Algérie lance Himayati pour protéger les femmes victimes de violence

En septembre 2025, le ministère algérien de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme a officiellement lancé la plateforme numérique Himayati, un dispositif destiné à offrir un soutien immédiat aux femmes victimes de violences. Ce projet, développé en collaboration avec des associations locales et des experts en protection sociale, marque une étape concrète dans la lutte contre les violences basées sur le genre en Algérie.

Un outil numérique pour briser l’isolement

Le lancement de Himayati intervient dans un contexte où les violences faites aux femmes restent un sujet sensible en Algérie. En 2023, le Réseau Wassila, une association algérienne de défense des droits des femmes, avait publié un rapport révélant que près de 60 % des victimes de violences conjugales ne portaient pas plainte, par peur des représailles ou par méconnaissance des recours possibles. La plateforme vise précisément à réduire ce phénomène en offrant un canal sécurisé et confidentiel.

Une réponse aux lacunes du système existant

D’après Salima Souakri, présidente de l’association Femmes Algériennes Revendiquant leurs Droits (FARD), interrogée par El Watan, la plateforme représente une avancée, mais son succès dépendra de sa promotion auprès du grand public. « Beaucoup de femmes ignorent encore l’existence de ces dispositifs. Il faut une campagne de sensibilisation massive, notamment dans les zones rurales où l’accès à internet reste limité », a-t-elle souligné.

Des défis techniques et culturels

Ensuite, le volet culturel reste un frein. Dans certaines régions, les violences conjugales sont encore perçues comme une affaire privée, et les victimes hésitent à solliciter de l’aide. Nadia Aït Zai, avocate et militante féministe, a déclaré à TSA que Himayati ne suffira pas à elle seule à changer les mentalités. « Il faut accompagner ce dispositif d’une éducation civique dès l’école, et renforcer les sanctions contre les auteurs de violences », a-t-elle plaidé.

Un modèle inspiré d’expériences étrangères

Le projet a également bénéficié du soutien technique de l’Union européenne, dans le cadre du programme Droits des femmes en Méditerranée. Ce partenariat a permis de former une centaine de professionnels, dont des psychologues, des juristes et des travailleurs sociaux, à l’utilisation de la plateforme.

Les prochaines étapes

Du côté des associations, l’accent est mis sur la formation des acteurs locaux. SOS Femmes en Détresse a annoncé qu’elle organiserait des ateliers dans plusieurs wilayas pour apprendre aux femmes à utiliser la plateforme et à reconnaître les signes de violence. « Notre objectif est que chaque femme en Algérie sache qu’elle n’est pas seule », a déclaré Fatiha Benbrahim, coordinatrice de l’association.

Himayati s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des services publics en Algérie. Si son impact dépendra de son adoption par les victimes et de la volonté politique de le soutenir, il représente une première étape tangible vers une meilleure protection des femmes. Reste à voir si les promesses seront suivies d’effets concrets sur le terrain.

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