Polémique El-Mouhadjir enflamme le cinéma algérien

Le feuilleton El-Mouhadjir, produit par le Syndicat national des professionnels du spectacle et de la production (SNPSP), suscite une vive controverse dans le milieu cinématographique algérien. Le critique de cinéma et universitaire Ahmed Bedjaoui a récemment publié une analyse cinglante sur le site Algerie360, dénonçant ce qu’il qualifie de « recul artistique et idéologique » dans la production. Son intervention relance le débat sur la qualité des œuvres financées par les institutions publiques et leur adéquation avec les attentes du public.

Une production sous le feu des critiques

Le SNPSP, qui supervise la production, n’a pas réagi officiellement à ces accusations. Cependant, des sources proches du syndicat ont confié à Algerie360 que « les critiques étaient attendues » et que « le feuilleton s’adressait avant tout à un public populaire, pas aux élites intellectuelles ». Une réponse qui n’a pas apaisé les tensions, certains professionnels du secteur estimant que cette justification « minimise l’importance d’une production de qualité, même pour un public large ».

Un débat sur le rôle des institutions publiques

Cette situation n’est pas nouvelle. En 2022, le film La Dernière Reine d’Adila Bendimerad et Damien Ounouri avait été diffusé en Algérie sans autorisation officielle, suscitant des interrogations sur les procédures de validation des œuvres. À l’époque, le ministère de la Culture avait justifié ce blocage par des « problèmes administratifs », sans donner plus de détails. Un flou qui persiste aujourd’hui et alimente les frustrations des professionnels.

Réactions en cascade dans le milieu cinématographique

Du côté des festivals, la polémique a également fait écho. Le Festival du film méditerranéen d’Annaba, qui doit se tenir en avril 2026, a annoncé la sélection de huit projets algériens, mais aucun n’est produit par le SNPSP. Une décision qui, selon le directeur du festival, « n’est pas politique », mais qui reflète néanmoins une certaine méfiance envers les productions institutionnelles.

Quelles solutions pour l’avenir ?

D’autres, comme la productrice Yasmine Chouikh, plaident pour une plus grande diversité des sources de financement. « Il faut sortir du tout-public et encourager les coproductions avec le privé et l’international », a-t-elle expliqué lors d’une table ronde organisée par El Moudjahid en octobre 2024. Une piste qui pourrait permettre de contourner les lourdeurs administratives et de donner plus de liberté aux artistes.

Un secteur en quête de renouveau

Pourtant, les signes d’un renouveau existent. Le succès récent de films comme Barbès, Little Algérie de Rachid Djaïdani, sorti en salles en octobre 2024, montre que le public algérien est réceptif à des œuvres audacieuses et ancrées dans la réalité sociale. De même, l’émergence de jeunes réalisateurs, comme Mounia Meddour (Papicha) ou Sofia Djama (Les Bienheureux), prouve que le talent est bien présent.

Reste à savoir si les institutions sauront accompagner cette dynamique, ou si elles continueront à alimenter les polémiques par des productions contestées. Une chose est sûre : le débat est lancé, et il ne fera pas taire les critiques tant que des réponses concrètes ne seront pas apportées.

Laisser un commentaire