La question de la candidature d’Abdelmadjid Tebboune à l’élection présidentielle algérienne, prévue pour décembre 2024, suscite des interrogations croissantes. Alors que les spéculations vont bon train depuis des mois, le chef de l’État n’a toujours pas officialisé sa décision, alimentant un débat sur les motivations de ce silence prolongé. Selon Jeune Afrique, qui a consacré un article à ce sujet début juillet, Tebboune attendrait le moment opportun pour se déclarer, une stratégie qui pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs politiques et institutionnels.
Un calendrier sous tension
L’élection présidentielle algérienne doit se tenir avant la fin de l’année, conformément à la Constitution. Pourtant, à moins de six mois du scrutin, aucun candidat n’a encore été formellement annoncé, à l’exception de quelques figures marginales ou issues de partis d’opposition. Le Front de libération nationale (FLN), parti historique au pouvoir, n’a pas non plus dévoilé son choix, bien qu’il ait été proclamé vainqueur des dernières législatives en 2021, selon France 24. Cette absence de clarté contraste avec les précédentes élections, où les candidats étaient connus plusieurs mois à l’avance.
Des raisons stratégiques
Plusieurs observateurs estiment que Tebboune retarde sa déclaration pour éviter une campagne électorale trop longue, qui pourrait exposer son bilan à des critiques. Orient XXI, dans une analyse publiée en juin, souligne que le président sortant mise sur une victoire par défaut, dans un contexte où l’opposition reste divisée et affaiblie. Le journal note également que Tebboune pourrait chercher à capitaliser sur les réalisations économiques récentes, comme la hausse des recettes pétrolières ou les projets d’infrastructures, pour consolider son image avant de se lancer.
Un paysage politique fragmenté
L’opposition, quant à elle, peine à se structurer. Aucun candidat crédible n’a émergé pour défier Tebboune, malgré les appels répétés à une alternance. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes (FFS), deux partis historiques, n’ont pas encore annoncé de stratégie claire. Cette situation renforce l’hypothèse d’une élection sans surprise, où Tebboune pourrait être réélu dès le premier tour, comme en 2019.
Les enjeux économiques en toile de fond
La stabilité économique est un argument central pour le pouvoir en place. Les recettes des hydrocarbures, qui représentent plus de 90 % des exportations algériennes, ont atteint des niveaux record en 2023, grâce à la hausse des prix du gaz et du pétrole. Cette manne financière a permis à l’État d’investir dans des projets comme l’autoroute Est-Ouest ou la modernisation des ports, des réalisations mises en avant par les médias publics. Cependant, des défis persistent, notamment le chômage des jeunes, qui dépasse les 20 %, et la dépendance aux importations alimentaires.
Les réactions de la société civile
Une partie de la société civile et des mouvements associatifs expriment leur mécontentement face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de transparence. Des collectifs comme « Nida 22 » ou « Hirak 2.0 » appellent à un boycott de l’élection, dénonçant un processus électoral verrouillé. Leurs revendications portent sur des réformes institutionnelles profondes, comme la limitation des mandats présidentiels ou l’indépendance de la justice, des sujets absents du débat public.
Les prochaines étapes
Selon les sources proches du palais d’El Mouradia, Tebboune pourrait officialiser sa candidature d’ici la fin du mois de juillet, après la fête de l’Indépendance. Cette annonce coïnciderait avec une série de mesures sociales, comme l’augmentation des salaires dans la fonction publique ou le lancement de nouveaux programmes de logements, destinées à renforcer son électorat. En attendant, les partis politiques et les médias algériens restent dans l’expectative, guettant le moindre signal.
Un scrutin sous haute surveillance
L’élection présidentielle sera scrutée de près par les partenaires internationaux de l’Algérie, notamment la France et l’Union européenne. La visite récente du ministre français Laurent Nuñez à Alger, rapportée par Sud Ouest, illustre l’importance des relations bilatérales, notamment dans les domaines énergétique et sécuritaire. Une réélection de Tebboune serait perçue comme un gage de stabilité pour ces partenaires, dans une région marquée par les tensions au Sahel et en Libye.
En l’absence d’alternative crédible, le scénario d’une reconduction de Tebboune semble le plus probable. Cependant, son retard à se déclarer pourrait aussi révéler des divisions au sein du pouvoir, ou une volonté de tester les réactions avant de s’engager pleinement. Quoi qu’il en soit, cette élection s’annonce comme un nouveau chapitre dans la vie politique algérienne, où les enjeux économiques et sociaux pèseront plus lourd que les promesses de changement.