisée dans la gestion des ressources hydriques, prouvent que des solutions locales peuvent émerger avec un soutien minimal.
L’initiative de Daniel Oulai rappelle que l’agriculture africaine n’a pas besoin de solutions importées, mais d’outils adaptés à ses réalités. Pour l’Algérie, qui mise sur la souveraineté alimentaire dans son plan 2025-2030, s’inspirer de ces modèles pourrait accélérer sa transition vers une agriculture plus résiliente et compétitive. La clé réside dans une approche intégrée, combinant technologie, formation et accès au financement.