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**L’Algérie, ou l’art de la quadrature du cercle**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent. Pourtant, à y regarder de plus près, ces fragments d’actualité s’organisent autour de trois contradictions systémiques :
1. La souveraineté comme slogan, la dépendance comme réalité – L’Algérie clame son indépendance énergétique (axe Alger-Moscou) tout en négociant avec l’OTAN pour sécuriser ses champs pétroliers. Elle exalte la révolution numérique (ICT Africa Summit) mais peine à produire des masques contre le Covid-19 sans aide allemande.
2. L’État centralisateur face à la fragmentation sociale – Les partis politiques (Benyounes) parlent de Constitution, mais c’est dans les rues de Grabo (Côte d’Ivoire) ou dans les bidonvilles d’Alger que se joue la colère hydrique. Le métro et les tramways, symboles d’une modernité étatique, sont saturés, tandis que les bombes artisanales de l’Est rappellent que l’État ne contrôle pas tout son territoire.
3. La culture comme arme de résistance – Le cinéma algérien, entre Allouache et Bouchareb, est le dernier espace où l’on ose dire que « l’Amérique est une terre d’islam » ou que l’islamisation de la société est un fait. Pendant ce temps, les médias officiels débattent de « cacophonie diplomatique » sans jamais interroger les causes de cette cacophonie.
Ces tensions ne sont pas nouvelles. Mais en 2024, elles atteignent un point de rupture où l’Algérie doit choisir : soit elle assume une souveraineté réelle (pas seulement pétrolière ou militaire, mais aussi hydrique, technologique, culturelle), soit elle se résout à devenir un pays pivot – un hub énergétique et sécuritaire pour les puissances étrangères, sans maîtrise de son propre destin.
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**SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE : L’AXE ALGER-MOSCOU, OU L’ILLUSION DE L’INDÉPENDANCE**
Le paradoxe ? Au moment où Arkab serre la main à Poutine, des experts de l’OTAN débarquent à Hassi Messaoud pour sécuriser les installations pétrolières. L’Algérie, qui a nationalisé ses hydrocarbures en 1971, dépend aujourd’hui de l’OTAN pour protéger ce qui lui reste de richesse. Pire : son modèle économique repose sur une rente qui s’épuise (les réserves de gaz pourraient s’éteindre d’ici 2030, selon certaines projections). La souveraineté énergétique algérienne est une fiction entretenue par des contrats à court terme et des alliances de circonstance.
Cette dépendance se répercute sur tous les autres secteurs. Comment parler de « souveraineté numérique » (comme le plaide le plaidoyer pour un ministère de l’Innovation) quand l’Algérie importe 90% de ses médicaments et que son industrie pharmaceutique dépend de subventions allemandes ? Comment moderniser les transports (métro d’Alger, tramways) quand le pays n’a pas les moyens de former ses propres ingénieurs en génie civil ?
La leçon est claire : en Algérie, la souveraineté est un mot-valise. On l’invoque pour justifier les alliances avec la Russie, mais on la piétine dès qu’il s’agit de produire localement.
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**EAU, CLIMAT, SÉCURITÉ : LE TRIANGLE DES BERMUDES ALGÉRIEN**
Les chiffres sont accablants :
– 50% des ressources hydriques sont perdues à cause des fuites dans les réseaux.
– Les nappes phréatiques du Sahara s’épuisent à un rythme alarmant (certaines pourraient disparaître d’ici 2040).
– Les barrages, comme celui de Koudiat Acerdoune, sont ensablés à 60%.
Pourtant, le discours officiel reste dans le déni. On parle de « stratégies d’adaptation », mais personne ne mentionne l’urgence absolue : l’Algérie doit repenser son modèle agricole (qui consomme 70% de l’eau) et sa gestion des villes, où les coupures sont devenues la norme. La colère des habitants de Grabo, en Côte d’Ivoire, pourrait bien être un avant-goût de ce qui attend Alger ou Oran dans dix ans.
Cette crise hydrique est indissociable de la question sécuritaire. Dans l’Est algérien, cinq civils viennent de mourir dans l’explosion d’une bombe artisanale. L’eau et la sécurité sont les deux faces d’une même médaille : l’incapacité de l’État à contrôler son territoire. Les groupes armés (comme celui de Belmokhtar, dont la menace « plane encore ») prospèrent dans les zones où l’État est absent – zones souvent frappées par la sécheresse et l’exode rural.
L’Algérie est assise sur une poudrière climatique et sécuritaire. Le problème ? Personne ne semble pressé de désamorcer la bombe.
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**CINÉMA ET MÉDIAS : LES DERNIERS BASTIONS DE LA DISSIDENCE**
Ces déclarations sont explosives dans un pays où l’État a toujours instrumentalisé l’islam (contre le colonialisme, puis contre les islamistes dans les années 1990). Allouache, en particulier, brise un tabou : il admet que l’Algérie n’est plus le pays laïc et progressiste des années 1960, mais une société où l’islam politique a gagné du terrain, y compris dans les institutions.
Pourtant, les médias officiels restent sourds à ces alertes. Ils préfèrent débattre de « cacophonie diplomatique » ou de « non-alignement », comme si la diplomatie algérienne était une question de posture et non de rapport de forces. La presse algérienne est devenue un miroir déformant : elle reflète les discours du pouvoir, mais jamais les fractures de la société.
Le cinéma, lui, assume ce rôle de contre-pouvoir. La Dernière Reine n’est pas qu’un film historique – c’est une métaphore de l’Algérie contemporaine, où les récits officiels (la reine Zaphira, symbole de résistance) sont contestés par des versions alternatives (le pirate, figure de la subversion). En Algérie, aujourd’hui, la culture est le dernier rempart contre l’uniformisation idéologique.
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**TRANSPORTS ET URBANISME : LE GRAND DÉNI DE LA MOBILITÉ**
Prenons l’exemple de la future gare de Bab Ezzouar. Officiellement, c’est un projet d’ »interconnexion multimodale ». En réalité, c’est un symbole des dysfonctionnements algériens :
– Manque de coordination : Les bus, métros et trains ne sont pas synchronisés.
– Dépendance technologique : L’Algérie achète des rames françaises ou chinoises, mais ne forme pas assez de techniciens pour les entretenir.
– Urbanisme chaotique : Alger s’étale sans plan d’ensemble, avec des bidonvilles qui poussent à côté des autoroutes flambant neuves.
Le résultat ? Une capitale où se déplacer est un parcours du combattant, et où les inégalités spatiales se creusent. Les classes moyennes prennent le métro, les riches roulent en 4×4, et les pauvres marchent.
Cette crise des transports est révélatrice d’un problème plus large : l’Algérie modernise ses infrastructures, mais pas ses institutions. Elle construit des métros, mais ne réforme pas la bureaucratie qui les gère. Elle parle de « mobilité sûre », mais ne lutte pas contre la corruption qui gangrène les chantiers.
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**DIPLOMATIE : ENTRE ISOLEMENT ET NON-ALIGNEMENT, L’ALGÉRIE JOUE LES ÉQUILIBRISTES**
Cette schizophrénie diplomatique n’est pas un choix, mais une nécessité.** L’Algérie a besoin de l’Europe pour vendre son gaz, de la Russie pour acheter des armes, et des États-Unis pour sécuriser ses champs pétroliers. **Elle est condamnée à jouer les intermédiaires, sans jamais pouvoir imposer ses propres règles.
Le débat sur « l’isolement ou le non-alignement » est révélateur. En réalité, **l’Algérie n’est ni