L’Algérie a réceptionné récemment un pivot d’irrigation de dernière technologie dans le cadre d’un projet pilote mené par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Selon un communiqué publié par Horizons, ce système, installé dans la wilaya de Naâma, marque une étape dans la modernisation des techniques d’irrigation pour les cultures céréalières et fourragères des zones arides.
Le pivot, long de 500 mètres et équipé de capteurs connectés, permet une distribution précise de l’eau en fonction des besoins réels des plantes. Contrairement aux méthodes traditionnelles par gravité, ce système réduit les pertes par évaporation et infiltration, un enjeu crucial dans une région où les précipitations annuelles ne dépassent pas 200 mm. « L’objectif est d’économiser 30 % d’eau tout en augmentant les rendements de 20 % », a déclaré un responsable du Centre national des techniques spatiales (CNTS), partenaire du projet.
Cette initiative s’inscrit dans le plan national de développement agricole 2020-2024, qui prévoit l’équipement de 100 000 hectares en systèmes d’irrigation économes d’ici 2026. Les wilayas steppiques, comme El Bayadh, Laghouat et Djelfa, sont prioritaires en raison de leur vulnérabilité à la désertification. « Ces zones représentent 60 % des terres agricoles du pays, mais elles subissent une pression hydrique croissante », explique un expert du Haut Commissariat au Développement de la Steppe (HCDS).
Le coût du pivot, estimé à 120 millions de dinars, est partiellement financé par le Fonds national de développement agricole (FNDA). « Le retour sur investissement est attendu en cinq ans grâce aux économies d’eau et à l’augmentation des récoltes », précise le ministère. Les agriculteurs locaux, formés par l’Institut technique des grandes cultures (ITGC), soulignent déjà une amélioration de la qualité des sols. « Avant, on gaspillait l’eau. Maintenant, on irrigue au bon moment, avec la bonne dose », témoigne Mohamed Belkacem, exploitant à Aïn Sefra.
Cependant, des défis persistent. Le coût élevé des équipements freine leur adoption massive, et certains agriculteurs restent sceptiques face à une technologie qu’ils maîtrisent mal. « Il faut un accompagnement technique sur le long terme », reconnaît un ingénieur de la Direction des services agricoles (DSA) de Naâma. Par ailleurs, l’alimentation électrique des pivots, souvent dépendante de groupes électrogènes, pose des problèmes de coûts et de maintenance.
Pour accélérer la généralisation de ces systèmes, le gouvernement envisage des subventions supplémentaires et des partenariats avec des entreprises privées. Le groupe Sonelgaz travaille déjà sur des solutions solaires pour alimenter les pivots, tandis que des start-up algériennes développent des applications de suivi à distance. « L’irrigation intelligente n’est plus une option, c’est une nécessité pour l’agriculture algérienne », affirme un rapport récent de la Banque mondiale.
Les résultats du projet pilote à Naâma seront scrutés de près. Si les économies d’eau et les gains de productivité se confirment, le modèle pourrait être étendu à d’autres régions, notamment dans le Sud, où la raréfaction des ressources hydriques menace la sécurité alimentaire. « L’Algérie a les moyens techniques et financiers pour réussir cette transition. Il faut maintenant une volonté politique sans faille », conclut un analyste du secteur agricole.
D’après Horizons, une évaluation complète des performances du pivot est prévue d’ici six mois, avec la publication des premiers indicateurs de rendement et d’économie d’eau.