Revue de presse : Métro Alger, Algérie Afrique subsaharienne, Hydrocarbures Algérie…

**L’Algérie face à son miroir brisé : une modernité en éclats**

L’Algérie contemporaine se débat dans un paradoxe fondateur : celui d’une nation qui, soixante ans après son indépendance, oscille entre une volonté farouche d’autonomie stratégique et des dépendances structurelles qui la ramènent sans cesse à son passé colonial. Les actualités de ces dernières semaines, loin d’être des faits épars, dessinent les contours d’un pays en tension permanente entre trois forces : la souveraineté technologique, la rente des hydrocarbures et les fractures sociales. Ces dynamiques ne sont pas juxtaposées ; elles s’entrelacent, se contredisent, et parfois s’annulent. L’Algérie est un laboratoire où se joue, en accéléré, le drame des nations postcoloniales : comment concilier développement endogène et insertion dans la mondialisation sans tomber dans le piège de la dépendance ou de l’autoritarisme ?

**1. La révolution numérique : une souveraineté en trompe-l’œil ?**

L’annonce du lancement de la 5G et la mise en chantier du câble sous-marin Medusa (8 700 km) et de la dorsale transsaharienne (4 500 km) placent l’Algérie au cœur d’une course géostratégique : celle de la maîtrise des infrastructures numériques. Avec 265 000 km de fibre optique, le pays se dote d’un réseau parmi les plus denses d’Afrique, rivalisant avec l’Égypte ou le Maroc. Pourtant, cette avancée spectaculaire cache une réalité plus ambiguë.

D’abord, la dépendance technologique persiste. Les équipements 5G sont importés (Huawei, Ericsson, Nokia), et l’Algérie ne dispose pas encore d’une industrie locale capable de produire des semi-conducteurs ou des serveurs. Ensuite, la fracture numérique reste béante : alors que les élites urbaines bénéficient d’un accès haut débit, les zones rurales et les quartiers populaires d’Alger ou d’Oran peinent à obtenir une connexion stable. Enfin, la surveillance étatique plane sur cette modernisation. Le gouvernement algérien a déjà démontré, lors du Hirak en 2019, sa capacité à couper internet ou à traquer les opposants via les réseaux sociaux. La 5G, outil de libération ou de contrôle ? La question reste ouverte.

Fils rouges avec d’autres domaines :
Hôpitaux : La « transformation numérique des soins » à Alger contraste avec l’état vétuste des infrastructures sanitaires en périphérie.
Justice : Le numérique pourrait servir à moderniser la justice (dématérialisation des procédures), mais aussi à renforcer la répression des voix dissidentes.
Hydrocarbures : La digitalisation des champs pétroliers (Sonatrach investit dans l’IA) montre que la rente énergétique finance aussi la révolution numérique… mais pour combien de temps ?

**2. Hydrocarbures : la malédiction de la rente et ses nouveaux maîtres**

L’Algérie est prise dans un étau. D’un côté, l’Europe courtise son gaz (l’Allemagne mise sur l’hydrogène algérien, l’Italie sur les livraisons via le gazoduc Transmed), de l’autre, la transition énergétique mondiale menace son modèle économique. Les hydrocarbures représentent 90 % des exportations et 60 % des recettes budgétaires. Or, la demande européenne en gaz pourrait chuter de 30 % d’ici 2030 (Agence internationale de l’énergie), tandis que les réserves algériennes s’épuisent (baisse de 2 % par an depuis 2015).

Pire : l’Algérie n’a pas préparé l’après-pétrole. Les investissements dans les énergies renouvelables (objectif : 15 000 MW d’ici 2035) sont lents, et le pays reste dépendant des technologies étrangères (Siemens, Vestas). Pendant ce temps, la corruption gangrène le secteur : en 2022, une enquête a révélé que 15 milliards de dollars avaient été détournés dans des contrats pétroliers truqués.

Contradictions systémiques :
Irrigation : Les revenus du gaz financent les grands projets hydrauliques (barrages, dessalement), mais ceux-ci servent surtout l’agro-industrie, pas les petits paysans.
Importations : La rente pétrolière permet d’importer massivement (bananes, médicaments, voitures), masquant l’échec de la diversification économique.
Pharmacie : Les pénuries de médicaments (30 % des produits sont importés) montrent que la dépendance ne se limite pas à l’énergie.

Scénarios possibles :
1. L’Algérie devient un « Qatar africain » : elle négocie des contrats gaziers à long terme avec l’Europe, tout en investissant dans l’hydrogène vert.
2. Le scénario vénézuélien : effondrement des revenus pétroliers, inflation galopante, exode des élites.
3. La révolution industrielle verte : l’Algérie mise sur le solaire (désert du Sahara) et les batteries pour devenir un acteur clé de la transition énergétique africaine.

**3. Santé et pharmacie : le double visage de la dépendance**

L’Algérie est un cas d’école de la santé comme miroir des inégalités. D’un côté, des avancées réelles : généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), lancement de la Semaine nationale de prévention, renforcement de la vigilance sanitaire (Hantavirus). De l’autre, un système à deux vitesses :
Les hôpitaux publics : sous-équipés, en manque de personnel, avec des files d’attente interminables. À Alger, la « transformation numérique » des soins ne concerne que quelques cliniques privées.
La pharmacie : 70 % des médicaments sont importés, et les laboratoires locaux peinent à produire des génériques. Résultat : des pénuries récurrentes (insuline, antibiotiques) et des prix inaccessibles pour les plus pauvres.

Le scandale Nestlé (produits pour enfants plus sucrés en Afrique qu’en Europe) révèle une autre facette de cette dépendance : l’Algérie est un marché de seconde zone. Les multinationales y écoulent des produits de moindre qualité, profitant de l’absence de régulation stricte.

Lien avec la justice :
La question de l’accès aux soins est aussi une question juridique. Pourquoi les Algériens n’ont-ils pas le droit de poursuivre Nestlé ou Sanofi pour vente de médicaments non conformes ? Parce que le droit commercial algérien est calqué sur des normes libérales, favorables aux investisseurs étrangers.

**4. L’immobilier et les importations : le grand gaspillage**

L’Algérie est un pays qui importe ce qu’elle pourrait produire et construit ce qu’elle ne peut pas entretenir.

Immobilier : La loi de finances 2023 maintient les avantages fiscaux pour les promoteurs, mais 30 % des logements construits depuis 2000 sont vacants (manque d’infrastructures, corruption dans l’attribution). Pendant ce temps, les bidonvilles s’étendent (2 millions de personnes vivent dans des logements précaires).
Importations : L’Algérie importe 25 % de bananes en plus, mais les résultats sont « mitigés » (perte de devises, concurrence déloyale pour les producteurs locaux). Même schéma pour les voitures, les médicaments, les vêtements… Le pays dépense 50 milliards de dollars par an en importations, alors qu’il pourrait développer des filières locales.

Pourquoi cette folie ?
1. La rente pétrolière permet de « boucher les trous » sans réformer.
2. La corruption : les importateurs sont souvent liés au pouvoir (ex : affaire des « voitures de luxe » en 2019).
3. L’absence de vision industrielle : l’Algérie a raté le virage de la mondialisation dans les années 1990, et n’a pas su développer des champions nationaux.

Conséquence : une économie de rente, pas une économie productive.

**5. Justice et société : les normes islamiques à l’épreuve de la modernité**

L’Algérie est un pays à la fois très religieux et très laïque. La Constitution de 2020 réaffirme que l’islam est religion d’État, mais le Code de la famille (inspiré de la charia) reste l’un des plus progressistes du monde arabe (divorce par consentement mutuel, garde des enfants pour la mère).

Pourtant, les normes sociales résistent au changement :
L’héritage : les femmes n’héritent que de la moitié de ce que reçoivent les hommes (comme au Maroc, où la réforme est en débat).
Le mariage : les mariages mixtes (musulman/non-musulman) sont autorisés, mais socialement mal vus.
La liberté d’expression : les blogueurs et journalistes sont régulièrement poursuivis pour « atteinte à l’islam » (ex : affaire du caricaturiste Nime en 2021).

Le cas marocain (Abdelwahab Rafiki, ex-salafiste devenu réformiste) montre que l’islam peut évoluer, mais à condition que l’État et la société civile poussent dans le même sens. En Algérie, le pouvoir utilise la religion comme outil de contrôle, tandis que les mouvements féministes (comme Femmes Algériennes pour un Changement vers l’Égalité, FACE) se heurtent à un conservatisme tenace.

**6. L’eau : le prochain champ de bataille**

L’Algérie est l’un des pays les plus menacés par le stress hydrique au monde. Avec moins de 500 m³ d’eau par habitant et par an (seuil de pénurie : 1 000 m³), le pays dépend à 90 % des barrages, eux-mêmes menacés par la sécheresse et l’ensablement.

Les solutions avancées sont contradictoires :
Le dessalement : l’Algérie a le 2e plus grand parc de stations de dessalement au monde (après l’Arabie saoudite), mais ces usines sont énergivores (donc dépendantes des hydrocarbures) et coûteuses.
L’irrigation : le projet de loi d’urgence sur l’agriculture est « clivant » car il favorise les grands propriétaires terriens au détriment des petits paysans.
La réutilisation des eaux usées

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