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**L’Algérie à l’épreuve du temps : un pays suspendu entre deux époques**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux forces antagonistes : une volonté de contrôle absolu, héritée d’un État profond façonné par les décennies de gestion postcoloniale et rentière, et une aspiration diffuse mais tenace à l’innovation, portée par une jeunesse connectée, des entrepreneurs audacieux et une diaspora en quête de réconciliation avec son pays. Les actualités récentes dessinent un paysage fragmenté, où chaque domaine semble évoluer en silo, mais où des fils rouges invisibles relient pourtant ces dynamiques apparamment disjointes.
Au cœur de cette équation : la peur du désordre. L’État algérien, obsédé par la stabilité, oscille entre une méfiance viscérale envers les outils de la modernité (cryptomonnaies, IA, internet libre) et une reconnaissance tardive de leur nécessité pour ne pas rater le train de l’histoire. Cette schizophrénie se traduit par des politiques publiques contradictoires : on interdit les crypto-actifs tout en créant un fonds pour les start-up ; on bloque des sites web tout en signant des partenariats avec le Vietnam pour la « science » ; on lance des crédits gratuits pour les chambres froides agricoles tout en laissant la filière laitière s’effondrer sous le poids des tensions diplomatiques avec la France.
Derrière ces incohérences se cache une question existentielle : l’Algérie peut-elle se moderniser sans se libéraliser ? Peut-elle embrasser la transition numérique et énergétique sans lâcher prise sur son modèle de gouvernance autoritaire ? Les prochains mois seront cruciaux pour trancher ce dilemme.
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**Le Numérique : entre répression et innovation forcée**
L’Algérie est un cas d’école de l’État schizophrène face au numérique. D’un côté, le décret exécutif n°25-10 durcit l’interdiction des cryptomonnaies, menaçant les détenteurs de bitcoin de peines de prison. De l’autre, le gouvernement nomme un nouveau directeur au Fonds algérien des start-up (Rahabi Anis) et lance des crédits pour les chambres froides agricoles – deux initiatives qui supposent une certaine confiance dans l’initiative privée et la technologie.
Cette contradiction n’est pas fortuite. Elle révèle une stratégie de contrôle par l’étouffement :
– Les cryptomonnaies sont perçues comme une menace pour le monopole de la Banque d’Algérie sur la monnaie. Leur interdiction n’est pas seulement économique, mais politique : elles incarnent une autonomie financière que l’État ne peut tolérer.
– L’IA et la blockchain, en revanche, sont vues comme des outils « contrôlables » – à condition qu’elles soient encadrées par des institutions publiques. D’où l’intérêt soudain pour les start-up, mais sous la tutelle étroite du Fonds algérien, lui-même sous l’œil du ministère de l’Économie.
Le message est clair : l’innovation oui, mais seulement si elle sert l’État. Pas question de laisser émerger des contre-pouvoirs numériques, comme en témoignent les coupures d’internet récurrentes (mentionnées dans les actualités sur la géopolitique maghrébine) ou le blocage de sites critiques.
Pourtant, cette approche est condamnée à l’échec. En interdisant les crypto-actifs, l’Algérie se prive d’un levier de financement alternatif pour ses PME, déjà asphyxiées par le manque de liquidités. En verrouillant internet, elle décourage les talents locaux et pousse les entrepreneurs à s’exiler – ou à travailler dans l’ombre, comme le font déjà des milliers de jeunes Algériens avec le trading de cryptos malgré l’interdiction.
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**L’Économie : la dépendance aux importations comme boulet**
L’Algérie reste prisonnière d’un modèle économique rentier et dépendant, malgré les discours sur la diversification. Deux exemples récents illustrent cette impasse :
1. La filière laitière : La crise diplomatique avec la France a révélé la vulnérabilité de l’Algérie face à ses importations. Alors que le pays inaugure fièrement « la plus grande usine laitière du pays », il continue d’importer massivement du lait français – une aberration pour un pays qui dispose de vastes terres agricoles et d’un cheptel important. La raison ? Un manque d’investissement dans la transformation locale et une bureaucratie qui étouffe les initiatives privées.
2. Les crédits gratuits pour les chambres froides : Une mesure louable, mais qui arrive trop tard. L’Algérie perd chaque année des millions de tonnes de produits agricoles faute d’infrastructures de stockage. Le problème n’est pas seulement financier, mais structurel : les subventions ciblées ne suffiront pas à compenser des décennies de négligence envers le secteur agricole.
Derrière ces dysfonctionnements se cache une logique de court terme : l’État préfère importer plutôt que de risquer des pénuries qui pourraient alimenter le mécontentement social. Mais cette stratégie est insoutenable. Avec la baisse des réserves de change et la volatilité des prix du pétrole, l’Algérie ne peut plus se permettre de gaspiller ses devises en importations superflues.
La solution ? Une révolution agricole et industrielle, mais celle-ci suppose de lâcher prise sur le contrôle étatique. Or, c’est précisément ce que le pouvoir refuse.
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**La Transition énergétique : l’Algérie entre deux feux**
L’Algérie est assise sur un trésor énergétique – gaz, soleil, vent – mais elle peine à en faire un levier de développement. Les récentes actualités montrent une double stratégie :
– D’un côté, des partenariats avec l’Italie pour sécuriser les exportations de gaz. L’Algérie reste un fournisseur clé pour l’Europe, mais cette relation est fragile : elle dépend des caprices géopolitiques (guerre en Ukraine, tensions avec le Maroc) et ne résout pas le problème de la dépendance aux hydrocarbures.
– De l’autre, un retard criant dans les énergies renouvelables. Alors que l’Italie mise sur l’économie verte en Afrique, l’Algérie traîne des pieds. Les projets solaires et éoliens avancent au ralenti, freinés par la corruption, le manque de volonté politique et la peur de perdre le contrôle sur un secteur stratégique.
Pourtant, l’Algérie a tout pour devenir un leader des énergies vertes :
– Un ensoleillement parmi les plus élevés au monde.
– Une expertise dans les énergies fossiles, transférable aux renouvelables.
– Une position géographique idéale pour exporter de l’électricité vers l’Europe.
Mais pour cela, il faudrait accepter de perdre le monopole sur l’énergie – et donc sur une partie de la rente. Or, le système algérien est conçu pour préserver les rentes, pas pour les réinvestir dans l’avenir.
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**La Recherche et l’Entrepreneuriat : des îlots de résistance**
Face à ce tableau sombre, deux domaines offrent une lueur d’espoir : la recherche scientifique et l’entrepreneuriat.
1. La recherche : Les « Doctoriales 2024 » et les appels à partenariats méditerranéens montrent une volonté de sortir de l’isolement scientifique. L’Algérie a des chercheurs de haut niveau, mais ils sont souvent coupés du monde par le manque de financements et les lourdeurs administratives. Les initiatives comme PRIMA (Partnership for Research and Innovation in the Mediterranean Area) pourraient changer la donne – à condition que l’État accepte de déléguer une partie de son contrôle.
2. L’entrepreneuriat : Le nouveau directeur du Fonds algérien des start-up, Rahabi Anis, incarne une nouvelle génération de technocrates qui croient en l’innovation. Mais son action sera limitée par l’environnement hostile :
– Financement : Les start-up algériennes peinent à lever des fonds, faute d’un écosystème bancaire adapté.
– Régulation : Les lois sur les investissements étrangers sont dissuasives.
– Mentalité : Le risque est mal perçu dans une société où la fonction publique reste la voie royale.
Pourtant, des succès existent : des entreprises comme Yassir (VTC) ou TemTem (livraison) montrent que l’Algérie peut produire des champions régionaux. Mais ces pépites restent fragiles, menacées par les aléas politiques et économiques.
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**La Géopolitique : l’Algérie dans le jeu des puissances**
L’Algérie est un acteur clé au Maghreb et en Afrique, mais sa diplomatie manque de vision stratégique. Trois dynamiques se dégagent :
1. La rivalité avec le Maroc : Les tensions entre les deux pays paralysent l’intégration maghrébine. L’Algérie mise sur des partenariats avec l’Italie et le Vietnam pour contourner Rabat, mais cette approche est réactive, pas proactive.
2. L’Afrique subsaharienne : L’Algérie tente de se positionner comme un leader continental (via l’artisanat, le cinéma), mais son influence reste limitée par son manque de soft power. Contrairement au Maroc, qui mise sur les investissements et la religion, l’Algérie peine à se vendre comme un modèle.
3. Les coupures d’internet : En bloquant des sites et en limitant l’accès à la toile, l’Algérie s’aligne sur des régimes autoritaires comme l’Inde ou la Chine. Mais cette stratégie est contre-productive : elle isole le pays et décourage les investisseurs étrangers.
L’Algérie aurait tout intérêt à jouer la carte de la médiation (comme elle l’a fait dans la crise malienne) et à développer son attractivité économique. Mais pour cela, il faudrait accepter de lâcher du lest sur la souveraineté numérique et médiatique – ce que le pouvoir refuse.
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**Les Élections : un théâtre politique sans enjeu**
Les législatives anticipées de 2024 s’annoncent comme un non-événement. Les partis politiques sont affaiblis, la société civile est muselée, et les enjeux réels (chômage, corruption, transition énergétique) sont absents des débats.
Trois observations :
1. Les alliances entre partis sont purement tactiques, sans projet de société.
2. La politique étrangère est réduite à des slogans (« non à l’ingérence », « oui au dialogue »), sans vision claire.
3. Les sondages sont inexistants, ce qui montre le mépris du pouvoir pour l’opinion publique.
Dans ce contexte, les élections ne serviront qu’à légitimer le statu quo. Aucun changement majeur n’est à attendre – sauf si la rue se réveille, comme en 2019.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie est aujourd’hui un pays en suspension. Elle dispose de tous