Revue de presse : Hydrocarbures Algérie, Archéologie Algérie, Travaux publics Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres mythes**

Ce qui frappe, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie parle à voix multiples : celle de Sonatrach, qui annonce des milliards d’investissements comme on brandit un totem protecteur ; celle des archéologues, qui réécrivent l’histoire de l’humanité depuis le Tassili n’Ajjer ; celle des startups, qui tentent de survivre dans un écosystème aussi hostile que généreux en promesses. Ces voix ne dialoguent pas toujours. Elles coexistent, parfois s’ignorent, souvent se contredisent. Pourtant, elles tracent les contours d’une Algérie en mouvement, où chaque domaine d’actualité est un miroir grossissant des défis structurels du pays.

**Le pétrole, éternel deus ex machina ?**

Pourtant, les signaux d’alerte se multiplient. La dette publique, officiellement « inférieure à celle des pays arabes et méditerranéens » (selon le ministre des Finances), masque une réalité plus inquiétante : le service de la dette absorbe une part croissante des recettes pétrolières, réduisant la marge de manœuvre budgétaire. Pire, les investissements massifs dans les infrastructures (tramways, centres de fret, universités) sont financés par cette même rente, créant un cercle vicieux : plus l’Algérie dépense pour se moderniser, plus elle dépend des hydrocarbures pour le faire.

La contradiction est flagrante : l’Algérie se rêve en puissance post-pétrolière, mais elle agit comme une économie pétrolière qui se diversifie par nécessité, non par choix. Les annonces de Sonatrach sont à la fois une bouée de sauvetage et un aveu d’impuissance.

**L’archéologie, ou la réinvention de l’identité nationale**

Pourquoi cette obsession archéologique ? Parce qu’elle permet de dépasser le trauma colonial en ancrant l’Algérie dans une temporalité plus longue que celle de la France. Le récit du « berceau de l’humanité » n’est pas neutre : il place l’Algérie au centre de l’histoire humaine, bien avant l’arrivée des Phéniciens, des Romains ou des Ottomans. C’est une arme géopolitique, une manière de dire au monde : « Nous étions là avant vous, et nous serons là après. »

Mais cette réappropriation historique a un revers. En insistant sur un passé préhistorique glorieux, l’Algérie risque de sous-estimer les défis du présent. À quoi bon célébrer les peintures rupestres du Tassili si les universités algériennes peinent à figurer dans le top 100 africain ? À quoi sert de revendiquer le statut de « berceau de l’humanité » si les startups algériennes croulent sous les dettes ? L’archéologie devient alors une échappatoire, un moyen de fuir les questions brûlantes sur la gouvernance, l’innovation ou la justice sociale.

**Infrastructures : le mirage de la modernité ?**

Prenons l’exemple du tramway. Alger, Oran, Constantine : les métropoles algériennes se dotent de réseaux modernes, souvent construits par des entreprises chinoises ou turques. Ces projets sont spectaculaires, mais ils masquent une réalité moins reluisante : le manque de maintenance, les retards dans les livraisons, et surtout, l’absence de vision intégrée. Un tramway, aussi performant soit-il, ne sert à rien s’il n’est pas connecté à un réseau de bus efficace, ou si les usagers n’ont pas les moyens de l’utiliser.

Autre paradoxe : l’Algérie investit dans des infrastructures « visibles » (tramways, stades, autoroutes) au détriment des infrastructures « invisibles » (numérique, éducation, santé). Le résultat ? Un pays qui brille par ses réalisations matérielles, mais qui peine à former une main-d’œuvre qualifiée ou à retenir ses talents. La modernité algérienne est une modernité de façade, où l’on préfère le béton aux cerveaux.

**PME et startups : le combat perdu d’avance ?**

Pourquoi un tel blocage ? Parce que l’Algérie a peur de ses entrepreneurs. Une PME dynamique, c’est une PME qui échappe au contrôle de l’État. Une startup innovante, c’est une startup qui pourrait concurrencer les monopoles publics. Résultat : le secteur privé algérien est à la fois choyé et étouffé. On lui offre des prêts à taux zéro, mais on lui refuse l’accès aux marchés publics. On lui promet des incubateurs, mais on lui impose des normes kafkaïennes.

Le cas des cybermenaces est révélateur. Kaspersky alerte sur les risques pour les PME algériennes, mais qui écoute ? Dans un pays où l’informel représente 30 à 40 % de l’économie, la cybersécurité est le cadet des soucis. L’Algérie veut une économie digitale, mais elle refuse de digitaliser son administration. C’est comme vouloir courir un marathon avec des chaussures en plomb.

**France-Algérie : le dialogue des sourds**

Ce qui se joue ici, c’est une bataille de légitimité. La France, en crise identitaire, cherche à instrumentaliser l’Algérie pour rassurer son électorat. L’Algérie, elle, refuse d’être un bouc émissaire. Elle veut être traitée en partenaire, pas en vassale. D’où les déclarations de Patrick Stefanini (« Retailleau est allé au bout de ce qu’il pouvait faire ») : un message clair – l’Algérie ne pliera pas.

Pourtant, derrière les postures, les liens sont indestructibles. Les échanges économiques (gaz, investissements) et humains (la diaspora algérienne en France) rendent toute rupture impossible. La France a besoin de l’Algérie pour son énergie ; l’Algérie a besoin de la France pour ses devises et ses technologies. Mais ce mariage de raison est de plus en plus mal vécu des deux côtés.

La vraie question n’est pas « faut-il rompre ? », mais « comment reconstruire une relation adulte ? ». Pour l’instant, personne n’a la réponse.

**Universités et presse : le double échec de la soft power**

Pourquoi un tel décalage ? Parce que l’Algérie a confondu éducation et endoctrinement, information et communication. Les universités sont sous-financées, surpeuplées, et surtout, verrouillées par un système qui privilégie la loyauté à la compétence. Résultat : les meilleurs étudiants fuient à l’étranger, et ceux qui restent sont condamnés à un enseignement de seconde zone.

La presse, elle, est à la fois libre et muselée. Libre, car les journalistes algériens sont parmi les plus combatifs du monde arabe. Muselée, car les lignes rouges (armée, présidence, corruption) sont infranchissables. Le résultat ? Une presse qui se réfugie dans le sport, les faits divers ou les polémiques stériles. L’Algérie a les médias de sa peur.

**La Bourse d’Alger : le thermomètre d’une économie malade**

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