Revue de presse : Irrigation Algérie, Cinéma algérien, Agriculture Algérie…

**L’Algérie, laboratoire d’une modernité postcoloniale ?**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence d’une stratégie de souveraineté multidimensionnelle : souveraineté alimentaire (irrigation, agriculture), culturelle (cinéma, artisanat), sportive (athlètes), et même mémorielle (histoire). Pourtant, cette quête d’autonomie bute sur des paradoxes structurels – entre dépendance aux hydrocarbures et diversification économique, entre modernisation autoritaire et aspirations démocratiques, entre fierté nationale et fractures sociales. L’Algérie oscille ainsi entre deux temporalités : celle, lente et souterraine, des transformations profondes (comme l’irrigation du Sahara), et celle, frénétique, des polémiques médiatiques (comme les accusations de fraude électorale).

**Le Sahara, nouvelle frontière de la puissance algérienne**

Le ministre de l’Agriculture annonce trois nouvelles mesures, dont l’élargissement des assurances agricoles aux catastrophes climatiques. Une avancée, certes, mais qui révèle une dépendance persistante aux aléas naturels – et, par ricochet, aux technologies étrangères (semences, machines, expertise). L’Algérie cherche à se libérer de la tutelle des importations, mais reste prisonnière d’un modèle productiviste calqué sur les standards occidentaux. Le paradoxe est saisissant : le pays qui a nationalisé ses hydrocarbures en 1971 peine à nationaliser son agriculture.

Cette dynamique saharienne éclaire aussi les enjeux de soft power. En exportant son modèle agricole, l’Algérie se positionne comme un leader africain, capable de rivaliser avec le Maroc dans la course à l’influence continentale. Mais cette stratégie a un prix : elle exige des investissements massifs, qui entrent en concurrence avec d’autres priorités, comme le numérique ou l’urbanisme.

**Mémoire et cinéma : l’Algérie face à ses fantômes**

Fanon, psychiatre et révolutionnaire, incarne cette Algérie qui se débat entre universalisme et particularisme. Son œuvre, Les Damnés de la Terre, est à la fois un manifeste anticolonial et un texte prophétique sur les dérives postcoloniales. Le film à venir ne sera pas qu’une biographie : ce sera une arme idéologique, une réponse aux critiques qui accusent l’Algérie de trahir l’héritage révolutionnaire. De même, le documentaire sur les femmes algériennes pendant la guerre d’indépendance s’inscrit dans une stratégie de réhabilitation mémorielle, où le régime cherche à s’approprier les figures de la résistance pour masquer ses propres échecs.

Pourtant, cette instrumentalisation de l’histoire bute sur un écueil : l’Algérie est un pays sans consensus mémoriel. Les débats sur les accords de 1968 avec la France (dénoncés par l’Assemblée nationale) ou sur le rôle des pieds-noirs en métropole le montrent. Ces accords, qui réglaient le sort des travailleurs algériens en France, sont aujourd’hui présentés comme une « trahison » par certains, tandis que d’autres y voient un mal nécessaire. La mémoire algérienne est un champ de bataille où s’affrontent nationalistes, islamistes et libéraux – et où le pouvoir joue les arbitres, tantôt en attisant les tensions, tantôt en les étouffant.

Le cinéma, ici, devient un exutoire. En revisitant 1962 (« le temps des possibles »), les réalisateurs algériens interrogent : que reste-t-il de la promesse révolutionnaire ? La réponse, implicite, est cruelle : une Algérie où les espoirs de 1962 se sont mués en désillusions, mais où la jeunesse, elle, cherche encore à écrire son propre récit.

**Sport et politique : l’Algérie en quête de victoires symboliques**

Pourtant, derrière ces triomphes se cachent des déséquilibres structurels. Le basket 3×3, discipline urbaine et populaire, est promu comme un symbole de modernité, mais il reste marginalisé face au football, sport roi. Les athlètes algériens, souvent formés à l’étranger, incarnent aussi une fuite des talents – un paradoxe pour un pays qui se veut souverain.

Plus profondément, le sport algérien est un terrain de lutte idéologique. Les islamistes, exclus du pouvoir politique, investissent le champ sportif pour contester l’hégémonie du FLN. Les accusations de fraude lors des législatives ne sont qu’un épisode d’une guerre plus large, où le stade devient un espace de résistance. En 2019, les stades algériens avaient été des bastions du Hirak ; aujourd’hui, ils sont à nouveau des lieux de mobilisation, mais sous une forme différente – moins politique, plus identitaire.

**Numérique et urbanisme : les deux visages de la modernisation algérienne**

Pourtant, le numérique pourrait être un levier de développement. L’Algérie a les moyens de devenir un hub technologique en Afrique, mais elle se heurte à des obstacles bureaucratiques et à une méfiance envers l’innovation. Le contraste avec le Maroc, qui mise sur les aéroports et les start-ups, est saisissant. L’Algérie, elle, préfère les grands projets d’infrastructure – comme le dédoublement de la RN-1 ou l’extension du duty free de l’aéroport d’Alger – qui flattent l’ego national mais ne résolvent pas les problèmes de fond.

L’urbanisme algérien est un miroir des priorités du régime : bétonner plutôt que réformer. Les autoroutes et les aéroports sont des vitrines, mais les villes restent des déserts de services publics. Alger, avec son aéroport flambant neuf, est un symbole de cette modernisation à deux vitesses : luxueuse pour les élites, précaire pour le peuple.

**Culture et artisanat : la résistance par l’économie informelle**

Pourtant, cette culture « officielle » masque une réalité plus sombre : l’Algérie est un pays où l’informel domine. Les artisans exposés à Tizi-Ouzou ne représentent qu’une infime partie d’une économie souterraine, où se jouent la survie de millions de personnes. Le régime encense l’artisanat, mais ne propose pas de modèle économique viable pour le secteur.

La culture algérienne, en ce sens, est un champ de bataille. Entre les foires organisées par l’État et les initiatives locales, entre le cinéma subventionné et les productions indépendantes, se joue une lutte pour le contrôle du récit national. Le pouvoir cherche à instrumentaliser la culture pour légitimer son autorité, mais les artistes et les artisans résistent, souvent en marge des circuits officiels.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario autoritaire-modernisateur : L’Algérie poursuit sa stratégie de souveraineté (agriculture, énergie, industrie) tout en verrouillant le champ politique. Le régime mise sur les grands projets pour acheter la paix sociale, mais les inégalités se creusent. Ce scénario, le plus probable, est aussi le plus fragile : il repose sur une rente pétrolière en déclin et sur une jeunesse de plus en plus frustrée.

2. Le scénario de l’implosion : Les contradictions accumulées (chômage, corruption, répression) finissent par exploser. Le Hirak renaît sous une autre forme, mais cette fois, le régime ne recule pas. L’Algérie sombre dans une crise politique et

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