Revue de presse : Élections Algérie, Relations Algérie France, Télécommunications Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres paradoxes**

L’Algérie contemporaine se présente comme un kaléidoscope de tensions résolues en apparence, mais dont les fissures trahissent une réalité bien plus complexe. Les actualités des dix derniers jours dessinent un pays en mouvement, où les avancées technologiques et les ambitions géopolitiques côtoient des crispations politiques, des vulnérabilités économiques et des menaces sécuritaires persistantes. Ce qui frappe, c’est l’absence de rupture : l’Algérie avance par ajustements, comme un funambule sur un fil tendu entre héritage révolutionnaire et impératifs de la mondialisation. Mais jusqu’à quand ce numéro d’équilibriste peut-il tenir sans chute ?

**La démocratie algérienne : un théâtre judiciaire ?**

Les réquisitions de dix ans de prison contre trois anciens candidats à la présidentielle – Belkacem Sahli, Saïda Neghza et Abdelhakim Hamadi – ne sont pas un simple fait divers judiciaire. Elles s’inscrivent dans une séquence politique où le pouvoir algérien, depuis 2019, a systématiquement verrouillé l’espace électoral au nom de la « stabilité ». Le Hirak, mouvement populaire qui avait ébranlé le système, a été neutralisé non par la répression frontale, mais par une combinaison de cooptation, de judiciarisation et de contrôle des médias. Ces condamnations rappellent que la démocratie algérienne reste un champ de bataille où les règles sont écrites par ceux qui détiennent le monopole de la violence légitime – au sens weberien du terme.

Pourtant, cette stratégie a un coût. En criminalisant l’opposition, le régime prend le risque de radicaliser une frange de la société, déjà frustrée par l’absence d’alternative politique. La question n’est plus de savoir si un nouveau soulèvement populaire est possible, mais quand et sous quelle forme. Les élections, vidées de leur substance, ne sont plus qu’un rituel de légitimation. Mais les rituels, lorsqu’ils deviennent trop prévisibles, finissent par perdre leur pouvoir apaisant.

**La France et l’Algérie : le retour des vieilles blessures**

La suspension par Emmanuel Macron de l’exemption de visa pour les passeports diplomatiques et officiels algériens est un coup de théâtre diplomatique qui révèle une vérité crue : les relations franco-algériennes restent prisonnières d’un passé qui ne passe pas. Officiellement, il s’agit d’une mesure de réciprocité après des « obstacles » mis par Alger à la délivrance de visas pour les Français. En réalité, c’est une nouvelle illustration de l’asymétrie des rapports entre les deux pays.

La France, malgré ses discours sur la « réconciliation mémorielle », continue de voir l’Algérie à travers le prisme de ses intérêts stratégiques : sécurité, énergie, influence en Afrique. L’Algérie, de son côté, joue la carte de la souveraineté retrouvée, mais sans rompre totalement avec l’ancienne puissance coloniale. Le square Port-Saïd, où les changes informels de devises s’intensifient avant l’Aïd, symbolise cette relation schizophrène : une économie parallèle qui prospère malgré – ou à cause de – les tensions officielles.

Macron, en politicien habile, sait que cette mesure est symbolique : elle satisfait une partie de l’électorat français tout en laissant la porte ouverte à des négociations discrètes. Mais elle rappelle aussi que la France n’a toujours pas accepté l’idée d’une Algérie pleinement souveraine, capable de dire « non » sans subir de représailles. Le vrai défi, pour les deux pays, serait de sortir de cette logique de chantage mutuel. Mais ni Paris ni Alger ne semblent prêts à ce saut qualitatif.

**La 5G et la finance islamique : les deux visages de la modernisation algérienne**

L’Algérie mise sur deux leviers pour se projeter dans l’avenir : les télécommunications et la finance islamique. La 5G, déployée par Ooredoo avec des investissements massifs (8,6 milliards de dinars au premier semestre 2025), est présentée comme un symbole de progrès. Pourtant, cette modernisation technologique contraste avec un environnement économique encore largement administré. Comment concilier une infrastructure numérique de pointe avec un secteur bancaire rigide, où la finance islamique elle-même peine à s’imposer malgré une « surliquidité croissante » ?

La finance islamique, souvent présentée comme une solution miracle pour capter les fonds des ménages algériens réticents aux banques conventionnelles, reste marginalisée. Le système bancaire algérien, dominé par des acteurs publics, est réticent à une libéralisation qui remettrait en cause son contrôle sur l’économie. Résultat : la surliquidité des banques islamiques (comme le souligne Chabane Assad) n’est pas réinvestie dans l’économie réelle, faute de mécanismes adaptés.

Cette contradiction illustre un problème plus large : l’Algérie veut moderniser son économie sans toucher aux structures de pouvoir qui la sous-tendent. La 5G et la finance islamique sont des outils, mais sans réforme profonde du système financier et administratif, ils ne seront que des vitrines sans impact réel sur la croissance.

**L’eau et la sécurité : les deux talons d’Achille de l’Algérie**

La question de l’eau est devenue un enjeu géopolitique majeur. Le démenti officiel concernant la menace des barrages marocains sur la sécurité hydrique algérienne est révélateur : Alger ne peut se permettre de reconnaître une vulnérabilité qui affaiblirait sa posture régionale. Pourtant, les études sur la variabilité climatique montrent que le stress hydrique est une réalité, aggravée par une gestion inefficace des ressources.

Cette fragilité se double d’une menace sécuritaire persistante. L’explosion d’une bombe artisanale dans l’Est, faisant cinq morts, rappelle que les groupes armés, bien que affaiblis, n’ont pas disparu. La réunion à Hassi Messaoud avec des experts de l’OTAN sur la sécurité des installations pétrolières confirme que l’Algérie reste une cible potentielle pour des attaques terroristes ou des sabotages.

Ces deux enjeux – eau et sécurité – sont liés. Un pays en stress hydrique est un pays vulnérable aux instabilités sociales. Et un pays où les groupes armés peuvent encore frapper est un pays où l’État ne contrôle pas totalement son territoire. L’Algérie a réussi à éviter le chaos des années 1990, mais elle n’est pas à l’abri d’une crise systémique si ces deux fronts ne sont pas mieux gérés.

**Logement et inflation : le miroir des inégalités algériennes**

Le succès du programme AADL 3 (logements sociaux) est une réussite indéniable, mais il cache une réalité plus sombre : l’inflation galopante, qui touche particulièrement les produits de première nécessité. L’ONS (Office national des statistiques) dresse un tableau inquiétant, où la hausse des prix érode le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires.

Le logement, en Algérie, est à la fois un outil de légitimation du pouvoir et un révélateur des inégalités. Les programmes AADL permettent au régime de montrer qu’il « fait quelque chose » pour les citoyens, mais ils ne résolvent pas le problème structurel du foncier et de la spéculation immobilière. Par ailleurs, la hausse du prix de l’or – valeur refuge en période d’incertitude – montre que les Algériens cherchent des alternatives pour protéger leur épargne, signe d’un manque de confiance dans le système bancaire et la monnaie nationale.

Cette situation crée une tension sociale latente. Le régime peut compter sur les subventions et les programmes sociaux pour apaiser les mécontentements, mais ces mesures ne sont pas durables. À long terme, l’Algérie devra choisir entre une libéralisation économique risquée et un maintien du statu quo, avec le danger d’une explosion sociale.

**Histoire et mémoire : l’Algérie face à son passé et à ses voisins**

La création d’une « Chaire Emir Abdelkader » à l’Université d’Oxford est un coup de maître symbolique. En associant son histoire à une figure de résistance et de tolérance, l’Algérie cherche à se positionner comme un acteur majeur de la diplomatie culturelle. Pourtant, cette stratégie se heurte à des réalités moins glorieuses : le boycott du vote à l’ONU sur le Sahara Occidental et les tensions avec le Maroc montrent que l’Algérie reste prisonnière de ses conflits régionaux.

La comparaison avec l’Italie, évoquée par Ginevra Latini, est intéressante : comme l’Italie, l’Algérie est un pays où l’histoire est à la fois une source de fierté et un fardeau. Mais contrairement à l’Italie, l’Algérie n’a pas encore fait le deuil de ses traumatismes coloniaux. La relation avec la France en est la preuve : malgré les discours sur la « réconciliation », les vieilles blessures continuent de saigner.

Cette incapacité à tourner la page pèse sur la politique étrangère algérienne. Tant que l’Algérie ne résoudra pas ses conflits mémoriels – avec la France, mais aussi avec le Maroc –, elle restera un acteur régional réactif plutôt que proactif.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2025 est un pays en équilibre précaire. Elle a évité les pièges des révolutions arabes et des effondrements économiques, mais elle reste vulnérable à plusieurs niveaux :

1. Politique : Le régime a verrouillé l’espace démocratique, mais au prix d’une radicalisation potentielle de l’opposition. La question n’est pas de savoir si un nouveau Hirak éclatera, mais quand et sous quelle forme.
2. Économique : La modernisation technologique et la finance islamique sont des avancées, mais sans réformes structurelles, elles resteront des vitrines sans impact réel.
3. Social : L’inflation et le chômage des jeunes menacent la stabilité. Les programmes sociaux peuvent temporiser, mais pas indéfiniment.
4. Sécurité : Les groupes armés sont affaiblis, mais pas éradiqués. Une crise hydrique ou économique pourrait leur redonner de l’oxygène.
5. Géopolitique : L’Algérie joue un rôle croissant en Afrique, mais ses tensions avec le Maroc et la France limitent son influence.

Trois scénarios pour l’avenir :

Le scénario optimiste : L’Algérie parvient à réformer son économie sans remettre en cause le pouvoir politique. Elle devient un hub technologique et financier pour l’Afrique, tout en maintenant sa stabilité sociale. Ce scénario suppose une ouverture contrôlée du système, ce qui est peu probable sans pression extérieure ou intérieure.
Le scénario réaliste : Le statu quo se maintient, avec des ajustements cosmétiques. L’Algérie évite les crises majeures, mais reste un pays de contradictions, où les avancées technologiques coexistent avec des archaïsmes politiques

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