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L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un État rentier, les aspirations d’une jeunesse désœuvrée et les stratégies d’une diaspora en quête de légitimité. Les actualités des dix derniers jours dessinent une cartographie où chaque domaine – de l’économie à la culture, en passant par le sport et l’environnement – révèle les mêmes tensions : entre souveraineté affichée et dépendances structurelles, entre modernisation autoritaire et résilience populaire, entre le rêve d’une Algérie puissance régionale et la réalité d’un pays encore prisonnier de ses propres contradictions. Ces fils rouges, loin d’être parallèles, s’entrelacent pour former une toile où se joue l’avenir du pays. Examinons-les sans complaisance, mais avec la rigueur d’un scalpel analytique.
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**La diaspora, ou l’illusion du retour productif**
La diaspora algérienne, estimée à plus de six millions d’individus, est devenue un enjeu politique et économique majeur. Les récentes initiatives du ministre du Tourisme, Sofiane Chaib, pour mobiliser les compétences médicales et entrepreneuriales de l’étranger s’inscrivent dans une stratégie plus large : transformer cette force en levier de développement. Pourtant, cette dynamique pose une question fondamentale : la diaspora est-elle un remède à la fuite des cerveaux, ou un symptôme de l’échec des politiques nationales ?
Les « 72 heures d’entrepreneuriat » organisées avec la diaspora ressemblent à une opération de nation branding : on invite les Algériens de l’étranger à investir, à former, à innover, mais sans jamais leur offrir les garanties institutionnelles qui feraient d’eux des acteurs durables. Le paradoxe est cruel : l’Algérie a besoin de ses enfants expatriés pour combler ses lacunes, mais elle refuse de leur accorder une véritable place dans le jeu politique. Comment expliquer que la diaspora, si courtisée pour ses capitaux et ses compétences, reste exclue du débat public ? La réponse tient en un mot : méfiance. L’État algérien, héritier d’une tradition jacobine, voit dans la diaspora une menace potentielle – celle d’une citoyenneté transnationale qui échapperait à son contrôle.
Cette méfiance se double d’une hypocrisie économique. Les transferts de fonds de la diaspora (plus de 2 milliards de dollars par an) sont une bouffée d’oxygène pour les réserves de change, mais ils ne sont jamais accompagnés d’une politique d’investissement structurante. On encourage les Algériens de l’étranger à créer des PME, mais sans leur offrir un cadre fiscal attractif, ni une protection contre la bureaucratie. Résultat : les projets meurent souvent dans l’œuf, ou se limitent à des niches (restauration, import-export) qui ne transforment pas l’économie réelle.
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**Le mirage de la diversification économique : l’exemple des importations**
La visite de la Première ministre italienne en Algérie, prévue pour le 25 mars 2026, s’inscrit dans une logique de partenariats énergétiques et industriels. Mais elle révèle aussi l’une des grandes fictions de l’économie algérienne : la diversification. Depuis des décennies, les discours officiels promettent une sortie de la dépendance aux hydrocarbures, mais les faits contredisent ces proclamations. Les importations restent le talon d’Achille du pays.
L’Algérie importe massivement des biens de consommation (voitures, médicaments, produits alimentaires), mais aussi des technologies et des services. Le rapport sur le marché du saumon fumé – aussi anecdotique qu’il paraisse – est révélateur : même dans les secteurs les plus basiques, l’Algérie dépend de l’extérieur. Pourquoi ? Parce que son modèle économique repose sur une rente pétrolière redistribuée via des subventions et des emplois publics, sans jamais créer les conditions d’une production locale compétitive.
La visite italienne pourrait déboucher sur des accords dans les énergies renouvelables ou l’agro-industrie, mais ces partenariats risquent de reproduire le schéma classique : l’Algérie fournit les matières premières (gaz, soleil, terres agricoles), tandis que les entreprises étrangères engrangent la valeur ajoutée. La question n’est pas de refuser la coopération internationale, mais de savoir si l’Algérie sera un jour capable de transformer ces partenariats en leviers de souveraineté industrielle.
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**Jeunesse et chômage : l’allocation comme pansement sur une jambe de bois**
L’Agence nationale de l’emploi (ANEM) a traité 140 000 dossiers d’allocation chômage, une mesure présentée comme une avancée sociale. Pourtant, cette allocation – aussi nécessaire soit-elle – est le symptôme d’un échec plus profond : l’incapacité de l’État à créer des emplois durables pour les jeunes.
Le chômage des jeunes (officiellement à 29%, mais probablement bien plus élevé) n’est pas un problème conjoncturel, mais structurel. Il découle d’un système éducatif déconnecté des besoins du marché, d’une bureaucratie qui étouffe l’initiative privée, et d’une économie encore dominée par les hydrocarbures et les importations. L’allocation chômage, si elle soulage temporairement les familles, ne résout rien. Pire : elle risque de créer une génération d’assistés, dépendants de l’État sans perspective d’émancipation.
Le vrai défi serait de repenser le modèle économique algérien. Les PME, souvent présentées comme la solution miracle, peinent à émerger en raison d’un environnement des affaires hostile. Mohamed Skander, cité dans les actualités, évoque un « capitalisme algérien fondé sur la solidarité et la redistribution ». Belle formule, mais qui reste lettre morte tant que l’État ne lâche pas du lest sur les réglementations, les taxes et la corruption.
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**Partis politiques : la démocratie algérienne, entre clientélisme et instrumentalisation**
La campagne présidentielle, qui s’envenime à 22 jours du premier tour, illustre l’état de la démocratie algérienne : un théâtre où les acteurs jouent des rôles prédéfinis, sans réelle alternative. La polémique autour de la Grande Mosquée de Paris, accusée de faire campagne pour le régime, est révélatrice. Elle montre comment l’État algérien instrumentalise les relais religieux à l’étranger pour légitimer son pouvoir, tout en muselant les oppositions internes.
Le portrait de François Asselineau, candidat nostalgique de la France coloniale, est un autre symptôme de cette crise. En Algérie, les débats politiques se résument souvent à des querelles mémorielles (colonisation, guerre d’indépendance) qui servent à occulter les vrais enjeux : chômage, corruption, libertés publiques. Les partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, sont soit des machines clientélistes, soit des coquilles vides.
La question n’est pas de savoir si l’Algérie a besoin de plus de démocratie – elle en a désespérément besoin –, mais de comprendre pourquoi le système actuel résiste à toute réforme. La réponse tient en partie à la rente pétrolière, qui permet à l’État de distribuer des subsides sans avoir à rendre de comptes. Tant que cette manne existera, les élites n’auront aucun intérêt à ouvrir le jeu politique.
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**Environnement : l’hydrogène vert, ou l’éternel retour du rêve technologique**
L’Algérie mise sur l’hydrogène vert pour se positionner comme un acteur clé de la transition énergétique en Afrique. Les symposiums et les rapports sur le sujet se multiplient, mais derrière les discours optimistes se cachent des défis immenses.
Premièrement, l’hydrogène vert nécessite des investissements colossaux et une expertise technologique que l’Algérie ne possède pas encore. Deuxièmement, le pays reste prisonnier de son modèle rentier : pourquoi investir dans les énergies renouvelables quand les hydrocarbures rapportent encore des milliards ? Troisièmement, la question de l’eau – cruciale pour produire de l’hydrogène – est un angle mort des débats. L’Algérie est déjà en stress hydrique, et les projets d’hydrogène vert risquent d’aggraver la situation.
Le code mauritanien de l’hydrogène vert, présenté comme un modèle, montre que les pays africains sont en compétition pour attirer les investisseurs étrangers. Mais cette course pourrait se transformer en une nouvelle forme de dépendance : l’Algérie deviendrait un fournisseur de « carburant vert » pour l’Europe, sans jamais maîtriser la chaîne de valeur. La transition énergétique ne sera pas une révolution industrielle, mais une nouvelle rente – verte cette fois.
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**Football et diaspora : le miroir déformant de l’identité nationale**
L’équipe nationale algérienne, souvent présentée comme le triomphe de la diaspora, est en réalité un miroir des ambiguïtés de l’Algérie contemporaine. Stanislas Frenkiel, cité dans les actualités, parle de « dépendance sportive de la France ». Cette formule est juste, mais elle mérite d’être nuancée.
Le football algérien est un laboratoire des tensions identitaires. Les joueurs de la diaspora, formés en Europe, incarnent à la fois la réussite individuelle et la difficulté de l’Algérie à retenir ses talents. Leur sélection en équipe nationale est une victoire symbolique, mais elle pose une question : pourquoi ces joueurs, qui ont grandi en France ou en Belgique, choisissent-ils de représenter l’Algérie ? Parce qu’ils y trouvent une reconnaissance que leur pays d’accueil leur refuse ? Parce que le football est l’un des rares espaces où l’identité algérienne est célébrée sans ambiguïté ?
Le football révèle aussi les limites de la souveraineté algérienne. Les clubs locaux peinent à rivaliser avec les championnats européens, et les jeunes talents quittent le pays dès que possible. L’équipe nationale, malgré ses succès, reste dépendante des joueurs formés à l’étranger. C’est une métaphore de l’Algérie : un pays qui exporte ses ressources humaines et importe ses élites.
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**Eau et BTP : les deux mamelles de la dépendance structurelle**
Les partenariats entre l’Algérie et le Vietnam dans les secteurs du BTP et de l’emploi illustrent une réalité souvent occultée : l’Algérie externalise une partie de sa souveraineté. Les entreprises étrangères construisent les infrastructures (autoroutes, barrages, logements), tandis que l’État algérien se contente de signer des chèques.
La question de l’eau, enjeu vital pour l’avenir du pays, est emblématique. L’Algérie est l’un des pays les plus menacés par le stress hydrique, mais ses solutions restent technocratiques (dessalement, transferts d’eau) et dépendantes de l’extérieur. Les projets de barrages et de stations de dessalement sont souvent confiés à des entreprises étrangères, sans transfert de technologie. Résultat : l’Algérie paie cher des infrastructures qu’elle ne maîtrise pas.
Cette dépendance est d’autant plus paradoxale que le pays dispose de ressources humaines et financières pour développer ses propres solutions. Mais le système algérien, marqué par la corruption et l’inefficacité, préfère externaliser les risques. C’est une stratégie à court terme, qui hypothèque l’avenir.
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