Revue de presse : Cinéma algérien, Musique algérienne, Bourse Alger…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres récits**

Ces actualités ne sont pas des îlots isolés : elles forment un système où chaque domaine reflète, contredit ou amplifie les autres. L’Algérie de 2025 est un pays où la souveraineté se mesure à l’aune des normes sanitaires autoproclamées, où la géopolitique se joue dans les couloirs du GAFI, et où la culture – qu’elle soit patrimoniale ou numérique – devient à la fois un enjeu de pouvoir et un terrain de résistance. Pour en saisir les dynamiques, il faut accepter de lire entre les lignes : derrière les communiqués officiels se cachent des luttes de classes, des conflits générationnels et une crise existentielle sur la place de l’Algérie dans le monde.

**Souveraineté économique : le mirage des réformes structurelles**

Cette contradiction entre discours souverainiste et réalité économique se retrouve dans l’agriculture. L’élaboration de normes sanitaires « algériennes » – mesure fièrement annoncée – répond moins à une stratégie de développement qu’à une défiance envers les standards internationaux, perçus comme des outils de domination. Pourtant, le pays importe toujours massivement des denrées de base, et les zones rurales, touchées par l’insécurité alimentaire, dépendent de l’aide internationale. La souveraineté, ici, ressemble à une coquille vide : on nationalise les normes, mais pas les moyens de production.

Le transport, lui, incarne cette schizophrénie modernisatrice. L’aéroport d’Alger se dote de « nouvelles technologies » pour améliorer l’expérience voyageur, tandis que les routes algériennes restent un cimetière : 70 morts en 14 jours de Ramadan, symptôme d’une infrastructure défaillante et d’une culture du risque ancrée. La modernisation à marche forcée bute sur l’absence de vision systémique : on digitalise les services, mais on ne réforme pas les comportements. L’Algérie veut entrer dans le XXIe siècle sans régler les problèmes du XXe.

**Culture et mémoire : entre patrimonialisation et effacement**

La culture algérienne est ainsi prise en étau entre deux tendances : d’un côté, une patrimonialisation muséale (les usines transformées en monuments, les mosquées reconverties en églises dans l’ex-empire ottoman) qui fige l’histoire dans un récit officiel ; de l’autre, une jeunesse qui pratique l’urbex (l’exploration urbaine) comme une forme de réappropriation sauvage du passé industriel. Ces « aventuriers des sites perdus » défient l’État en documentant des lieux abandonnés, souvent liés à l’ère socialiste, que les autorités préféreraient oublier. La culture devient un champ de bataille où se jouent à la fois la légitimité du pouvoir et la survie des mémoires alternatives.

**Droits humains et contrôle social : la morale comme outil politique**

Cette approche morale se double d’une récupération par l’extrême droite européenne, qui utilise les arrestations d’influenceurs pour alimenter un discours islamophobe. L’Algérie, soucieuse de son image à l’international, se retrouve ainsi piégée : plus elle durcit sa répression, plus elle offre des munitions à ses détracteurs. Le paradoxe est cruel : en voulant protéger la « dignité nationale », le régime alimente les stéréotypes qu’il prétend combattre.

**Science et numérique : l’Algérie face à son retard technologique**

Le numérique, présenté comme une solution miracle, devient un miroir grossissant des inégalités. Les influenceurs arrêtés sont souvent issus de milieux modestes, mais leur audience repose sur des plateformes (TikTok, Instagram) contrôlées par des géants américains. Le pouvoir algérien, qui a longtemps diabolisé les réseaux sociaux, se retrouve aujourd’hui à les utiliser pour sa propagande, tout en réprimant ceux qui en détournent l’usage. La souveraineté numérique, comme la souveraineté alimentaire, reste un slogan creux tant que l’État ne crée pas les conditions d’une autonomie réelle.

**Géopolitique : l’Algérie entre isolationnisme et soft power**

Cette ambiguïté se retrouve dans sa relation avec le Maroc. La domination des institutionnels marocains sur la Bourse de Casablanca rappelle que l’Algérie, malgré ses ressources, n’a pas su (ou voulu) développer un marché financier attractif. Le conflit du Sahara occidental, gelé depuis des décennies, continue de structurer les relations régionales, mais sans perspective de résolution. L’Algérie mise sur son soft power (cinéma, musique, sport) pour rayonner, mais ces outils restent sous-exploités, faute d’une stratégie cohérente.

**Prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. La fuite en avant autoritaire : Le pouvoir durcit son contrôle sur la société (répression des influenceurs, censure accrue) et mise sur une économie rentière pour acheter la paix sociale. Ce scénario, le plus probable à court terme, mène à une stagnation économique et à une radicalisation des oppositions.

2. La révolution silencieuse : La jeunesse algérienne, connectée et éduquée, contourne les blocages institutionnels via le numérique, l’urbex ou l’entrepreneuriat informel. Ce mouvement, déjà en marche, pourrait forcer le régime à des réformes, mais au prix d’une fragmentation sociale accrue.

3. L’effondrement systémique : Si la crise économique s’aggrave (chute des prix du pétrole, pénuries alimentaires), l’Algérie pourrait basculer dans une instabilité chronique, avec des risques de conflits régionaux ou de coups d’État.

Aucun de ces scénarios n’est inéluctable. L’Algérie a les ressources humaines et naturelles pour éviter le pire, mais elle manque cruellement de leadership visionnaire. Son avenir se jouera dans sa capacité à concilier souveraineté et ouverture, mémoire et innovation, contrôle et liberté. Une équation complexe, mais pas impossible – à condition de rompre avec les logiques de court terme qui ont jusqu’ici dominé.

En 1962, l’Algérie a choisi l’indépendance. En 2025, elle doit choisir la modernité. Pas celle des écrans tactiles ou des normes sanitaires autoproclamées, mais celle qui libère les énergies créatrices et redonne un sens au projet national. Le Hirak a montré que la

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