Revue de presse : Importations Algérie, Société civile Algérie, Finance islamique Algérie…

**L’Algérie face à son miroir : une nation en tension entre héritage et futur**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cloisonnement entre ces sphères. La littérature algérienne interroge la mémoire traumatique au moment où l’État renforce son contrôle sur l’éducation ; les projets solaires s’inscrivent dans une stratégie de diversification économique qui bute sur la dépendance aux importations chinoises ; l’engagement en Afrique subsaharienne se heurte aux accusations de manipulation sécuritaire. L’Algérie n’est pas un archipel de secteurs étanches, mais un écosystème où chaque mouvement en provoque un autre, comme dans un jeu de dominos dont les pièces seraient les fragments d’une identité nationale en recomposition permanente.

**L’ÉNERGIE, OU L’ILLUSION D’UNE SOUVERAINETÉ RÉINVENTÉE**

D’abord, la dépendance technologique. Les panneaux solaires et les électrolyseurs pour l’hydrogène vert sont produits en Chine, dont les pourparlers avec Washington pour réduire les droits de douane pourraient encore renforcer son avantage concurrentiel. L’Europe, incapable de défendre son industrie face au « second choc chinois », regarde avec inquiétude Pékin utiliser le Maroc comme cheval de Troie pour contourner les barrières douanières. L’Algérie, elle, risque de troquer une dépendance aux hydrocarbures contre une autre, plus insidieuse : celle des technologies vertes importées. Le solaire algérien sera-t-il une révolution souveraine ou une nouvelle forme de colonialisme industriel ?

Ensuite, l’hydrogène vert comme miroir aux alouettes. Présenté comme le pilier de l’indépendance énergétique européenne, ce gaz suscite autant d’espoirs que de méfiances. Pour l’Algérie, il pourrait être un tremplin vers une coopération euro-méditerranéenne moins asymétrique – ou un nouveau mirage, comme l’a été le gaz de schiste. Les investissements massifs nécessaires supposent une stabilité politique et une transparence financière que le système algérien, miné par la corruption et les logiques clientélistes, peine à garantir. L’hydrogène vert algérien sera-t-il un levier de puissance ou un nouveau champ de prédation pour les multinationales ?

**LA SOCIÉTÉ CIVILE ENTRE PROGRÈS ET REPLI AUTORITAIRE**

D’un côté, le ministre de l’Éducation, M. Belaabed, ordonne la mise en place de « cellules d’animation et de suivi » pour les examens nationaux, une mesure qui rappelle les dispositifs de surveillance des années 1990. De l’autre, l’ouverture de l’École des Cadets de l’ANP (Armée nationale populaire) pour 2024-2025 envoie un signal ambigu : l’armée, acteur central du pouvoir algérien, forme désormais les élites civiles comme militaires. L’éducation algérienne est-elle en train de se militariser sous couvert de modernisation ?

Cette tension entre progrès et contrôle se retrouve dans la littérature. Kaouther Adimi, avec La Joie ennemie, et Boualem Sansal, dans son dernier livre, explorent la décennie noire avec une liberté de ton qui contraste avec la censure rampante. Pourtant, leur succès à l’étranger (comme à la Foire du livre de Tunis, où plus de 600 ouvrages algériens étaient présentés) souligne un paradoxe : l’Algérie exporte une parole critique qu’elle étouffe souvent sur son propre sol. La vitalité littéraire algérienne est un baromètre de la santé démocratique du pays – et son rayonnement international cache mal les fractures internes.

**FINANCE ISLAMIQUE ET ENTREPRENEURIAT : LES DEUX VISAGES D’UNE ÉCONOMIE À DEUX VITESSES**

Cette exclusion financière se double d’une mort lente des entrepreneurs historiques. La disparition de Lounis Hamitouche, fondateur de la laiterie Soummam, symbolise le déclin d’une génération d’industriels qui avaient bâti l’Algérie postcoloniale. Aujourd’hui, les niches porteuses (agroalimentaire, numérique, énergies renouvelables) sont investies par une nouvelle génération d’entrepreneurs, souvent formés à l’étranger. Mais leur succès reste fragile, menacé par les lourdeurs administratives et la concurrence des produits importés – notamment chinois.

L’Algérie est-elle condamnée à une économie de rente, où les PME ne sont que des variables d’ajustement ?** La réponse dépendra de la capacité du pays à briser le cercle vicieux de la dépendance aux importations. Or, les signaux sont contradictoires : d’un côté, des projets ambitieux comme le solaire ; de l’autre, une industrie locale asphyxiée par les barrières douanières contournées via le Maroc. **L’entrepreneuriat algérien est-il une bulle ou le germe d’une nouvelle économie ?

**L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE : L’ALGÉRIE, PUISSANCE RÉGIONALE OU APPRENTIE SORCIÈRE ?**

L’Algérie est-elle une puissance stabilisatrice ou un acteur trouble qui instrumentalise les crises ? La question est d’autant plus cruciale que les groupes armés menacent désormais Bamako, rappelant les scénarios syriens. Dans un contexte où la France est en repli et où la Russie étend son influence via Wagner, l’Algérie pourrait devenir un acteur clé – à condition de clarifier ses intentions.

Cette ambiguïté se retrouve dans le domaine pharmaceutique. Alors que l’Algérie développe ses capacités de recherche (introduction de l’immunothérapie, accord avec l’Institut Pasteur), elle reste dépendante des importations de médicaments. La santé est-elle un enjeu de souveraineté ou un nouveau marché à conquérir pour les laboratoires étrangers ? La réponse déterminera si l’Algérie peut devenir un leader médical en Afrique ou si elle restera un simple relais pour les multinationales.

**LA RECHERCHE MÉDICALE : ENTRE PROGRÈS SCIENTIFIQUE ET CRISE SYSTÉMIQUE**

Le Nobel de médecine 2025, récompensant la découverte des mécanismes de contrôle des maladies auto-immunes, rappelle que la science algérienne doit s’inscrire dans une dynamique internationale pour être pertinente. Or, les chercheurs algériens souffrent d’un manque de moyens et d’une fuite des cerveaux. La recherche médicale algérienne peut-elle échapper à la logique de la rente et devenir un levier de développement ?

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**

1. Le scénario de la résilience autoritaire : L’État algérien consolide son contrôle sur l’économie et la société, utilisant les énergies renouvelables et la finance islamique comme outils de légitimation. La dépendance aux importations chinoises et la militarisation de l’éducation deviennent des maux nécessaires pour préserver la stabilité. Ce scénario, le plus probable à court terme, risque de creuser les inégalités et d’étouffer les dynamiques citoyennes.

2. Le scénario de la rupture entrepreneuriale : Une nouvelle génération d’entrepreneurs, soutenue par une finance islamique réformée, parvient à briser le cercle de la dépendance. L’Algérie devient un hub technologique et médical pour l’Afrique, tout en préservant sa souveraineté énergétique. Ce scénario suppose une refonte profonde des institutions et une ouverture démocratique – un pari risqué pour un système habitué au contrôle.

3. Le scénario du chaos géopolitique : Les tensions régionales (Mali, Sahel) et les crises économiques (dépendance aux importations, chômage des jeunes) plongent le pays dans une instabilité chronique. L’Algérie devient un acteur clé des conflits africains, mais au prix d’une fragmentation interne. Ce scénario, le plus sombre, n’est pas à exclure si les contradictions actuelles ne sont pas résolues.

L’Algérie a les moyens de choisir. Mais le temps presse. Son avenir dépendra de sa capacité à transformer ses atouts (énergie solaire, diaspora qualifiée, position géostratégique)

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