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**Le théâtre des apparences : quand l’Algérie joue sa partition géopolitique**
Le 3 mai, jour de la liberté de la presse, le président Tebboune a livré un discours où l’absence de mots sur les journalistes emprisonnés ou les médias censurés en disait plus long que les formules creuses sur la « démocratie participative ». Cette omerta n’est pas un hasard : elle s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle de la narration nationale, où la presse algérienne, entre réélection de Walid Sadi à la tête de la Fédération algérienne de football (FAF) et organisation de tournois internationaux, devient un outil de soft power autant qu’un champ de bataille idéologique. Le football, ici, n’est pas qu’un sport : c’est une vitrine, un exutoire, et parfois un leurre. Comme le disait Vergès, « la justice est un théâtre » – en Algérie, c’est toute la société qui joue une pièce où les rôles sont distribués d’avance.
La géopolitique maghrébine, quant à elle, oscille entre deux récits : celui d’une Algérie résolument anti-impérialiste, qui dénonce les « complots français » et glorifie ses services de renseignement, et celui d’une realpolitik plus ambiguë, où les partenariats économiques avec le Royaume-Uni (agroalimentaire) ou la Chine (technologie) trahissent une dépendance structurelle. Boualem Sansal, présenté tour à tour comme un « héros » ou un « pantin », incarne cette schizophrénie : l’intellectuel dissident est toléré tant qu’il sert la propagande anti-française, mais devient gênant dès qu’il pointe les contradictions internes. L’Algérie, comme souvent, joue sur les deux tableaux – celui de la résistance et celui de l’insertion dans la mondialisation –, sans jamais trancher.
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**L’économie des hydrocarbures : le mirage qui cache la forêt**
Cette dépendance aux hydrocarbures est le fil rouge qui relie presque tous les domaines de l’actualité. Les universités algériennes, présentées comme des foyers d’innovation (victoire à Shenzhen, prix pour des chercheurs), restent largement financées par les recettes pétrolières. Le ministère de la Défense, qui ouvre les inscriptions aux écoles de l’ANP, dépend lui aussi de cette manne pour moderniser son arsenal. Même le sport, avec ses infrastructures diagnostiquées par une « cellule » ministérielle, est un sous-produit de cette économie rentière : les athlètes algériens brillent à l’étranger (comme Mohamed Harat, MVP à Paris), mais leur succès individuel ne doit pas faire oublier l’absence d’une politique sportive structurante, au-delà des coups médiatiques.
Frédéric Lordon dirait que l’Algérie est prise dans une « capture institutionnelle » : son État, ses élites et même une partie de sa société civile sont dépendants d’un système qui les dépasse. Le projet de loi de finances 2026, présenté comme un « tournant économique », risque fort d’être un ajustement cosmétique, tant que la logique rentière ne sera pas remise en cause. Le Sahara, transformé en champ de maïs, est un symbole : on tente de domestiquer le désert, mais c’est l’économie elle-même qui reste un désert de diversification.
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**La mémoire et l’oubli : quand l’histoire devient un champ de mines**
Cette crispation mémorielle n’est pas sans lien avec la question de la défense nationale. L’armée algérienne, présentée comme une institution moderne et souveraine, est en réalité l’héritière directe d’une histoire complexe, où se mêlent guerre d’indépendance, putschs des années 1990 et gestion sécuritaire du pouvoir. Les réflexions sur « l’armée de 2030 » et les menaces cyber (avec la ratification de la Convention de Malabo par le Bénin) montrent une prise de conscience des nouveaux enjeux, mais aussi une difficulté à sortir du paradigme militaire traditionnel. L’Algérie investit dans la cybersécurité, mais reste prisonnière d’une doctrine où la menace extérieure (la France, le Maroc, les « complots ») prime sur les défis internes.
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**Universités et innovation : le miroir aux alouettes ?**
Le paradoxe est saisissant : l’Algérie forme des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau, mais peine à les retenir ou à leur offrir des débouchés. Le « climat d’investissement » vanté par Ouadah à Kazan est une fiction tant que les entreprises locales restent dépendantes des importations et que l’administration étouffe l’initiative privée. L’innovation, en Algérie, est souvent une vitrine – comme ces universités qui brillent à l’étranger, mais peinent à transformer le pays.
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**Le sport comme exutoire : quand la gloire individuelle masque l’échec collectif**
Le ministre de la Jeunesse et des Sports, El Hadi Ould Ali, promet une « cellule de diagnostic » pour les infrastructures. Mais le problème est plus profond : le sport, en Algérie, est un outil de légitimation du pouvoir autant qu’un exutoire pour une jeunesse en mal de reconnaissance. Les tournois internationaux organisés en Algérie (comme celui annoncé pour 2024) sont des opérations de communication, pas des politiques sportives durables.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’avenir de l’Algérie se jouera sur sa capacité à sortir de cette schizophrénie. Trois scénarios se dessinent :
1. La fuite en avant : le pouvoir continue à miser sur la rente pétrolière et les discours souverainistes, sans réelles réformes. Les tensions sociales et économiques s’aggravent, avec un risque d’implosion à moyen terme.
2. La transition contrôlée : une élite réformiste, issue de l’armée ou de la technocratie, tente de diversifier l’économie et d’ouvrir le système politique, sans remettre en cause les équilibres de pouvoir. C’est le scénario le plus probable, mais aussi le plus fragile.
3. La rupture : une crise majeure (économique, sociale, ou géopolitique) force l’Algérie à repenser son modèle. Ce scénario, le plus incertain, pourrait mener à une démocratisation réelle… ou à un durcissement autoritaire.
Une chose est sûre : l’Algérie ne peut plus se contenter de jouer sur les apparences. Les contradictions qui traversent son actualité ne sont pas des accidents, mais les symptômes d’un système à bout de souffle. Comme le disait Steiner, « la culture est ce qui reste quand on a tout oublié » – en Algérie, ce qui reste, c’est une société en quête de sens, entre les rêves de grandeur et les réalités étouffantes. Le défi, pour les années à venir, sera de transformer ces rêves en projets concrets… avant que les fissures ne deviennent des abîmes.