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**L’Algérie à l’épreuve de ses contradictions : modernisation ou illusion développementaliste ?**
L’Algérie contemporaine se débat dans un paradoxe qui n’est pas seulement économique, mais existentiel. Les actualités des dix derniers jours dessinent une nation tiraillée entre deux forces : d’un côté, une volonté affichée de rupture avec les dépendances postcoloniales, portée par des investissements massifs dans les infrastructures et l’innovation ; de l’autre, une réalité sociale et politique où les vieux démons – clientélisme, fuite des cerveaux, précarité alimentaire – resurgissent avec une acuité renouvelée. Ces dynamiques ne sont pas parallèles : elles s’entrelacent, se nourrissent, et parfois s’annulent. Derrière les annonces triomphales des ministères et les chiffres mirobolants des fonds dédiés aux startups, se cache une question lancinante : l’Algérie est-elle en train de construire un modèle souverain, ou de reproduire, sous une autre forme, les logiques extractivistes et rentières qui l’ont si longtemps étouffée ?
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**Infrastructures : le mirage de la modernité ou le socle d’une révolution silencieuse ?**
Le métro d’Alger, le tramway d’Oran, les trains de nuit vers Annaba – les annonces de la SNTF et des opérateurs de transport public s’enchaînent comme autant de preuves d’une Algérie en marche. Pourtant, ces projets, souvent présentés comme des symboles de la renaissance nationale, révèlent une réalité plus ambiguë. La fermeture pour trois mois de la station Bir-Hakeim du métro d’Alger, par exemple, rappelle que la modernisation des infrastructures se heurte à des problèmes structurels : vieillissement des équipements, manque de maintenance préventive, et surtout, une gestion centralisée qui peine à s’adapter aux besoins réels des citoyens.
Cette tension entre ambition et réalité se retrouve dans le domaine des télécommunications. Alors que la Tunisie voisine illustre les dérives d’un secteur où les taxes étouffent le consommateur (jusqu’à 53 % du coût des communications), l’Algérie, elle, reste silencieuse sur le déploiement de la 5G. Officiellement, le pays prépare son entrée dans l’ère du très haut débit, mais les retards accumulés – et l’absence de transparence sur les partenariats avec les équipementiers étrangers – laissent planer le doute. La 5G sera-t-elle un outil d’émancipation économique, ou un nouveau canal de dépendance technologique, notamment vis-à-vis de la Chine, dont les entreprises dominent déjà le marché des infrastructures télécoms en Afrique ?
Derrière ces questions techniques se profile un enjeu plus large : celui de la souveraineté. Les infrastructures algériennes, qu’elles soient ferroviaires ou numériques, sont-elles conçues pour servir un projet national, ou pour alimenter les circuits de la rente ? La réponse se niche peut-être dans les détails : pourquoi le « Train bain de mer » entre Tebessa et Annaba, qui dessert des zones touristiques, est-il relancé alors que les lignes de fret, cruciales pour l’économie réelle, restent sous-développées ? Pourquoi la RATP offre-t-elle 165 bus à la Tunisie, alors que l’Algérie, qui a pourtant nationalisé son réseau de transport, peine à moderniser son parc ?
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**Startups et innovation : le milliard qui cache la forêt**
L’annonce par le ministre des Startups, Noureddine Ouadah, d’un fonds de 1 milliard de dollars pour soutenir les jeunes pousses africaines a fait grand bruit. Sur le papier, l’Algérie se pose en leader continental, en champion d’une « troisième voie » entre les modèles occidentaux et chinois. Mais cette générosité affichée soulève des questions dérangeantes. D’abord, parce que ce milliard, mobilisé en un mois, contraste avec les lenteurs bureaucratiques qui étouffent les entrepreneurs algériens au quotidien. Ensuite, parce que ce fonds, présenté comme une initiative panafricaine, intervient alors que l’Algérie elle-même peine à retenir ses talents : selon les chiffres de l’ONS, près de 60 % des diplômés en ingénierie quittent le pays dans les cinq ans suivant leur diplôme.
Le paradoxe est saisissant : l’Algérie investit massivement dans l’innovation… pour le continent, mais pas pour elle-même. Cette stratégie, si elle peut servir les ambitions géopolitiques du pays (notamment en Afrique subsaharienne, où l’influence algérienne est en concurrence avec celle du Maroc), risque de creuser un fossé entre une élite connectée aux réseaux globaux et une jeunesse locale laissée pour compte. Le cas des supérettes, présenté comme un « commerce rentable », en est une illustration : alors que les startups algéroises lèvent des fonds pour des projets high-tech, l’économie informelle – qui représente près de 40 % du PIB – reste le seul débouché pour des millions de jeunes sans capital ni réseau.
Pire : ce fonds africain, lancé « sur décision du président de la République », rappelle les logiques clientélistes qui ont si souvent miné les projets de développement en Algérie. Qui en bénéficiera vraiment ? Les entrepreneurs algériens, ou les amis du régime ? Les startups africaines, ou les filiales des conglomérats publics algériens ?
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**Santé et recherche : des victoires à relativiser**
L’élimination du trachome et le recul de la tuberculose sont des succès indéniables, fruits d’une politique de santé publique volontariste. Pourtant, ces avancées masquent des retards criants, comme celui de la riposte au VIH/Sida, où l’Algérie traîne derrière ses voisins maghrébins. Cette schizophrénie sanitaire reflète une réalité plus large : l’Algérie excelle dans les campagnes de vaccination et les programmes verticaux (ciblant une maladie spécifique), mais peine à structurer un système de santé intégré, accessible à tous.
La recherche scientifique, elle, reste le parent pauvre de cette équation. Malgré des annonces régulières sur les « pas de géant » accomplis, le pays ne consacre que 0,5 % de son PIB à la R&D (contre 2,2 % en moyenne pour les pays de l’OCDE). Les laboratoires algériens publient peu, brevettent encore moins, et dépendent largement des collaborations étrangères – notamment françaises – pour leurs équipements. Cette dépendance est d’autant plus problématique que les tensions diplomatiques entre Alger et Paris, exacerbées par les déclarations récentes sur le « système colonial », menacent ces partenariats.
Ici encore, la contradiction est flagrante : comment prétendre à une souveraineté technologique quand la recherche fondamentale reste sous-financée ? Comment former une jeunesse innovante quand les universités algériennes, sous-équipées, peinent à attirer les meilleurs enseignants ?
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**Jeunesse : entre mobilisation politique et désillusion économique**
La jeunesse algérienne est au cœur de toutes les attentions – et de toutes les craintes. Les législatives de 2026, présentées comme un test pour la « nouvelle Algérie », révèlent une réalité inquiétante : malgré les discours sur la « mobilisation citoyenne », l’abstention des jeunes reste massive. En 2021, seuls 23 % des 18-30 ans avaient voté, un chiffre qui en dit long sur le désenchantement d’une génération sacrifiée.
Pourtant, cette jeunesse n’est pas apolitique. La mobilisation pour la cause palestinienne, qui transcende les frontières, montre une conscience aiguë des enjeux géopolitiques. Mais cette politisation se heurte à un mur : celui d’un système qui, malgré les promesses de changement, reste verrouillé par les mêmes élites. La lutte contre le tabagisme des jeunes, par exemple, se heurte à l’omniprésence des cigarettes électroniques, dont le marketing ciblé rappelle les stratégies des multinationales du tabac dans les années 1990. Une fois de plus, l’Algérie se retrouve dans une position ambiguë : elle légifère pour protéger sa jeunesse, mais laisse prospérer les logiques prédatrices du capitalisme globalisé.
La question de l’emploi est encore plus cruciale. Avec un taux de chômage des jeunes dépassant les 30 %, l’Algérie est assise sur une bombe sociale. Les startups et les infrastructures ne suffiront pas à absorber cette main-d’œuvre : il faudrait une révolution industrielle, une diversification économique réelle, et non des projets pharaoniques qui profitent surtout aux entreprises étrangères. Le cas de Cevital, l’empire de l’industriel Issad Rebrab, est emblématique : alors que le groupe, symbole du « made in Algeria », traverse une crise profonde, les emplois qu’il a créés sont menacés. Qui les reprendra ? Les PME locales, trop fragiles, ou les multinationales qui attendent leur heure ?
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**Sécurité alimentaire : l’urgence invisible**
Derrière les annonces triomphales sur les exportations de dattes ou les projets d’irrigation, l’Algérie reste vulnérable sur le front de la sécurité alimentaire. La salinité des eaux souterraines, les sécheresses récurrentes, et la dépendance aux importations (notamment de blé et de lait) exposent le pays à des chocs externes. Le retrait de lots de lait infantile par Nestlé, bien que sans conséquence directe pour l’Algérie, rappelle que la chaîne d’approvisionnement reste fragile.
Cette vulnérabilité est d’autant plus inquiétante que l’Algérie, contrairement au Maroc, n’a pas encore développé une stratégie claire pour réduire sa dépendance aux importations. Les projets de fermes solaires et de dessalement d’eau de mer, souvent cités comme des solutions, restent marginaux. Pire : les subventions massives aux produits de base, si elles protègent les ménages pauvres, encouragent le gaspillage et découragent les investissements dans l’agriculture locale.
Ici, la contradiction est flagrante : comment prétendre à une souveraineté économique quand le pays importe près de 70 % de ses besoins en céréales ? Comment parler de « made in Algeria » quand les supermarchés regorgent de produits turcs ou chinois, moins chers que les productions locales ?
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**Histoire et mémoire : l’Algérie face à ses fantômes**
Les actualités archéologiques – épaves antiques à Gibraltar, prospection des bancs des Esquerquis – semblent éloignées des préoccupations algériennes. Pourtant, elles rappellent une vérité fondamentale : l’Algérie est un pays de strates, où chaque époque a laissé ses traces, souvent conflictuelles. La bataille de la Hougue, évoquée dans les médias français, est un exemple parmi d’autres de ces récits historiques qui divisent encore les deux rives de la Méditerranée.
Mais l’Algérie contemporaine a-t-elle tiré les leçons de son passé ? Les tensions avec la France, qui inquiètent les patrons algériens et menacent des milliers d’emplois, montrent que les vieux démons ne sont pas enterrés. Le « système colonial », dénoncé par Alger, est-il vraiment mort, ou simplement réincarné dans de nouvelles formes de dépendance – économique, technologique, culturelle ?
La question de la mémoire