Revue de presse : Droits humains Algérie, Solaire Algérie, Relations Algérie Tunisie…

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux récits : celui d’une nation en marche vers la modernité énergétique et économique, et celui d’un État aux prises avec ses démons historiques, ses contradictions sociales et ses fragilités géopolitiques. Les dix fils d’actualité qui traversent ce pays en ce début d’année 2024 ne sont pas des événements isolés, mais les symptômes d’une même équation complexe. Comment concilier l’ambition d’une transition solaire ambitieuse avec les expulsions de réfugiés ? Comment célébrer le made in Algeria tout en laissant s’échapper les cerveaux qui pourraient le porter ? Comment incarner une diplomatie africaine souveraine alors que la coopération militaire avec le Mali se heurte aux réalités du terrain ? Ces questions ne sont pas rhétoriques : elles structurent le présent algérien, où chaque avancée semble se payer d’un recul, où chaque lumière projette une ombre plus longue.

**LA DOUBLE FACE DE LA SOUVERAINETÉ : ÉNERGIE, DIPLOMATIE ET HUMANITAIRE**

L’Algérie se présente comme un géant énergétique en devenir. Les annonces de méga-centrales solaires à Tébessa et Laghouat, ou encore l’expérience pilote de Hassi R’Mel, dessinent le portrait d’un pays déterminé à devenir un leader méditerranéen des énergies renouvelables. Pourtant, cette ambition se heurte à deux réalités brutales : d’une part, la persistance d’un modèle économique dépendant des hydrocarbures (dont les revenus financent ces mêmes projets solaires), d’autre part, une politique migratoire qui contredit frontalement l’image d’une Algérie ouverte et progressiste.

Les expulsions de réfugiés nigériens, abandonnés à leur sort dans le désert, ou le retour forcé d’un opposant politique tunisien, constituent des violations flagrantes du droit international. Ces actes ne sont pas anodins : ils révèlent une schizophrénie étatique où la souveraineté se décline en deux versions. La première, économique et technologique, est celle des discours officiels, des partenariats internationaux et des investissements pharaoniques. La seconde, sécuritaire et répressive, est celle des frontières fermées, des opposants traqués et des migrants traités comme des variables d’ajustement. Cette dichotomie n’est pas propre à l’Algérie – elle est le propre de tous les États qui, comme le disait Frédéric Lordon, oscillent entre la puissance et la violence légitime. Mais en Algérie, elle prend une dimension particulière, car elle s’inscrit dans une histoire postcoloniale où la souveraineté a toujours été à la fois un objectif et un combat.

La diplomatie algérienne, quant à elle, tente de naviguer entre ces écueils. La reprise de la coopération militaire avec le Mali, après des années de tensions, pourrait être lue comme un retour en grâce de l’Algérie dans le Sahel. Pourtant, son absence au G5 Sahel et les passes d’armes avec Bamako trahissent une influence en demi-teinte. L’Algérie veut jouer les médiateurs, mais elle reste prisonnière de son propre récit : celui d’un pays qui se méfie des ingérences étrangères (surtout françaises) tout en étant incapable de proposer un modèle alternatif crédible. Son soft power, autrefois porté par le FLN et la révolution, s’est érodé. Aujourd’hui, son influence repose davantage sur des calculs géopolitiques que sur une vision stratégique. Et c’est là que le bât blesse : dans un Sahel en feu, où la Russie et la Turquie avancent leurs pions, l’Algérie peine à incarner une troisième voie.

**LE FOOTBALL, MIROIR DES FRACTURES SOCIALES**

Le football algérien est un cas d’école en matière de contradictions nationales. D’un côté, l’équipe nationale, composée en grande partie de joueurs issus de la diaspora, incarne le rêve d’une Algérie unie, transcendée par le talent de ses enfants, où qu’ils soient nés. De l’autre, les déclarations de Stanislas Frenkiel sur la « dépendance sportive de la France » rappellent une réalité moins glorieuse : celle d’un pays qui, faute d’avoir su retenir ou former ses élites, doit compter sur ses expatriés pour briller.

Cette dépendance n’est pas que sportive. Elle est économique, culturelle, voire existentielle. La diaspora algérienne, dont on parle peu sauf pour déplorer son exode, est à la fois une soupape de sécurité (par les transferts d’argent) et un aveu d’échec (par la fuite des compétences). L’ouverture exceptionnelle de la frontière avec le Maroc, si elle a été saluée, reste un geste symbolique dans un contexte de tensions persistantes. Comment endiguer cet exode des cerveaux ? La question n’est pas nouvelle, mais les réponses, elles, brillent par leur absence. L’Algérie forme des ingénieurs, des médecins, des chercheurs, pour les voir partir vers l’Europe ou le Canada, faute de perspectives locales. Le made in Algeria, célébré dans les discours, se heurte à cette réalité : un pays qui consomme plus qu’il ne produit, qui importe plus qu’il n’exporte, et dont les élites économiques sont souvent plus à l’aise à Paris ou à Dubaï qu’à Alger.

Le football, lui, est un révélateur de cette schizophrénie. Les joueurs de l’équipe nationale, souvent nés en France, sont acclamés comme des héros lorsqu’ils portent le maillot vert. Mais dans le même temps, les stades algériens se vident, les clubs locaux peinent à rivaliser avec leurs homologues européens, et le championnat national est miné par des problèmes de gouvernance. L’Algérie aime son équipe nationale, mais elle méprise son football local. Cette dichotomie en dit long sur une société qui idéalise son passé (la révolution, l’indépendance) tout en étant incapable de construire un avenir désirable pour ses enfants.

**BOURSE, PHARMACIE ET L’ÉCONOMIE DE LA DÉPENDANCE**

La Bourse d’Alger est un autre symptôme de cette économie à deux vitesses. Le CPA, l’une des rares entreprises cotées, s’échange sous son cours d’introduction, signe d’un manque de confiance des investisseurs. Air Algérie, quant à elle, figure parmi les compagnies les plus en retard en France – un comble pour une compagnie nationale qui se veut le fleuron du transport aérien maghrébin. Ces indicateurs ne sont pas anodins : ils reflètent une économie algérienne qui, malgré ses ressources naturelles, peine à se diversifier et à attirer les capitaux.

Le secteur pharmaceutique illustre cette dépendance de manière encore plus criante. Alors que la France impose des obligations strictes aux laboratoires pour éviter les pénuries de médicaments, l’Algérie, elle, reste largement tributaire des importations. La coopération internationale en santé est présentée comme une solution, mais elle ne fait que masquer l’absence d’une véritable industrie locale. Pourtant, le pays dispose des compétences pour développer sa propre production – encore faudrait-il que l’État en fasse une priorité. Au lieu de cela, on se contente de gérer les pénuries au coup par coup, sans vision à long terme.

Cette économie de la dépendance n’est pas une fatalité, mais elle est le résultat de choix politiques. L’Algérie a les moyens de ses ambitions : des ressources naturelles, une jeunesse éduquée, une diaspora dynamique. Mais elle reste prisonnière d’un modèle rentier, où l’État redistribue les revenus pétroliers sans investir dans les infrastructures ou l’innovation. Le solaire, présenté comme une révolution, n’est qu’un pansement sur une économie malade. Tant que l’Algérie ne rompra pas avec cette logique, elle restera condamnée à osciller entre les promesses et les échecs.

**HISTOIRE, MÉMOIRE ET L’HÉRITAGE ENCOMBRANT**

L’histoire algérienne, enfin, est un champ de mines où chaque pas peut déclencher une explosion. La dénonciation par l’Assemblée nationale française de l’accord franco-algérien de 1968 sur les travailleurs immigrés a ravivé les tensions mémorielles. Cet accord, qui permettait aux Algériens de travailler en France sans visa, était à la fois une victoire (la reconnaissance d’un droit) et une humiliation (la preuve d’une dépendance économique). Sa dénonciation unilatérale par Paris est perçue en Algérie comme une nouvelle manifestation de l’arrogance française – une arrogance qui, comme le rappelait Jacques Vergès, est toujours là, tapie derrière les discours sur la « coopération » et la « réconciliation ».

Mais l’Algérie, elle aussi, a ses propres comptes à régler avec son histoire. La question des pieds-noirs, souvent réduite à une opposition binaire (victimes ou colons), est un sujet tabou. Pourtant, leur héritage culturel, architectural et économique est indéniable. Le Mucem de Marseille, cité dans les actualités, est un exemple de cette mémoire partagée, mais conflictuelle. En Algérie, on préfère souvent occulter cette histoire, comme si reconnaître l’apport des pieds-noirs revenait à nier les crimes de la colonisation. Cette amnésie sélective est dangereuse : elle empêche une véritable réconciliation avec le passé et, partant, avec la France.

L’histoire, en Algérie, n’est pas un sujet académique. Elle est un enjeu politique, un outil de légitimation, une arme. Le régime actuel s’appuie sur le récit de la révolution pour justifier son pouvoir, tout en effaçant les pages moins glorieuses (la guerre civile des années 1990, la répression des opposants). Cette instrumentalisation de la mémoire est un frein à la construction d’une identité nationale apaisée. Tant que l’Algérie ne fera pas le deuil de ses traumatismes, elle restera prisonnière de son passé.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : VERS UNE ALGÉRIE À DEUX VITESSES ?**

L’Algérie de 2024 est un pays en équilibre instable, tiraillé entre des forces contraires. D’un côté, une volonté affichée de modernisation : transition énergétique, développement économique, diplomatie africaine. De l’autre, des pesanteurs historiques, des blocages structurels et une gouvernance souvent opaque. Cette tension n’est pas près de se résoudre, car elle est au cœur même du modèle algérien.

À court terme, l’Algérie peut continuer à jouer sur les deux tableaux : profiter de ses ressources pour financer des projets ambitieux tout en maintenant un contrôle strict sur la société. Mais cette stratégie a ses limites. À moyen terme, deux scénarios se dessinent.

Le premier est celui d’une Algérie à deux vitesses : une élite connectée, formée à l’étranger, qui profite des opportunités économiques, et une majorité de la population laissée pour compte, condamnée à l’exode ou à la précarité. Ce scénario, déjà à l’œuvre, est celui d’une société fracturée, où les inégalités se creusent et où la colère sociale gronde.

Le second scénario est celui d

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