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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres paradoxes**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent entre ces domaines. Pourtant, une lecture transversale révèle des dynamiques communes : la quête de souveraineté (économique, sanitaire, technologique) se heurte systématiquement à des goulots d’étranglement bureaucratiques, à des logiques de rente, et à une méfiance viscérale envers les initiatives citoyennes ou privées. L’Algérie semble condamnée à répéter les mêmes schémas : elle investit dans des infrastructures spectaculaires (aéroports, zones franches) tout en laissant pourrir des secteurs vitaux (santé, éducation, numérique). Cette schizophrénie n’est pas nouvelle, mais elle devient de plus en plus intenable à l’ère des crises globales.
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**La santé : entre pénurie organisée et discours lénifiants**
La réponse tient en trois mots : opacité, corruption, et dépendance. L’Algérie importe 70 % de ses médicaments, souvent via des circuits opaques où se mêlent intermédiaires véreux et fonctionnaires complices. Les annonces du DG de la PCH, Samir Ferhat, sonnent comme un aveu d’impuissance : « Nous veillons à éviter toute rupture » – sous-entendu, nous faisons de notre mieux, mais le système nous dépasse. Le vrai problème n’est pas la pénurie, mais l’incapacité à la gérer autrement que par des mesures cosmétiques.
Cette crise sanitaire n’est pas isolée. Elle reflète une économie de la rente où l’État, malgré ses ressources, peine à assurer les services de base. Les hôpitaux algériens, comme les aéroports ou les universités, sont des vitrines de modernité… tant qu’on ne regarde pas de trop près. La santé, en Algérie, est un miroir grossissant des inégalités : entre ceux qui peuvent se payer des cliniques privées (souvent à l’étranger) et ceux qui dépendent d’un système public en lambeaux.
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**Les transports : vitrines de la puissance ou mirages de la diversification ?**
La réponse est mitigée. D’un côté, ces investissements répondent à une logique géopolitique : en modernisant ses aéroports, l’Algérie cherche à s’imposer comme une plateforme régionale, notamment face au Maroc, dont l’aéroport Mohammed V de Casablanca reste le hub dominant en Afrique du Nord. De l’autre, ces projets servent surtout à occuper une jeunesse en quête d’emplois et à justifier des dépenses publiques colossales.
Mais cette stratégie a un coût. L’Algérie dépense des milliards dans des infrastructures pharaoniques (autoroutes, métros, aéroports) tout en négligeant les transports du quotidien : trains vétustes, bus bondés, routes secondaires défoncées. Le paradoxe est criant : l’Algérie a les moyens de construire des aéroports flambant neufs, mais pas de garantir des trajets domicile-travail décents pour ses citoyens.
Cette priorité donnée au spectaculaire sur l’utile n’est pas anodine. Elle révèle une vision du développement où l’image prime sur la substance – une tendance qui se retrouve dans d’autres secteurs, comme la diversification économique.
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**Diversification économique : l’éternel recommencement**
La réponse tient en un mot : la peur. L’Algérie a toujours craint les réformes structurelles, préférant les solutions provisoires (comme les zones franches) aux changements radicaux (comme la libéralisation du commerce ou la fin des monopoles d’État). Cette frilosité s’explique par la crainte de perdre le contrôle politique : une économie ouverte signifierait une société civile plus autonome, des médias plus critiques, et donc un pouvoir moins centralisé.
Pourtant, les signes d’essoufflement sont là. L’Algérie reste dépendante des hydrocarbures (95 % de ses exportations), malgré les discours sur la diversification. Les zones franches en Tunisie sont une tentative de contourner ce problème, mais elles ne résoudront rien sur le long terme. Le vrai défi serait de créer un écosystème entrepreneurial local, ce qui supposerait de casser les rentes et de lutter contre la corruption – deux tabous en Algérie.
La comparaison avec le Maroc est cruelle.** Alors que Rabat mise sur les énergies renouvelables, les nouvelles technologies et l’ouverture aux investissements étrangers, Alger reste prisonnière d’un modèle rentier. **Le résultat ? Une économie qui tourne au ralenti, une jeunesse qui fuit, et un État qui compense par des discours nationalistes.
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**Les Algériens de l’étranger : entre intégration et instrumentalisation**
Officiellement, les Algériens de la diaspora sont célébrés comme des ambassadeurs. Mais dans les faits, ils sont souvent perçus avec méfiance : trop « occidentalisés » pour les conservateurs, trop « algériens » pour les pays d’accueil. Cette schizophrénie se retrouve dans les politiques publiques : l’Algérie encourage les transferts d’argent (qui représentent près de 2 milliards de dollars par an), mais freine les investissements directs des expatriés, par crainte de concurrence.
Le cas des couples mixtes est emblématique.** D’un côté, l’Algérie les présente comme un symbole de modernité ; de l’autre, elle les soumet à des pressions administratives et sociales (comme les difficultés pour les enfants binationaux à hériter ou à obtenir la nationalité algérienne). **Cette ambiguïté reflète une peur plus profonde : celle de voir la diaspora échapper au contrôle de l’État.
Pourtant, les Algériens de l’étranger pourraient être un atout majeur : ils ont les compétences, les réseaux et les capitaux pour dynamiser l’économie. Mais tant que l’Algérie les traitera comme une manne financière plutôt que comme des partenaires, elle se privera d’un levier de développement essentiel.
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**Algérie-Maroc : la guerre des modèles**
Sur le plan économique, l’Algérie tente de contrer l’influence marocaine en Afrique (via des accords avec la Tunisie ou les pays du Golfe), mais elle reste handicapée par son manque d’ouverture. Le Maroc, lui, mise sur les énergies renouvelables, les nouvelles technologies et une diplomatie proactive – des domaines où l’Algérie accuse un retard criant.
Sur le plan politique**, la fermeture de la frontière depuis 1994 est un symbole de l’impasse algéro-marocaine. **Les deux pays se livrent une guerre d’influence en Afrique, mais aucun ne semble prêt à faire le premier pas vers une réconciliation.** Pourtant, une coopération serait bénéfique pour les deux : **l’Algérie a les ressources, le Maroc a les infrastructures et les réseaux.
La question sahraouie reste le principal obstacle, mais elle cache une réalité plus profonde : l’Algérie et le Maroc incarnent deux visions opposées du Maghreb. L’une, centralisée et méfiante, l’autre, décentralisée et ouverte. Lequel de ces modèles l’emportera ? La réponse dépendra de la capacité de l’Algérie à se réformer… ou à continuer de s’enfermer dans le déni.
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**L’équipe nationale : le football comme exutoire (et comme leurre)**
Mais cette passion sportive est aussi un leurre. Elle permet à l’État de détourner l’attention des problèmes structurels (chômage, corruption, répression) en misant sur l’émotion collective. Le football algérien est un miroir grossissant des contradictions du pays :
– Un vivier de talents (comme Riyad Mahrez ou Ismaël Bennacer), mais des infrastructures défaillantes (stades vétustes, centres de formation sous-financés).
– Un soutien populaire massif, mais une gestion opaque (la FAF est régulièrement critiquée pour son manque de transparence).
– Des victoires qui unissent le pays, mais des défaites qui exacerbent les tensions sociales.
Le football est à l’image de l’Algérie : capable du meilleur, mais prisonnier de ses dysfonctionnements.
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