Revue de presse : Élections Algérie, Travaux publics Algérie, 5G Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : entre modernisation autoritaire et résistances organiques**

L’Algérie contemporaine se présente comme un laboratoire des tensions qui traversent les États postcoloniaux en quête d’un nouveau récit. Les actualités des dix derniers jours, loin d’être des faits épars, dessinent une cartographie des forces en présence : un pouvoir central qui cherche à consolider son emprise par des projets pharaoniques tout en luttant contre des ingérences extérieures ; une société civile qui, malgré la répression, invente des formes de résilience culturelle et économique ; et des partenaires étrangers (Chine, Russie, États-Unis, Corée du Sud) qui jouent une partition géopolitique où l’Algérie n’est plus un simple pion, mais un terrain de compétition.

Ce qui frappe, c’est la coexistence de dynamiques apparemment contradictoires : une transition énergétique annoncée sous l’œil du FMI, mais une dépendance persistante aux hydrocarbures ; des infrastructures de transport modernisées, mais une mobilité urbaine toujours chaotique ; une jeunesse entrepreneuriale connectée, mais un écosystème financier verrouillé ; une histoire nationale réappropriée, mais une mémoire coloniale instrumentalisée. Derrière ces paradoxes se cache une question centrale : l’Algérie est-elle en train de construire une souveraineté réelle ou une souveraineté de façade, où les symboles (métro, 5G, zones industrielles) masquent une dépendance structurelle ?

**La souveraineté en question : entre ingérences étrangères et résistance numérique**

**Élections et guerre de l’information : le soft power russe et chinois en Algérie**

Pourtant, cette menace extérieure pourrait jouer en faveur du pouvoir. En brandissant le spectre de l’ingérence, l’État algérien justifie un durcissement du contrôle sur l’espace médiatique, déjà très restreint. La question n’est pas tant de savoir si ces sites sont réellement dangereux, mais de comprendre comment le régime utilise cette menace pour consolider son monopole sur le récit national. Dans ce jeu, les médias indépendants et les voix critiques deviennent des « ennemis de l’intérieur », complices supposés des puissances étrangères.

Cette dynamique rappelle les stratégies de légitimation des régimes autoritaires, analysées par Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme : la création d’un ennemi extérieur permet de resserrer les rangs et de justifier la répression. Mais elle révèle aussi une faille : si l’Algérie était réellement souveraine, ces tentatives d’ingérence seraient inefficaces. Or, leur existence même prouve que le pays reste perméable aux influences extérieures, y compris dans des domaines aussi sensibles que les élections.

**Infrastructures : le mirage de la modernité ou la matérialisation d’un nouveau pacte social ?**

**Transports et mobilité : entre progrès technique et colère sociale**

La revalorisation tarifaire des transports publics, si elle est nécessaire pour assurer la pérennité du service, risque de toucher une population déjà fragilisée par l’inflation. L’Algérie, malgré ses ressources, reste un pays où une partie importante de la population vit dans une précarité structurelle. Les infrastructures modernes, si elles améliorent la mobilité, ne résolvent pas le problème de fond : celui d’une économie qui peine à créer des emplois stables et à redistribuer les richesses.

Cette contradiction entre modernisation technique et stagnation sociale rappelle les analyses de Frédéric Lordon sur les « promesses non tenues » du capitalisme. Les grands projets (métro, zones industrielles, 5G) sont des vitrines, mais ils ne suffisent pas à transformer les rapports de production. Pire, ils peuvent creuser les inégalités en favorisant une minorité connectée et mobile, tandis que la majorité reste cantonnée à des emplois informels ou sous-payés.

**Culture et identité : la musique comme espace de résistance et de réinvention**

**Gnawa, électro et diaspora : quand la musique algérienne réinvente ses racines**

Le gnawa, musique des descendants d’esclaves africains, a longtemps été marginalisé dans le récit national algérien, dominé par l’arabo-islamisme. Son retour en force, notamment grâce à des artistes comme Samifati ou le groupe Gnawa Diffusion, est un acte politique. Il rappelle que l’Algérie est un carrefour de cultures (berbère, africaine, arabe, méditerranéenne) et que son identité ne peut être réduite à une seule narration.

Cette effervescence musicale est aussi un marqueur de la vitalité de la diaspora. Les artistes franco-algériens, comme Abdelkader Ghezzal (qui porte à nouveau le maillot des Verts), jouent un rôle clé dans cette réinvention. Ils incarnent une Algérie déterritorialisée, connectée aux réseaux globaux tout en restant ancrée dans ses racines.

Pourtant, cette créativité culturelle se heurte à un État qui, s’il tolère ces expressions, les instrumentalise souvent à des fins de soft power. Le risque est que la musique devienne un simple produit d’exportation, vidé de sa dimension subversive. Comme le soulignait Edward Said, la culture est un champ de bataille où se jouent les rapports de pouvoir. En Algérie, elle reste l’un des rares espaces où une forme de liberté est encore possible.

**Économie : entre dépendance aux hydrocarbures et velléités de diversification**

**Hydrocarbures, FMI et zones industrielles : l’Algérie piégée par son modèle rentier**

Les projets de zones industrielles, comme celle de Nouaceur, ou les partenariats avec des géants chinois, laissent entrevoir une volonté de diversification. Mais ces initiatives se heurtent à deux obstacles majeurs :
1. La dépendance aux hydrocarbures : Malgré les discours sur la transition énergétique, l’Algérie continue de tirer l’essentiel de ses revenus de l’exportation de gaz et de pétrole. Les réformes annoncées (comme la libéralisation partielle du secteur) visent davantage à attirer des capitaux qu’à transformer en profondeur l’économie.
2. Le verrouillage politique et bureaucratique : L’Algérie reste un pays où l’accès aux marchés est souvent conditionné par des réseaux de clientélisme. Les entrepreneurs locaux, comme ceux évoqués dans les articles sur l’entrepreneuriat, peinent à trouver des financements et à se développer en dehors des circuits informels.

Cette situation rappelle les analyses de l’économiste algérien Abdelkader Sid Ahmed, qui soulignait dès les années 1990 que l’Algérie souffrait d’un « syndrome hollandais » : une économie dépendante des ressources naturelles, où les autres secteurs (industrie, agriculture, services) restent sous-développés.

**Histoire et mémoire : l’Algérie face à son passé colonial et impérial**

**Constantine, Cirta et Carthage : réécrire l’histoire pour légitimer le présent**

Cette réappropriation de l’histoire n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de construction d’une identité algérienne postcoloniale, où la période précoloniale (berbère, romaine, byzantine) est mise en avant pour contrer l’héritage français. Pourtant, cette démarche comporte des risques :
L’instrumentalisation politique : L’histoire devient un outil de légitimation du pouvoir en place. En exaltant les figures impériales (comme celles de la période romaine), le régime algérien cherche à s’inscrire dans une lignée de « grands dirigeants », tout en occultant les fractures sociales contemporaines.
L’occultation des mémoires marginalisées : En se focalisant sur l’héritage berbère ou romain, l’Algérie risque de négliger d’autres pans de son histoire, comme la traite transsaharienne ou les luttes des femmes et des classes populaires.

Comme le notait l’historien Benjamin Stora, la mémoire algérienne est un champ miné, où chaque récit est porteur de conflits. La question n’est pas tant de savoir quelle histoire raconter, mais qui a le droit de la raconter – et dans quel but.

**Prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2026 se trouve à un moment charnière. Plusieurs scénarios se dessinent, sans qu’aucun ne soit certain :

**1. Le scénario de la "souveraineté contrôlée"**

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