—
**L’Algérie, ou l’art de la quadrature du cercle**
Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire, mais une radiographie des tensions qui traversent le pays. Car l’Algérie, aujourd’hui, est moins un État-nation qu’un État-entreprise : une entité qui gère ses citoyens comme des actionnaires passifs, ses ressources comme un portefeuille d’actifs, et ses crises comme des opportunités de recentrage autoritaire. Mais dans les interstices de ce modèle, des dynamiques souterraines émergent – des athlètes qui échappent au contrôle étatique, des citoyens qui bricolent des solutions face à la pénurie, des entrepreneurs qui contournent les rigidités bureaucratiques. La question n’est pas de savoir si ce système peut tenir, mais comment il se recomposera sous la pression de ses propres contradictions.
—
**LA RÉPRESSION COMME MODE DE GOUVERNANCE : L’ÉTAT CONTRE SES CANDIDATS**
Cette répression n’est pas isolée. Elle dialogue avec d’autres actualités :
– La sécurité des installations pétrolières (réunion avec des experts de l’Otan à Hassi Messaoud) révèle une obsession pour la stabilité des flux énergétiques, vitaux pour l’économie rentière. Or, qui dit stabilité dit contrôle – y compris sur les populations locales, souvent reléguées au rang de figurants dans leur propre territoire.
– Les condamnations des candidats s’inscrivent dans une stratégie plus large de dépolitisation de la société. En criminalisant l’engagement politique, l’État pousse les citoyens à se replier sur des sphères a priori moins dangereuses : le sport, le numérique, l’entrepreneuriat informel. D’où l’émergence de figures comme Mohamed Harat, MVP de basket, célébré comme un héros national – mais dont la gloire reste soigneusement encadrée par le ministère des Sports, qui annonce la création d’une « cellule de diagnostic des infrastructures ». Une manière élégante de dire : « Nous contrôlons l’excellence, pas vous. »
Le message est clair : l’Algérie n’a pas besoin de politiques, mais de technocrates et d’athlètes. La démocratie, ici, est un sport de combat – et l’État en est l’arbitre, le promoteur et le seul vainqueur autorisé.
—
**L’EAU, OU L’ART DE GÉRER LA RARETÉ SANS REMETTRE EN CAUSE LE MODÈLE**
Le fact checking sur les barrages marocains (qui ne menaceraient pas la sécurité hydrique algérienne) est révélateur. Il illustre une tendance lourde : la gestion de l’eau en Algérie est moins une question technique qu’une arme de communication. On minimise les risques pour éviter la panique, on met en avant des solutions ponctuelles (réparation des fuites) pour masquer l’absence de stratégie globale. Pourtant, les signaux d’alerte sont partout :
– Les céréales : L’Algérie mise sur le Sahara pour cultiver du maïs et réduire ses importations. Une initiative louable, mais qui repose sur une équation impossible : irriguer des terres arides dans un contexte de pénurie d’eau. Le Sahara n’est pas une solution ; c’est un pari désespéré, une fuite en avant qui rappelle les grands projets pharaoniques des années 1970.
– Les infrastructures : La SEAAL et Lydec (au Maroc) optimisent la distribution, mais ces efforts restent marginaux face à l’ampleur des défis. Que se passera-t-il quand les barrages seront à sec ? Quand les nappes salinisées ne pourront plus être exploitées ? L’Algérie, comme beaucoup de pays du Sud, est en train de vivre ce que Frédéric Lordon appelle « la crise de la dette écologique » – une dette qu’elle rembourse en puisant dans ses réserves naturelles, sans jamais questionner le modèle de développement qui l’a engendrée.
La gestion de l’eau, en Algérie, est le miroir grossissant de toutes les contradictions du pays : on gère la rareté, mais on refuse d’en interroger les causes. Résultat ? Une société qui s’adapte à la pénurie plutôt que de la combattre, où les citoyens développent des stratégies de contournement (forages illégaux, récupération d’eau de pluie) tandis que l’État se contente de communiquer sur ses « succès ».
—
**ÉNERGIE ET NUMÉRIQUE : L’ALGÉRIE ENTRE OUVERTURE ET PARANOÏA**
La réponse tient en un mot : souveraineté. L’Algérie veut attirer les capitaux étrangers, mais à condition qu’ils ne menacent pas son contrôle sur la société. D’où cette schizophrénie :
– Côté énergie : Ouverture aux investisseurs (surtout chinois et européens), mais sous haute surveillance. Les réunions avec l’Otan sur la sécurité des installations pétrolières montrent que l’État algérien ne lâchera jamais le contrôle de sa rente énergétique. Le gaz et le pétrole sont des leviers géopolitiques (vis-à-vis de l’Europe, de la Russie, de la Chine) et des outils de légitimation interne. Les céder, même partiellement, serait un suicide politique.
– Côté numérique : Méfiance extrême. Le pays est un acteur majeur de la cybersurveillance en Afrique, comme le révèle l’enquête sur les logiciels espions. Pourquoi ? Parce que le numérique est perçu comme un espace de subversion potentielle. Les réseaux sociaux ont été un catalyseur du Hirak ; l’État algérien a retenu la leçon. D’où cette obsession du contrôle : mieux vaut exporter des outils de surveillance que de risquer une nouvelle révolte 2.0.
Cette dichotomie entre ouverture économique et verrouillage politique n’est pas propre à l’Algérie. On la retrouve en Chine, en Russie, ou même dans certains pays du Golfe. Mais en Algérie, elle prend une dimension particulière, car le pays est à la fois un géant énergétique et un nain numérique. Son PIB dépend à 90% des hydrocarbures, mais son secteur tech reste embryonnaire, malgré les discours sur la « révolution digitale ». Résultat : l’Algérie attire des investisseurs étrangers pour ses ressources, mais peine à développer une économie de la connaissance qui lui permettrait de s’affranchir de la rente.
—
**LE CORPS SOCIAL COMME TERRAIN DE LUTTE : SANTÉ, SPORT ET DÉCHETS**
**La santé : entre dialogue social et dépendance étrangère**
**Le sport : l’exception qui confirme la règle**
Pourtant, le sport algérien est lui aussi en crise :
– Infrastructures défaillantes : Le ministère des Sports annonce une « cellule de diagnostic » pour évaluer les équipements. Traduction : les stades et salles de sport sont dans un état déplorable, et l’État cherche des boucs émissaires (les collectivités locales ? les clubs ?)