Revue de presse : Métro Alger, Immobilier Algérie, Hydrocarbures Algérie…

**L’ARCHÉOLOGIE COMME MÉTAPHORE : CE QUE LES FOUILLES DISENT DE L’ALGÉRIE MODERNE**

L’Algérie de 2025 se révèle comme un palimpseste où chaque strate – économique, géopolitique, technologique – cache et révèle à la fois les tensions d’un pays en quête d’équilibre. Les actualités de ces dix derniers mois dessinent moins une mosaïque qu’un champ de forces contradictoires, où l’affirmation de souveraineté bute sur des dépendances structurelles, où l’ambition panafricaine se heurte à des rivalités régionales, et où la modernisation numérique coexiste avec des rigidités bureaucratiques dignes d’un autre siècle.

Prenons d’abord le cas du métro d’Alger, dont les travaux, en révélant des sites archéologiques majeurs, rappellent une vérité première : l’Algérie est un territoire où se superposent les empires, les réseaux commerciaux et les mémoires enfouies. La découverte d’une statuette de Bouddha en Égypte, évoquant les liens entre Rome et l’Inde via l’Afrique du Nord, n’est pas anodine. Elle souligne que l’Algérie fut un carrefour bien avant l’ère des hydrocarbures – et que sa position géostratégique, aujourd’hui disputée, est une constante historique. Mais cette archéologie, célébrée comme un patrimoine, entre en collision avec une autre réalité : celle d’une économie dont les fondations restent fragiles, malgré les discours sur la diversification. Le sous-sol algérien, riche en histoire, l’est aussi en gaz et en pétrole – et c’est là que le bât blesse.

**LES HYDROCARBURES, OU L’ÉTERNEL RETOUR DU MÊME**

Le rapport annuel 2024 de Sonatrach est un document à double lecture. D’un côté, il confirme la résilience du secteur, pilier d’une économie qui, malgré les chocs exogènes (guerre en Ukraine, tensions géopolitiques), reste debout. De l’autre, il expose crûment les limites d’un modèle rentier : la production stagne, les investissements étrangers se font rares, et l’intégration africaine, pourtant présentée comme une priorité, reste un vœu pieux. Le Niger, avec ses 20,3 millions de barils produits en 2024, rappelle à l’Algérie que la compétition intra-africaine est féroce – et que le leadership continental ne se décrète pas, il se conquiert.

Pourtant, c’est précisément sur ce terrain que l’Algérie tente de se repositionner. La prise de tête du Parlement panafricain par Alger n’est pas qu’un succès diplomatique : c’est une tentative de rééquilibrer un jeu où le Maroc, grâce à son soft power et ses alliances occidentales, a pris une avance considérable. Mais cette diplomatie proactive se heurte à deux écueils. D’abord, la crise céréalière qui frappe le Maghreb : alors que le Maroc anticipe une récolte record, l’Algérie maintient sa suspension des importations de blé tendre, un pari risqué qui révèle une fois de plus sa vulnérabilité alimentaire. Ensuite, la guerre des ports avec Rabat, qui prive l’Algérie d’accès directs aux flux commerciaux méditerranéens et atlantiques, illustrant une logique de confrontation plus que de coopération.

**LE NUMÉRIQUE, OU L’ILLUSION DE LA RUPTURE**

L’annonce du passage à la 5G, douze ans après la 3G, est symptomatique d’un pays qui court après la modernité sans toujours en maîtriser les codes. La 5G FWA (Fixed Wireless Access) pour l’internet fixe est une solution pragmatique, mais elle trahit aussi les retards accumulés : infrastructures vieillissantes, dépendance aux équipements étrangers, et surtout, une régulation qui peine à suivre le rythme de l’innovation. Le numérique algérien est un miroir grossissant des contradictions du pays : d’un côté, une jeunesse hyperconnectée, avide de changement ; de l’autre, un État qui oscille entre contrôle et libéralisation, sans jamais trancher.

La visite de Laurent Nuñez, directeur général de la sécurité extérieure française, et les réactions qu’elle a suscitées (notamment celles de Jean-Philippe Tanguy, du RN) révèlent une autre facette de cette schizophrénie. L’Algérie, qui se présente comme un acteur souverain, reste un partenaire incontournable pour l’Europe – et la France en particulier – sur les questions migratoires et sécuritaires. Mais cette realpolitik se paie au prix d’une méfiance persistante, alimentée par les relents de la colonisation et les ingérences passées. Le numérique, censé être un levier d’émancipation, devient ainsi un terrain de tensions géopolitiques, où chaque avancée technologique est scrutée à travers le prisme des rapports de force.

**IMMOBILIER ET INFRASTRUCTURES : LES DEUX VISAGES DE L’ALGÉRIE ÉCONOMIQUE**

Le projet « Bizerte 2050 » et le repositionnement de la zone industrielle de Fès au Maroc sont des exemples frappants de la manière dont les voisins du Maghreb pensent leur développement à long terme. L’Algérie, elle, semble encore hésiter entre deux modèles. D’un côté, les parcs industriels d’Arise IIP, qui lèvent des fonds record pour s’étendre en Afrique, témoignent d’une volonté d’attirer les investissements étrangers. De l’autre, la levée de la suspension des importations de véhicules dans deux ports révèle une économie toujours dépendante des flux extérieurs, malgré les discours sur la substitution aux importations.

Cette dualité se retrouve dans les infrastructures. Le « désastre économique » pointé du doigt par certains analystes – à savoir l’acharnement à boycotter les ports marocains – est un choix coûteux. En privant le pays d’accès aux hubs logistiques de Tanger Med ou Casablanca, l’Algérie se condamne à des surcoûts et à des retards qui pèsent sur sa compétitivité. Pourtant, ce choix s’inscrit dans une logique plus large : celle d’une souveraineté à tout prix, même au détriment de l’efficacité économique. C’est le même réflexe qui pousse le gouvernement à créer une commission contre les transferts illicites de capitaux (Farouk Bahamid, directeur des Douanes), tout en maintenant un système bancaire peu transparent et un marché des changes verrouillé.

**LA BOURSE D’ALGER, OU L’ÉCONOMIE DE LA MÉFIANCE**

L’ouverture du capital de la BDL (Banque de Développement Local) et les déclarations de Kamel Mansouri, DG du FNI (Fonds National d’Investissement), sur l’alignement des investissements sur les priorités de l’État, sont des signaux encourageants. Mais ils butent sur une réalité têtue : la Bourse d’Alger reste un marché marginal, où la liquidité est faible et la confiance des investisseurs, limitée. La rencontre sur la sécurité juridique et son impact économique est révélatrice : en Algérie, le droit des affaires est perçu comme un obstacle plus qu’un cadre protecteur.

Cette méfiance envers les mécanismes de marché est le symptôme d’un système où l’État, malgré ses discours sur la libéralisation, reste le premier acteur économique. La suspension des importations de blé, décidée pour des raisons politiques (soutenir la production locale) plus qu’économiques, en est une illustration. De même, les obsessions de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public trahissent une défiance envers toute forme d’autonomie médiatique, alors même que le pays a besoin d’une presse libre pour attirer les investissements et lutter contre la corruption.

**DIPLOMATIE ET IDENTITÉ : L’ALGÉRIE FACE À SES DÉMONS**

La réaffirmation de l’attachement de l’Algérie et de l’Angola à la paix en Afrique, ou la victoire revendiquée par le nouveau président du Parlement panafricain, sont des succès diplomatiques indéniables. Mais ils contrastent avec la guerre froide algéro-marocaine, qui empoisonne les relations régionales et affaiblit le Maghreb dans son ensemble. Les échauffourées à l’Unesco, les intox marocaines sur un prétendu soutien algérien au plan d’autonomie du Sahara occidental, ou encore la fermeture des frontières depuis 1994, sont autant de symptômes d’une rivalité qui dépasse le cadre bilatéral pour devenir une guerre par procuration entre puissances extérieures (France, Espagne, États-Unis, Russie).

Cette diplomatie de la confrontation a un coût. Elle isole l’Algérie sur la scène internationale, où le Maroc, grâce à sa diplomatie agile et ses alliances avec Israël et les États-Unis, marque des points. Elle prive aussi le pays des bénéfices d’une intégration maghrébine, pourtant cruciale pour faire face aux défis communs (changement climatique, sécurité alimentaire, transition énergétique). Enfin, elle alimente un nationalisme défensif, qui, s’il peut souder la population autour d’un récit commun, risque aussi de masquer les réformes structurelles nécessaires.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**

L’Algérie de 2025 est un pays en tension, tiraillé entre des forces centrifuges et centripètes. D’un côté, une volonté de souveraineté qui se manifeste dans tous les domaines : énergétique (Sonatrach), alimentaire (suspension des importations de blé), monétaire (contrôle des changes), diplomatique (leadership panafricain). De l’autre, des dépendances structurelles qui limitent cette souveraineté : dépendance aux hydrocarbures, aux importations, aux technologies étrangères, et même aux rivalités régionales.

Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :

1. Le scénario de l’immobilisme : L’Algérie continue sur sa lancée, avec des réformes timides et une économie toujours dépendante des hydrocarbures. Les tensions avec le Maroc s’enkystent, le numérique reste en retard, et la jeunesse, frustrée, se tourne vers l’émigration ou la contestation. Ce scénario mène à une stagnation économique et à un affaiblissement progressif sur la scène internationale.

2. Le scénario de la rupture : Sous la pression des crises (chute des prix du pétrole, pénuries alimentaires, mouvements sociaux), l’Algérie opère un virage brutal. Ouverture économique, libéralisation du marché des changes, rapprochement avec le Maroc pour relancer l’intégration maghrébine. Ce scénario est risqué, car

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