L’Algérie et la Tunisie ont engagé récemment des discussions pour renforcer leur coopération dans le secteur énergétique, avec un accent particulier sur l’interconnexion électrique. Une réunion technique s’est tenue entre des responsables des deux pays pour examiner les modalités d’un projet visant à optimiser les échanges d’électricité et à sécuriser l’approvisionnement régional. Selon l’Agence Presse Service (APS), cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation des partenariats économiques entre Alger et Tunis.
Le projet d’interconnexion électrique, déjà évoqué lors de précédentes rencontres bilatérales, prend une nouvelle dimension avec l’implication de la Société Algérienne de l’Électricité et du Gaz (SONELGAZ) et de la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG). Les deux entreprises publiques ont été chargées d’étudier les aspects techniques et financiers du renforcement des capacités de transport d’électricité entre les deux pays. D’après des sources proches des négociations, l’objectif est de porter la capacité d’échange à plus de 1 000 mégawatts (MW), contre environ 500 MW actuellement.
Un enjeu stratégique pour les deux pays
Pour l’Algérie, ce projet s’aligne sur sa stratégie de diversification des débouchés énergétiques et de positionnement comme hub régional. Le pays dispose d’une capacité de production électrique excédentaire, estimée à plus de 20 000 MW, et cherche à valoriser cette ressource auprès de ses voisins. La Tunisie, de son côté, fait face à une demande croissante en électricité, notamment pendant les pics estivaux, et dépend encore partiellement des importations pour couvrir ses besoins. Selon des données de la STEG, la consommation tunisienne a augmenté de près de 5 % par an ces dernières années, poussant les autorités à chercher des solutions durables.
Les discussions ont également abordé la question des énergies renouvelables. L’Algérie, qui vise une part de 30 % d’énergies vertes dans son mix énergétique d’ici 2030, propose d’intégrer des sources renouvelables dans les échanges avec la Tunisie. Des projets solaires et éoliens, développés dans le sud algérien, pourraient ainsi alimenter le réseau tunisien. Cette approche permettrait aux deux pays de réduire leur dépendance aux hydrocarbures et de respecter leurs engagements climatiques.
Coopération minière et industrielle en parallèle
En marge des discussions sur l’électricité, les deux parties ont examiné des pistes de coopération dans le secteur minier. L’Algérie, riche en ressources comme le phosphate, le fer et les métaux rares, souhaite développer des partenariats avec la Tunisie pour la transformation locale de ces matières premières. Selon l’APS, des entreprises algériennes comme l’Entreprise Nationale des Produits Miniers Non Ferreux et des Substances Utiles (ENOF) et la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) tunisienne ont été identifiées comme acteurs clés de cette collaboration.
Un accord-cadre a été évoqué pour la création de joint-ventures dans le domaine de la chimie minérale, notamment pour la production d’engrais. Ce secteur représente un enjeu économique majeur pour les deux pays, qui figurent parmi les principaux exportateurs de phosphate au monde. La Tunisie, confrontée à des difficultés financières, voit dans ce partenariat une opportunité de relancer son industrie minière, tandis que l’Algérie y trouve un moyen de diversifier son économie au-delà des hydrocarbures.
Sécurité énergétique et stabilité régionale
La relance du projet d’interconnexion électrique s’inscrit dans un contexte de renforcement de la coordination sécuritaire entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Selon Réalités Magazine, les trois pays ont intensifié leurs échanges pour lutter contre les menaces transfrontalières, notamment le terrorisme et les trafics illicites. Une réunion tripartite récente a permis d’aborder la question de la sécurisation des infrastructures énergétiques, essentielle pour garantir la stabilité des approvisionnements.
Pour l’Algérie, cette coopération trilatérale est aussi un moyen de consolider son influence dans la région. Le pays, qui partage plus de 1 000 kilomètres de frontières avec la Tunisie et la Libye, mise sur une approche intégrée pour prévenir les crises et favoriser le développement économique. Le projet d’interconnexion électrique avec la Tunisie pourrait ainsi servir de modèle pour des initiatives similaires avec d’autres pays voisins, comme le Maroc ou la Mauritanie.
Défis techniques et financiers
Malgré les avancées, plusieurs défis restent à surmonter. Sur le plan technique, le renforcement des lignes d’interconnexion nécessite des investissements importants, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars. Les deux pays devront également harmoniser leurs normes et régulations pour faciliter les échanges d’électricité. Selon des experts du secteur, la mise en place d’un marché régional de l’électricité pourrait être une solution, mais elle nécessiterait une coordination politique et institutionnelle accrue.
Sur le plan financier, l’Algérie et la Tunisie devront mobiliser des fonds publics et privés pour financer le projet. Des institutions comme la Banque Africaine de Développement (BAD) ou la Banque Islamique de Développement (BID) pourraient être sollicitées pour apporter un soutien financier. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour impliquer des partenaires internationaux, notamment européens, intéressés par la stabilité énergétique de la région.
Un partenariat gagnant-gagnant
Pour les deux pays, ce projet représente une opportunité de renforcer leur résilience économique et énergétique. L’Algérie, qui dispose d’un excédent de production électrique, pourrait générer des revenus supplémentaires grâce aux exportations vers la Tunisie. Ce pays, quant à lui, bénéficierait d’un approvisionnement plus stable et moins coûteux, tout en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles.
Les retombées économiques ne se limiteraient pas au secteur énergétique. Le renforcement de l’interconnexion électrique pourrait stimuler les échanges commerciaux et industriels entre les deux pays, déjà premiers partenaires commerciaux en Afrique selon African Manager. En 2025, les échanges bilatéraux ont dépassé les 2 milliards de dollars, avec une balance commerciale largement favorable à l’Algérie, qui exporte principalement des hydrocarbures, des produits pétrochimiques et des matériaux de construction.
Prochaines étapes
Les deux gouvernements prévoient de finaliser les études de faisabilité d’ici la fin de l’année et de signer un accord définitif lors d’une prochaine réunion de la Commission mixte algéro-tunisienne. Cette instance, qui se réunit alternativement à Alger et à Tunis, est chargée de superviser la mise en œuvre des projets de coopération bilatérale. Selon des sources diplomatiques, une visite officielle du président tunisien Kaïs Saïed en Algérie est également envisagée pour donner une impulsion politique au projet.
En attendant, les entreprises publiques des deux pays continuent de travailler sur les aspects techniques. SONELGAZ et la STEG ont déjà lancé des appels d’offres pour la modernisation des infrastructures existantes et la construction de nouvelles lignes à haute tension. Ces travaux, une fois achevés, permettront non seulement d’augmenter la capacité d’échange, mais aussi d’améliorer la fiabilité du réseau électrique dans les deux pays.
Ce projet d’interconnexion électrique illustre la volonté des deux pays de dépasser les simples échanges commerciaux pour construire une véritable intégration économique régionale. Si les défis sont nombreux, les bénéfices potentiels pour l’Algérie et la Tunisie pourraient en faire un modèle de coopération sud-sud dans le domaine énergétique.