L’Algérie lance 15 médicaments anticancéreux locaux

L’Algérie franchit une étape décisive dans la production pharmaceutique nationale avec le développement de 15 médicaments anticancéreux. Ce projet, piloté par le ministère de l’Industrie pharmaceutique et les laboratoires publics Saidal, marque un tournant dans la stratégie d’autosuffisance sanitaire du pays. Selon El Chourouk Online, qui a révélé l’information en février 2019, ces molécules cibleraient les cancers les plus répandus en Algérie, notamment ceux du sein, du poumon et de la prostate.

Une réponse aux besoins croissants en oncologie

Les 15 molécules en cours de développement incluent des chimiothérapies génériques et des thérapies ciblées, comme le trastuzumab, utilisé dans le traitement du cancer du sein. Les essais cliniques, menés en collaboration avec des centres hospitalo-universitaires algériens, ont déjà validé la bioéquivalence de plusieurs produits. Le laboratoire Saidal de Constantine, spécialisé dans les médicaments injectables, sera le principal site de production.

Un écosystème pharmaceutique en expansion

Le projet des anticancéreux s’inscrit dans cette dynamique. Il bénéficie d’un financement public de 20 milliards de dinars, alloué dans le cadre du plan de relance industrielle 2020-2024. Les investissements ont permis de moderniser les lignes de production et d’acquérir des technologies de pointe, comme des réacteurs pour la synthèse de principes actifs. Des partenariats avec des universités algériennes, telles que l’USTHB et l’université de Blida, ont également été mis en place pour renforcer la recherche et développement.

Défis logistiques et réglementaires

Un autre défi concerne la distribution. Les médicaments anticancéreux, souvent thermosensibles, nécessitent une chaîne du froid efficace. Le ministère de la Santé a lancé en 2023 un plan de modernisation des pharmacies hospitalières, avec l’installation de chambres froides dans 50 établissements. Cependant, des retards ont été signalés dans certaines wilayas, notamment à Tamanrasset et Adrar, où les infrastructures restent limitées.

Impact économique et sanitaire

Sur le plan sanitaire, l’accès à des traitements abordables pourrait améliorer le taux de survie des patients. Actuellement, seulement 50 % des malades atteints de cancer en Algérie bénéficient d’un traitement complet, en raison du coût élevé des médicaments importés. Le professeur Bouzid a précisé que « la disponibilité de versions génériques locales permettrait de traiter 20 000 patients supplémentaires par an ».

Perspectives industrielles

Par ailleurs, l’Algérie mise sur les exportations pour renforcer sa position sur le marché africain. Les médicaments algériens sont déjà présents dans 15 pays du continent, notamment au Mali, au Niger et en Mauritanie. Le directeur de Saidal a annoncé que les anticancéreux produits localement pourraient être exportés vers l’Afrique subsaharienne d’ici 2026, une fois les certifications internationales obtenues.

Ce projet illustre la volonté de l’Algérie de transformer son industrie pharmaceutique en un levier de souveraineté sanitaire et économique. Si les défis restent nombreux, les avancées réalisées ces dernières années montrent que le pays est sur la bonne voie.

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