La Banque d’Algérie a annoncé récemment un renforcement des contrôles sur les transactions en espèces, une mesure qui entrera en vigueur en 2026. Selon les informations publiées par Algerie360 et El Khabar, cette décision vise à réduire l’économie informelle et à accélérer la transition vers des paiements dématérialisés. Les nouvelles règles imposeront des limites plus strictes sur les retraits et dépôts en liquide, tout en encourageant l’utilisation des moyens de paiement électroniques.
Des plafonds revus à la baisse
Les banques commerciales, comme le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) ou la Banque Nationale d’Algérie (BNA), devront renforcer leurs systèmes de surveillance. Elles seront tenues de signaler toute transaction suspecte à la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), un organe rattaché au ministère des Finances. El Moudjahid précise que ces obligations s’inscrivent dans le cadre des recommandations du Groupe d’action financière (GAFI), dont l’Algérie est membre depuis 2021.
L’économie informelle dans le viseur
Les nouvelles règles s’accompagneront d’incitations pour les citoyens et les entreprises à adopter les paiements électroniques. Le CPA a d’ailleurs lancé fin 2024 une carte bancaire aux « multiples avantages », selon L’Actualgérie, avec des réductions chez certains commerçants et des facilités de paiement en ligne. D’autres banques, comme la Banque Extérieure d’Algérie (BEA), proposent déjà des solutions de mobile banking pour attirer une clientèle habituée aux transactions en cash.
Des défis logistiques et culturels
Les commerçants, en particulier les petits détaillants, pourraient aussi être réticents. Beaucoup préfèrent les transactions en espèces pour éviter les frais bancaires ou les déclarations fiscales. Pour les convaincre, la Banque d’Algérie envisage des campagnes de sensibilisation et des partenariats avec les chambres de commerce. Algerie360 rapporte que des discussions sont en cours avec des acteurs du secteur privé pour faciliter l’accès aux terminaux de paiement électronique (TPE), notamment dans les marchés informels.
Un calendrier progressif
Cette réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation du système financier algérien. En 2023, le pays a lancé son premier système de paiement instantané, « SPEL », qui permet des transferts d’argent en temps réel entre particuliers et entreprises. Selon la Banque d’Algérie, le nombre de transactions via SPEL a dépassé les 10 millions en 2024, un signe que les Algériens commencent à adopter les solutions digitales.
Réactions mitigées
Du côté des entreprises, les réactions varient. Les grandes sociétés, déjà habituées aux transactions dématérialisées, y voient une opportunité de réduire leurs coûts logistiques. En revanche, les PME et les artisans craignent une complexité administrative accrue. La Fédération algérienne des petites et moyennes entreprises (FAPME) a demandé un report de l’entrée en vigueur des nouvelles règles pour les petites structures.
Prochaines étapes
Cette réforme intervient dans un contexte économique marqué par la volatilité des prix des hydrocarbures, principale source de revenus de l’Algérie. La diversification de l’économie et la formalisation des transactions sont devenues des priorités pour le gouvernement, qui mise sur une meilleure traçabilité des flux financiers pour attirer les investisseurs étrangers. Comme l’a rappelé le ministre des Finances, Laaziz Faid, lors d’une récente intervention, « une économie moderne ne peut plus fonctionner avec des liasses de billets sous le matelas ».