TITRE : L’ALGÉRIE À L’HEURE DES CHOIX : ENTRE SOUVERAINETÉ FRAGILE ET RÉVOLUTIONS SILENCIEUSES
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**L’ÉQUATION ALGÉRIENNE : UNE COHÉRENCE SOUS TENSION**
L’Algérie contemporaine se débat dans une contradiction fondatrice : celle d’une nation qui cherche à s’émanciper des logiques rentières tout en restant prisonnière de leur héritage. Les actualités des dix derniers jours dessinent une carte où se superposent les urgences climatiques, les ambitions industrielles, les secousses politiques et les résistances culturelles. Mais cette apparente dispersion cache une unité de crise : l’Algérie est engagée dans une course contre la montre pour diversifier son économie avant que les chocs externes – effondrement des cours des hydrocarbures, pression migratoire, crises sanitaires – ne la rattrapent.
Le fil rouge qui traverse ces informations ? Une quête désespérée de souveraineté, déclinée en autant de fronts que de secteurs. Souveraineté alimentaire (blé, cacao), technologique (numérique, électronique), sanitaire (vaccins, grippe), et même symbolique (cinéma, arts). Pourtant, cette souveraineté se heurte à des limites structurelles : dépendance aux importations, bureaucratie étouffante, et une classe politique dont les réformes peinent à suivre le rythme des défis. L’Algérie oscille entre deux modèles : celui d’un État stratège, capable de mobiliser ses ressources pour des projets industriels ambitieux (Mostaganem, Rouiba), et celui d’un pays encore englué dans les réflexes de l’économie de rente, où les subventions (exportateurs hors hydrocarbures) et les mesures protectionnistes (électroménager) servent de pansements à des plaies béantes.
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**LE PARI INDUSTRIEL : ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ**
L’Algérie mise sur l’industrie comme levier de sortie de la dépendance aux hydrocarbures. Les annonces de Mostaganem – 200 milliards de dinars investis et sept usines lancées à El Bordjia – ou l’inauguration d’une laiterie à Rouiba témoignent d’une volonté de réindustrialisation. Pourtant, ces projets butent sur deux écueils majeurs.
D’abord, la question des débouchés. L’Algérie exporte peu hors hydrocarbures, et les mesures incitatives (manne pour les exportateurs) peinent à compenser un déficit commercial chronique. Le recul des exportations au deuxième trimestre 2025, couplé à la hausse des importations, révèle une économie qui consomme plus qu’elle ne produit. Ensuite, la dépendance technologique : l’accord entre Nohi Chocolateries et Technocast pour exporter du cacao en Algérie d’ici 2026 est emblématique. Le pays importe des matières premières (cacao) et des machines (Technocast) pour produire localement, mais reste un maillon dans une chaîne de valeur contrôlée par d’autres. La souveraineté industrielle algérienne ressemble à une usine clé en main : on assemble, on transforme, mais on ne conçoit pas.
Cette tension se retrouve dans le numérique. L’AFD injecte 20 millions d’euros dans la société civile, tandis que l’UNICEF s’associe à Cloudflare pour connecter les écoles. Des initiatives louables, mais qui soulèvent une question : l’Algérie forme-t-elle des ingénieurs capables de développer ses propres infrastructures, ou se contente-t-elle de sous-traiter à des géants étrangers ? L’inclusion financière, souvent présentée comme une solution miracle, risque de devenir un nouveau vecteur de dépendance si elle ne s’accompagne pas d’une maîtrise des données et des algorithmes.
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**CULTURE ET SOFT POWER : L’ALGÉRIE À L’HEURE DES SYMBOLES**
Le retour de Gérard Depardieu en Algérie, grimé en personnage ottoman, est un symptôme des ambiguïtés culturelles du pays. D’un côté, le cinéma algérien s’internationalise (Journées internationales de Sétif, 10 pays en compétition), et des figures comme Hakim Dekkar appellent à une culture « présente dans notre quotidien ». De l’autre, l’Algérie reste un terrain de projection pour des stars étrangères (Depardieu) dont la présence est plus médiatique que créatrice. Ce paradoxe reflète une politique culturelle schizophrène : entre fierté nationale et fascination pour l’Occident, entre mémoire ottomane et rejet des influences étrangères.
Pourtant, le cinéma et les arts pourraient être un levier de souveraineté symbolique. En produisant des récits algériens, en exportant des films, en formant des techniciens, le pays pourrait contrer la domination culturelle française ou américaine. Mais cela suppose une volonté politique de soutenir les créateurs locaux, plutôt que de miser sur des coups médiatiques. Les Journées de Sétif sont une avancée, mais combien de salles de cinéma ferment chaque année en Algérie ? Combien de jeunes réalisateurs quittent le pays faute de financements ?
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**SANTÉ ET CLIMAT : LES DEUX VISAGES DE LA VULNÉRABILITÉ**
La résurgence de la rougeole et l’émergence de la grippe K (H3N2) rappellent que l’Algérie reste exposée aux crises sanitaires. La campagne de vaccination 2025 est un aveu d’impuissance : malgré les progrès, le système de santé algérien peine à anticiper les épidémies. La dépendance aux vaccins importés (souvent français ou chinois) est un talon d’Achille. Pourtant, le pays dispose de compétences médicales reconnues (l’Algérie forme des médecins pour l’Afrique subsaharienne) et d’une tradition de recherche en épidémiologie. Pourquoi ne pas développer une industrie pharmaceutique locale, capable de produire des vaccins et des médicaments génériques ?
Le changement climatique, lui, agit comme un multiplicateur de crises. La moisson « du siècle » en céréales est une bonne nouvelle, mais elle masque une réalité inquiétante : l’Algérie est l’un des pays les plus vulnérables à la désertification. La cochenille qui ravage les figues de barbarie en Afrique du Nord est un avant-goût des défis à venir. Les producteurs français, victimes de la chute des cours du blé, pourraient bientôt être rejoints par leurs homologues algériens si les sécheresses persistent.
Ici encore, la souveraineté est en jeu. L’Algérie doit investir dans des variétés de blé résistantes à la sécheresse, développer des techniques d’irrigation économes, et protéger ses écosystèmes. Mais ces solutions nécessitent des fonds, une coordination entre ministères, et une vision à long terme – trois éléments qui font souvent défaut.
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**POLITIQUE : L’ILLUSION DE LA STABILITÉ**
Les élections en Hongrie, en Côte d’Ivoire ou les spéculations sur des législatives anticipées en France sont autant de miroirs tendus vers l’Algérie. Le pays, lui, semble figé dans un statu quo politique. Pourtant, les fissures apparaissent.
D’abord, la question des importations. Les nouvelles mesures pour soutenir l’électronique et l’électroménager révèlent une économie en surchauffe : l’Algérie importe massivement des biens de consommation, mais peine à produire localement. Ces mesures protectionnistes sont des rustines, pas une stratégie. Ensuite, le numérique. L’inclusion financière et la connexion des écoles sont des avancées, mais elles ne suffiront pas à combler le retard technologique. L’Algérie a besoin d’une révolution industrielle 4.0, pas de subventions éparpillées.
Enfin, la jeunesse. Les 6es Journées internationales du cinéma à Sétif, les projets universitaires ambitieux (l’Université algérienne comme « levier du développement »), ou les innovations agricoles montrent que la société algérienne bouge. Mais ces dynamiques se heurtent à un système politique vieillissant, où les réformes sont lentes et les décisions souvent opaques. L’Algérie a besoin d’un nouveau contrat social, où la jeunesse et les entrepreneurs auraient leur place.
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**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**
L’Algérie de 2025 est un pays en tension permanente entre trois forces :
1. La tentation rentière : Malgré les discours sur la diversification, l’économie algérienne reste dépendante des hydrocarbures. Les recettes pétrolières financent les subventions, les importations, et les grands projets industriels. Mais cette rente est menacée par la transition énergétique mondiale et la volatilité des cours.
2. L’urgence climatique : Sécheresses, désertification, épidémies – l’Algérie est en première ligne. Le pays doit investir massivement dans l’agriculture résiliente, les énergies renouvelables, et la santé publique. Mais ces investissements nécessitent une rupture avec les logiques court-termistes.
3. La révolution silencieuse : Une jeunesse éduquée, des entrepreneurs innovants, des artistes engagés – la société algérienne est en mouvement. Mais cette énergie se heurte à un système politique et économique sclérosé.
L’Algérie a trois options pour l’avenir :
– Le scénario « Dubaï méditerranéen » : Le pays mise sur les zones franches, les investissements étrangers, et les industries légères (textile, agroalimentaire) pour attirer des capitaux. Mais ce modèle reproduit les inégalités et la dépendance technologique.
– Le scénario « Corée du Sud africaine » : L’Algérie investit massivement dans l’éducation, la recherche, et les industries high-tech (numérique, pharmaceutique, énergies vertes). Ce modèle suppose une rupture avec les logiques rentières et une alliance entre l’État, les entreprises, et les universités.
– Le scénario « Venezuela nord-africain » : Si les réformes échouent et que les cours du pétrole s’effondrent, l’Algérie pourrait basculer dans une crise sociale et politique majeure. Ce scénario est le plus dangereux, mais aussi le plus probable si rien ne change.
La clé ? Une souveraineté intégrale – économique, technologique, culturelle, et sanitaire. L’Algérie a les ressources humaines et naturelles pour réussir. Mais elle doit choisir : continuer à vivre des rentes, ou construire un modèle durable. Le temps presse.