Revue de presse : Cinéma algérien, PME Algérie, Relations Algérie Tunisie…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

**Le cinéma, dernier rempart contre l’amnésie officielle**

Pourtant, cette résistance culturelle bute sur un paradoxe : alors que le cinéma algérien sauve ce que l’État oublie, il dépend souvent des financements publics – ces mêmes fonds qui, selon la commission sénatoriale, ont atteint 211 milliards d’euros en 2023 pour les entreprises. Comment expliquer que l’argent coule à flots pour des PME souvent fantômes, tandis que les salles de cinéma ferment et que les jeunes réalisateurs doivent s’exiler pour tourner ? La réponse tient en un mot : priorités. L’Algérie investit dans le béton et les subventions clientélistes, pas dans les imaginaires. Le cinéma devient alors un acte de dissidence douce, une manière de dire : « Nous existons, malgré vous. »

**L’économie algérienne : un colosse aux pieds d’argile**

La question des investissements étrangers aggrave ce tableau. La France reste le premier investisseur européen, mais son empreinte se réduit comme une peau de chagrin : les emplois créés dégringolent, et les entreprises françaises préfèrent désormais le Maroc, jugé plus « stable et autonome » selon le rapport WTIIA. Pendant ce temps, les États-Unis misent sur la Tunisie, avec un accord militaire qui sonne comme un désaveu pour Alger. L’Algérie, riche en gaz et en potentiel solaire, se retrouve ainsi courtisée mais marginalisée, comme si son instabilité chronique effrayait même ses alliés traditionnels.

**Énergie solaire : l’Algérie, géant endormi du désert**

Cette lenteur est d’autant plus frustrante que l’Algérie pourrait devenir un acteur clé de la transition énergétique en Méditerranée. Mais pour cela, il faudrait briser le tabou de la rente pétrolière : tant que les hydrocarbures rapporteront des devises sans effort, pourquoi prendre le risque de diversifier ? Le solaire algérien est comme son cinéma : une révolution en puissance, mais étouffée par un système qui préfère le statu quo.

**Société civile : entre répression et solidarité transnationale**

La réponse tient en partie à la nature du régime. En Tunisie, la société civile a émergé comme un contre-pouvoir après la révolution de 2011. En Algérie, elle reste sous surveillance, cantonnée à des luttes sectorielles (droits des femmes, environnement) plutôt qu’à un mouvement d’ensemble. Pourtant, les liens entre les deux pays sont réels : les militants algériens et tunisiens échangent des savoir-faire, notamment sur les questions migratoires. Mais là encore, l’Algérie hésite à s’engager pleinement, de peur de froisser ses partenaires européens ou de réveiller les démons de la répression.

**Culture et sport : les deux visages de la jeunesse algérienne**

Pourtant, le sport et la culture partagent une même fonction : ils sont des exutoires pour une jeunesse en quête de reconnaissance. Le plan national pour dénicher les futurs champions, annoncé par le ministère des Sports, sonne comme une tentative désespérée de rattraper des décennies de négligence. Mais comment former des athlètes de haut niveau quand les infrastructures sont vétustes et les fédérations gangrenées par les combines ? La parité femmes-hommes, enfin mise à l’agenda, reste un vœu pieux tant que les mentalités n’évoluent pas.

**Relations Algérie-France : l’impossible divorce**

Cette relation toxique est aussi économique. La France reste le premier investisseur européen en Algérie, mais son influence décline. Les entreprises françaises se plaignent des tracasseries administratives, des changes restrictifs, et d’un climat des affaires de plus en plus hostile. Pendant ce temps, l’Algérie se tourne vers d’autres partenaires (Chine, Russie, Turquie), sans pour autant rompre avec Paris. Dépendance mutuelle, méfiance réciproque : le couple franco-algérien est condamné à une thérapie de couple interminable.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

Mais pour cela, trois révolutions sont nécessaires :

1. Une révolution culturelle : libérer les imaginaires de la tutelle étatique, comme le fait déjà le cinéma algérien. Cela passe par un soutien accru aux artistes, mais aussi par une refonte des programmes scolaires, encore trop imprégnés de propagande.
2. Une révolution économique : en finir avec le clientélisme et les subventions inefficaces. L’Algérie doit créer un écosystème favorable aux start-up, aux énergies renouvelables, et à l’innovation. Le solaire, en particulier, pourrait être son « pétrole vert ».
3. Une révolution politique : permettre à la société civile de s’organiser sans crainte, et accepter que les débats – sur la mémoire, sur les migrations, sur la place des femmes – aient lieu. Sans cela, l’Algérie restera un pays de paradoxes, où l’on célèbre la créativité tout en étouffant les créateurs.

Le plus grand danger pour l’Algérie n’est pas l’effondrement, mais l’enlisement : un pays riche en ressources et en talents, qui se contenterait de vivoter en marge de l’Histoire. Les signes d’espoir existent – dans les salles de cinéma, sur les terrains de sport, dans les laboratoires solaires. Mais ils ne suffiront pas sans une volonté politique de rupture. L’Algérie a déjà prouvé qu’elle pouvait se relever des pires crises. Reste à savoir si elle aura le courage de se réinventer avant qu’il ne soit trop tard.

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