Revue de presse : Diplomatie algérienne, Industrie Algérie, Internet Algérie…

L’Algérie se déploie aujourd’hui comme un pays en tension permanente entre deux forces : une volonté farouche d’affirmer sa souveraineté dans un monde multipolaire chaotique, et l’inertie d’un système économique et politique qui peine à se réinventer. Les actualités de ces derniers jours dessinent une carte où se superposent les ambitions géopolitiques, les fragilités structurelles et les espoirs d’une jeunesse en quête de nouveaux récits. Ce qui frappe, c’est l’absence de hasard dans ces développements. Derrière la diversité des thèmes – diplomatie, industrie, sécurité, environnement – se cache une logique implacable : celle d’un État qui cherche à sécuriser ses marges de manœuvre tout en évitant les ruptures brutales. Mais cette stratégie de l’équilibre recèle des contradictions si profondes qu’elles pourraient, à terme, menacer la cohésion même du projet national.

**LA DIPLOMATIE COMME ARME DE SOUVERAINETÉ : ENTRE ALLIANCES TACTIQUES ET ISOLEMENT STRATÉGIQUE**

L’Algérie déploie une diplomatie active, presque frénétique, comme si elle pressentait l’urgence de se positionner avant que le monde ne se reconfigure définitivement. La conférence sur la Zlecaf (Zone de libre-échange continentale africaine) à Alger, les accords avec Oman, ou encore l’escale du destroyer russe Admiral Grigorovich à Oran ne sont pas des événements isolés. Ils s’inscrivent dans une logique de diversification des partenariats, où Moscou, Pékin et les pays du Golfe jouent un rôle croissant, tandis que les relations avec l’Occident – notamment la France et les États-Unis – restent marquées par une méfiance réciproque.

Pourtant, cette diplomatie de la multipolarité bute sur deux écueils majeurs. D’abord, l’Algérie reste prisonnière de son propre récit : elle se présente comme un acteur neutre et stabilisateur, mais ses prises de position récentes (soutien à la Russie en Ukraine, hostilité affichée envers le Maroc, silence sur les crises régionales comme le Soudan ou le Sahel) la placent dans une position de plus en plus inconfortable. Ensuite, ses alliances sont fragiles : la Russie, en pleine guerre d’usure, n’a pas les moyens de ses ambitions africaines ; la Chine, malgré ses investissements, reste un partenaire transactionnel ; quant aux pays du Golfe, leur soutien est conditionné à des contreparties énergétiques et sécuritaires.

Le paradoxe est saisissant : l’Algérie veut incarner une troisième voie entre l’Occident et les puissances émergentes, mais elle se retrouve coincée dans une realpolitik qui la pousse à choisir son camp. La visite du ministre des Affaires étrangères Attaf, refusant « la fatalité » des crises régionales, sonne comme un aveu d’impuissance. Comment prétendre jouer les médiateurs quand on est perçu comme un acteur partial ?

**L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE : ENTRE DIVERSIFICATION DE FAÇADE ET DÉPENDANCE AUX HYDROCARBURES**

Les titres économiques récents sont à la fois encourageants et trompeurs. « L’Algérie moteur de la croissance au Maghreb en 2024 », « La croissance accélère grâce aux secteurs non pétroliers » : ces annonces masquent une réalité plus crue. Oui, l’agriculture, le BTP et les services progressent, mais l’économie algérienne reste structurellement dépendante des hydrocarbures, qui représentent encore 90% des exportations. Le pays figure parmi les « rois du pétrole » en 2024, mais cette couronne est un piège : les cours fluctuants, la transition énergétique mondiale et la concurrence des énergies renouvelables menacent à moyen terme le modèle algérien.

Les startups et l’innovation, présentées comme les nouveaux leviers de croissance, peinent à émerger. La 5e édition de l’Algeria Start-up Challenge a mis en lumière les talents locaux, mais aussi les obstacles : bureaucratie étouffante, manque de financement, fuite des cerveaux. Yacine Oualid, ministre de l’Économie de la connaissance, parle de « permettre aux talents de réussir en Algérie » – mais comment, quand le système bancaire reste verrouillé, que les investissements étrangers sont freinés par des lois protectionnistes, et que l’administration considère l’innovation comme une menace plutôt qu’une opportunité ?

La coopération algéro-coréenne dans le numérique et l’agriculture est un signe positif, mais elle reste marginale. L’Algérie a besoin d’un choc de compétitivité, pas de projets pilotes. Or, le pays semble incapable de sortir de sa logique rentière : les recettes pétrolières financent des subventions sociales et des grands projets (autoroutes, barrages, logements), mais sans créer un écosystème productif durable. Le résultat ? Une croissance artificielle, portée par la demande intérieure, mais une économie qui reste vulnérable aux chocs externes.

**SÉCURITÉ ET DÉFENSE : L’OMBRE DE LA FRAGMENTATION**

La sécurité est le miroir grossissant des tensions internes algériennes. Les annonces récentes – élimination de trafiquants marocains à la frontière, mobilisation des forces de sécurité face aux revendications kabyles, menaces sahéliennes – révèlent une double obsession : contrôler les marges et étouffer toute velléité de contestation.

La frontière algéro-marocaine est devenue un théâtre d’affrontements indirects. L’Algérie accuse le Maroc de soutenir des groupes armés et de faciliter le trafic de drogue, tandis que Rabat dénonce une « paranoïa algérienne ». Cette guerre des récits cache une réalité plus inquiétante : l’Algérie, qui a longtemps joué les gendarmes du Sahel, voit son influence s’effriter. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso se tournent vers la Russie et le groupe Wagner, tandis que l’Algérie, malgré ses moyens militaires colossaux, peine à peser sur les équilibres régionaux.

Plus préoccupant encore : la question kabyle. La mobilisation des forces de sécurité contre le mouvement indépendantiste du MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) montre que l’État algérien considère toute revendication identitaire comme une menace existentielle. Mais en muselant les voix dissidentes, il prend le risque de radicaliser une partie de la population. La Kabylie, historiquement rebelle, pourrait devenir un foyer de tensions permanentes si le pouvoir persiste dans sa logique répressive.

Enfin, la stabilité du Sahel est un enjeu vital pour l’Algérie. Les groupes jihadistes, bien que affaiblis, restent actifs, et la porosité des frontières avec le Mali et la Libye expose le pays à des infiltrations. L’Algérie joue la carte de la fermeté (opérations militaires, surveillance accrue), mais elle refuse toute coopération avec les régimes putschistes du Sahel, ce qui limite son influence. Résultat : elle se retrouve isolée dans son propre pré carré.

**ENVIRONNEMENT : L’ÉCOLOGIE COMME ALIBI, PAS COMME PRIORITÉ**

L’Algérie a ratifié des accords internationaux sur le climat, interdit les sacs plastiques à usage unique, et multiplie les déclarations sur la transition énergétique. Pourtant, son modèle de développement reste profondément anti-écologique. Les projets de désalinisation d’eau de mer, les centrales solaires et les fermes éoliennes sont des avancées, mais elles restent marginales face à l’ampleur des défis : pollution industrielle, gestion catastrophique des déchets, surexploitation des nappes phréatiques.

Le plastique est un cas d’école. L’Algérie a interdit les sacs plastiques en 2021, mais la mesure est largement contournée, faute de contrôles et d’alternatives viables. Les cotons-tiges en plastique, interdits en Europe depuis 2020, continuent d’être utilisés massivement. L’écologie en Algérie est un sujet de communication, pas de transformation structurelle.

Pourtant, le pays a un potentiel énorme : ensoleillement exceptionnel, terres agricoles sous-exploitées, ressources minières. Mais tant que l’économie dépendra des hydrocarbures, la transition écologique restera un vœu pieux. Pire : l’Algérie pourrait devenir une victime collatérale de la guerre des déchets. L’UE renforce ses contrôles sur les exportations illégales, mais des pays comme la Turquie ou la Malaisie deviennent des décharges pour les plastiques européens. L’Algérie, avec ses ports et ses frontières poreuses, est une cible potentielle pour ces trafics.

**FINANCE ISLAMIQUE : ENTRE INNOVATION FINANCIÈRE ET INSTRUMENTALISATION POLITIQUE**

La finance islamique est présentée comme une solution miracle pour attirer les investissements du Golfe et contourner les sanctions occidentales. Le partenariat entre la Banque islamique de développement et le Partenariat mondial pour l’éducation est un exemple de cette stratégie. Mais derrière les discours sur l’éthique et la solidarité, se cache une réalité plus cynique : la finance islamique est aussi un outil de soft power.

L’Algérie, comme d’autres pays africains, est courtisée par les monarchies du Golfe, qui voient dans la finance halal un moyen de promouvoir leur vision de l’islam (wahhabisme, salafisme) tout en sécurisant des marchés. Le risque ? Que l’Algérie devienne dépendante des capitaux saoudiens ou qataris, avec des contreparties idéologiques.

Par ailleurs, la finance islamique en Algérie reste embryonnaire. Les banques conventionnelles dominent le marché, et les produits halal (sukuk, takaful) peinent à décoller. Le pays a besoin d’un cadre juridique clair et d’une véritable volonté politique pour faire de ce secteur un levier de développement. Pour l’instant, c’est surtout un argument marketing pour séduire les investisseurs du Golfe.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**

L’Algérie se trouve aujourd’hui face à trois scénarios possibles, chacun porteur de risques et d’opportunités.

**1. Le scénario de la continuité : l’immobilisme rentier**

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